Louise Arbour a contribué à protéger le président Rwandais de la justice internationale (J. Rever)
L’ancienne juge de la Cour suprême canadienne, également ancienne haut-commissaire des droits de l’Homme à l’ONU et ancienne procureure en chef du tribunal des Nations-Unies pour les crimes commis au Rwanda a été nommée gouverneure générale du Canada le 5 mai 2026. Louise Arbour succède à Mary Simon dont le mandat de 5 ans est arrivé à échéance. Elle a pris ses nouvelles fonctions le 8 mai dernier, forte d’une riche expérience juridique internationale.
Si au Canada, beaucoup se réjouissent anticipativement de l’apport de la gouverneure générale bilingue (elle parle français et anglais) à une fonction représentative de la couronne, certains observateurs et acteurs de la société civile ne s’empêchent plus de rappeler que le poste de gouverneur général est une relique coloniale antidémocratique au cœur des institutions nationales. Mais pas que.
Mme Arbour traîne un passé politique dénoncé avec acuité par Judi Rever, la journaliste montréalaise spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs, et des crimes de Paul Kagame, dans un article publié dans canadiandimension, le 11 mai 2026. La nouvelle gouverneure générale du Canada a contribué à consolider l’impunité du dirigeant rwandais, l’un des pires criminels de l’histoire africaine, selon la journaliste connue pour ses écrits relatifs à l’épopée sanglante du FPR et son chef belliqueux.
Figure marquante de la justice internationale
Si le pouvoir se mesure à la capacité d’influencer les résultats, alors Louise Arbour est l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de la justice internationale, estime la journaliste. Étant donné que «le sort de millions de personnes vivant en Afrique centrale a été directement affecté par une série de décisions prises par Mme Arbour il y a près de 30 ans, alors qu’elle était procureure en chef d’un tribunal des Nations-Unies créé pour rendre justice au Rwanda après le génocide de 1994», écrit-elle. En fait, c’est la nouvelle gouverneure générale canadienne qui décidait, notamment, des auteurs des violences qui seraient poursuivis ou non par le Tribunal pénal international sur le Rwanda.
En février 1997, informé par Michael Hourigan, ancien procureur de la Couronne australien chargé des enquêtes au TPIR qui était parvenu à la conclusion que c’est le FPR de Paul Kagame qui avait abattu l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, provoquant l’élément déclencheur du génocide de 1994, la juge Arbour, se montra très enthousiaste et invita l’australien à se rendre à la Haye pour la rencontrer en personne. « Mais à son arrivée aux Pays-Bas, Arbour lui ordonna de clore l’enquête. Il fut stupéfait. Elle lui expliqua que le tribunal n’avait aucun mandat pour enquêter sur l’attentat contre l’avion et qu’il n’était pas compétent pour poursuivre l’affaire», révèle J. Rever.
Des preuves sur l’attaque de l’avion d’Habyarimana
Pourtant, depuis début 1997, après un an d’enquêtes, «Hourigan avait recueilli des preuves relatives à l’attaque au missile auprès de trois anciens soldats du Front patriotique rwandais (FPR) ayant servi sous les ordres de Kagame, indique encore Mme Rever. Deux de ces soldats affirmaient avoir fait partie d’un commando ayant abattu l’avion, et le troisième déclarait avoir eu connaissance directe de l’opération». L’australien obtint également des informations d’un casque bleu de l’ONU affirmant avoir entendu, la nuit de l’attaque, une communication sur les ondes courtes du FPR indiquant que «la cible» avait été atteinte. Après avoir remis au tribunal une déclaration sous serment exposant ses conclusions, ainsi qu’une note interne à ses collègues, le procureur australien démissionna quelques mois plus tard, rapporte la journaliste. «Nous n’avons pas découvert la vérité ; nous avons été activement entravés et on a œuvré contre nous. Et maintenant, des années plus tard, ils n’ont poursuivi que ceux qu’on leur avait ordonné de poursuivre. Vous savez, certains des principaux responsables des crimes les plus graves sont restés impunis. Et pendant ce temps-là, les puissances européennes et nord-américaines pillent les ressources de la région, tandis que des millions de personnes continuent de mourir au Congo», avait-il confié à un animateur de CIUT Radio à Toronto avant son décès en 2013.
Arbour a mis fin à l’enquête
Pourtant, le TPIR était juridiquement tenu de poursuivre les personnes responsables de violations graves des Conventions de Genève, y compris les chefs de gouvernement ou d’État, indépendamment de leur fonction officielle. Autrement dit, leur statut n’atténuait en rien les sanctions prévues par le droit international. Arbour le savait. En mettant fin à l’enquête sur l’acte terroriste qui a déclenché le génocide rwandais, elle a accordé l’immunité judiciaire à Kagame et à son entourage. Le tribunal était également tenu de contribuer au rétablissement de la paix et de la stabilité au Rwanda et dans la région. Objectivement, il a échoué dans cette mission, selon la montréalaise. «Non seulement Kagame a déclenché le génocide au Rwanda, mais il a également continué à superviser des massacres dans le pays pendant et après le génocide, avant de lancer une guerre au Congo voisin qui fait rage depuis 30 ans et a fait des millions de morts. Aucune menace n’a été plus grande sur le continent africain que Kagame et ses soutiens impérialistes occidentaux, notamment les États-Unis», assène Mme Rever.
Même si Mme Arbour n’est pas la seule à protéger Kagame, reconnaît la journaliste, «elle fait partie d’un groupe de personnes influentes qui ont justifié sa violence, enterré, nié ou écarté les preuves à charge et, en fin de compte, falsifié l’histoire. Dans ses nouvelles fonctions honorifiques de représentante du chef d’État canadien, il est peu probable qu’Arbour soit tenue responsable de quoi que ce soit à ce sujet. Mais pour les millions de victimes de Kagame au Rwanda et au Congo, son bilan est profondément douloureux et restera à jamais gravé dans les mémoires», conclut-elle.
J.N.