Les États-Unis intensifient leur pression sur les fauteurs de guerre à l’Est de la République démocratique du Congo. L’Office of Assets Control (OFAC) du département américain du Trésor a allongé, mardi 2 juin la liste des cibles de ses sanctions en y incorporant deux seigneurs de guerre. Le but est de ramener à tout prix la paix dans cette riche région déchirée par des violences pextrêmes depuis 1996. John Imani Nzenze, chef du renseignement du M23, et Gustave Kubwayo, alias «colonel Sirkoof», chef responsable d’une unité d’opérations spéciales au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont visés par cette dernière vague de sanctions.
Selon les autorités américaines, ces deux personnalités jouent un rôle majeur dans la poursuite des violences qui déstabilisent l’Est congolais depuis plusieurs années. John Imani Nzenze est présenté comme l’un des plus proches collaborateurs du chef militaire du M23, Sultani Makenga, déjà sous le coup de sanctions américaines et onusiennes. Son implication dans les activités militaires du mouvement remonte à la première rébellion du M23 entre 2012 et 2013, notamment lors des affrontements contre les Forces armées de la RDC.
Du côté des FDLR, Gustave Kubwayo est accusé d’avoir coordonné des opérations militaires et de renseignement de cette milice génocidaire dans le territoire de Nyiragongo (Nord-Kivu). Le gouvernement américain rappelle que ce groupe armé, qui constitue théoriquement le casus belli entre le régime rwandais de Paul Kagame, est régulièrement pointé du doigt pour ses exactions contre les populations civiles congolaises et demeure un facteur majeur d’instabilité dans la région des Grands Lacs.
Ces sanctions s’inscrivent dans une série de mesures prises par Washington depuis l’intensification du conflit dans l’Est de la RDC et, surtout, depuis que les Etats-Unis font la police des discussions entre Kigali et Kinshasa en vue de la cessation de l’agression rwandaise.
En février 2025, les États-Unis avaient déjà frappé le général rwandais James Kabarebe, accusé de soutenir le renégats pro-rwandais de l’AFC-M23. Le porte-parole du mouvement rebelle, Lawrence Kanyuka, ainsi que deux de ses entreprises, avaient également été visés par les USA.
Quelques mois plus tard, Washington a encore durci sa position en imposant des sanctions contre plusieurs responsables militaires rwandais et surtout contre les Forces de défense rwandaises (RDF), accusées de soutenir directement les opérations de la coalition sanguinaire de l’AFC-M23 sur le territoire congolais.
Le 30 avril dernier, c’est l’ancien président congolais Joseph Kabila qui a été frappé par des sanctions américaines, accusé d’avoir apporté un soutien politique et financier à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), la branche politico-militaire liée au M23. Des accusations que l’ancien chef de l’État a toujours rejetées et qui demande la moindre preuve tangible qui le lie avec le mouvement rebelle.
Ces sanctions américaines laissent transparaître la volonté de l’administration américaine de préserver les différents processus de paix engagés depuis plusieurs mois entre Kinshasa, Kigali et les groupes armés. Dans sa communication officielle, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a réaffirmé que les attentes de Washington sont de voir la RDC poursuivre les opérations visant à neutraliser les FDLR, tandis que le Rwanda est tenu de retirer ses forces du territoire congolais et à mettre fin à toute forme de soutien au M23, conformément aux engagements contenus dans les accords de Washington signés le 4 décembre 2025.
Nonobstant ces initiatives diplomatiques, et ces sanctions qui fragilisent les ressources financières des renégats pro-rwandais et leurs parrains, les affrontements se poursuivent sur plusieurs fronts dans l’Est du pays. Les autorités américaines estiment que cette instabilité continue d’alimenter l’une des plus graves crises humanitaires au monde, avec des millions de déplacés et des milliers de victimes civiles.
Une pression croissante, des résultats encore limités
Une implication implicite de la première puissance mondiale se fait ressentir depuis la signature de l’accord RDC-USA, et la multiplication des sanctions américaines témoigne d’un changement notable dans l’approche de l’administration américaine. Une attitude qui poussa à croire que les USA, longtemps accusés de profiter du conflit congolais, veulent désormais apparaître comme l’un des principaux acteurs internationaux engagés dans la recherche d’une solution durable favorable à la bonne marche des affaires dans la région des Grands Lacs.
Toutefois, l’efficacité réelle de ces sanctions reste sujette à débat. Si elles compliquent les mouvements financiers et diplomatiques des personnalités visées, elles n’ont jusqu’à présent pas permis de mettre un terme aux combats ni d’obtenir un retrait complet des acteurs armés impliqués dans le conflit.
Pour plusieurs observateurs, les sanctions constituent davantage un instrument de pression politique qu’un levier capable, à lui seul, de rétablir durablement la paix dans l’Est de la RDC. Elles envoient néanmoins un message clair de Washington qui entend désormais identifier et sanctionner individuellement tous ceux qu’il considère comme responsables de la dégradation de la situation sécuritaire dans la région.
FIDEL SONGO