Les évêques catholiques de la RDC ont de nouveau donné de la voix. Pour fustiger le changement de la constitution prôné par le pouvoir tshisekediste en place. «La Nation en péril ! …», la déclaration publiée pour ce faire, est plus proche d’un discours combattant que d’une exhortation cléricale. Elle prête le flanc aux critiques. Comme de coutume.
Au terme d’une session extraordinaire convoquée du 18 au 20 juin 2026, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a fait connaître sa position sur la réforme constitutionnelle qui agite la classe politique congolaise. Après avoir écouté les experts en la matière représentant les différentes tendances sur la légalité et l’opportunité de l’initiative portée par la majorité au pouvoir, les évêques ont, sans surprise, pris parti contre tout changement ou toute modification de la constitution au motif que les circonstances ne s’y prêtent pas. Les priorités du moment sont le rétablissement de la paix et l’amélioration du social des Congolais, selon les prélats catholiques. «La Nation en péril ! Dressons nos fronts, prenons le plus bel élan», la déclaration signée par 37 des 46 évêques de la RDC et publiée le 20 juin revoie à ces considérations au sujet de la réforme constitutionnelle. La campagne entreprise à cet effet et «qui mobilise les moyens de l’Etat» se déroule dans un climat de terreur au sein même de la majorité, obligeant les voix discordantes de se taire par peur de représailles, dénoncent des prélats manifestement dans les secrets des dieux. «Certains tenants de la thèse du changement de la constitution ne dissimulent pas leur dessein d’accorder un nouveau mandat au président de la République en place», assurent encore les calottes sacrées, qui disent ainsi leur hantise de voir Félix Tshisekedi demeurer aux affaires en RDC, selon des observateurs. «Le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois», rappellent leurs excellences, pour que nul n’en prétexte oubli, apparemment.
Sempiternelles procès d’intention
Selon les évêques emmenés par Mgr Fulgence Muteba, le président de la CENCO, «une des conséquences de la loi fixant les conditions d’organisation du referendum, votée sous prétexte de combler un vide juridique, serait de rendre possible un Referendum qui permettrait de toucher, en violation de l’ordre constitutionnel, aux matières intangibles déjà verrouillées par l’article 220. Pourtant, cet article représente un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’Etat». On croirait entendre un acteur politique de l’opposition. Nulle part, le texte des prélats ne fait allusion à la thèse des défenseurs du changement de la constitution. Mais, à l’instar de l’opposition politique, les évêques catholiques ne voient «ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la constitution».
Appel au dialogue politique
La déclaration cléricale du 20 juin dernier souligne ce qui, pour ses signataires, semble nécessaire et opportun : le dialogue politique, dans l’esprit de l’initiative «Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RD Congo et dans la région des Grands Lacs», cette initiative portée conjointement avec l’Eglise du Christ au Congo (ECC).
Au cours d’une interview, Mgr Donatien Nshole, secrétaire général et porte-parole de la CENCO a précisé les idées des prélats. «Organiser un référendum sans la partie Est occupée par le M23, soutenu par le Rwanda, revient à faciliter le plan de balkanisation longtemps voulu par les ennemis de la RDC», a-t-il soutenu. Le Chapelin papal s’interrogeant, à l’instar de certains acteurs politiques de l’opposition, sur l’existence d’un éventuel «deal» entre Kinshasa et Kigali.
Seulement, ce que les évêques présentent comme la défense de l’ordre constitutionnel comme gage d’une paix durable prête le flanc aux critiques des observateurs et de certains acteurs politiques. A l’instar du travailliste, Stève Mbikayi pour qui «la CENCO porte la responsabilité de la division du peuple de Dieu. Les évêques devraient intégrer qu’au sein de l’Église, toutes les tendances coexistent : les pro-pouvoir et les anti-pouvoir. En s’affichant du côté de l’opposition, ils divisent même la CENCO elle-même.
Les évêques du Kasaï Oriental et de Bunia n’ont d’ailleurs pas signé leur déclaration politique, ce qui présage un avenir incertain pour cette conférence épiscopale. Il est temps que nos évêques reviennent au milieu du village».
Selon certains observateurs qui se sont confiés au Maximum, le dernier message des évêques, plus militant que clérical, révèle une convergence sémantique avec les thèses soutenues par le président de la République honoraire, Joseph Kabila. L’accent mis expressément sur les risques de balkanisation ou de soudanisation de la RDC y apparaît comme le fait politique majeur (et non pas l’agression du pays et la rébellion fomentées avec le soutien rwandais, selon nombre de rapports, dont ceux de l’ONU !).
Le spectre de la balkanisation et de la soudanisation
Comme l’ancien chef d’Etat congolais, les évêques catholiques réunis autour de Mgr Fulgence Muteba excipent du même diagnostic alarmant pour en appeler au dialogue politique entre belligérants. Comme à Sun City il y a un peu plus de deux décennies. Une opportunité qui favoriserait le retour au centre du jeu politique de Joseph Kabila en négociant une amnistie politique.
La stratégie du spectre de la soudanisation de la RDC vise, en réalité, à présenter la fin de la rébellion, l’occupation larvée et le pillage des ressources de la RDC comme «un moindre mal» autour duquel pourraient tourner des négociations en vue du rétablissement de la paix, selon des analystes. Qui notent que cette position est également partagée par la France et l’Union Européenne, les dernières béquilles internationales d’un Paul Kagame affaibli par les sanctions américaines.
Dans son rôle depuis la colonisation
Selon ces analyses, la CENCO et ses prélats n’innovent nullement en s’opposant aux desseins de la majorité au pouvoir en RDC. L’église catholique romaine de la RDC reste dans son rôle avéré depuis l’époque coloniale : celle de défenseur des intérêts occidentaux.
La position des évêques sur le partenariat stratégique entre la RDC de Félix Tshisekedi et les Etats-Unis, dans lequel l’UE semble perdante, illustre ce parti pris. Les évêques catholiques ayant dénoncé ces accords au motif qu’ils seraient opaques et n’auraient pas bénéficié de consultations des populations.
La position des princes de l’église catholique n’est donc que la résultante de la lutte que se livrent les puissances du monde autour des minerais stratégiques dont regorge le sous-sol de la RDC. Nulle préoccupation pour la stabilité institutionnelle là-dedans.
J.N.