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26 JANVIER 2001- 26 JANVIER 2016 : Joseph Kabila : la vérité historique

En rappelant à l’opinion la date du 26 janvier 2001, la Presse a fait son travail par rapport à l’accession du Raïs rd congolais à la magistrature suprême. Démocratie oblige : chaque intervenant a donné libre cours à sa perception des faits et de l’histoire immédiate. Sentence d’un opposant : la situation générale aujourd’hui est pire que celle vécue par les rd congolais sous Mobutu ! Un chroniqueur fait mieux : des 15 ans de Joseph Kabila, il déduit les deux mandats de Barack Obama et les presque deux de George Bush, comme si la situation de la RD Congo pouvait être comparée avec celle des Etats-Unis.
Pourtant, pour évaluer objectivement le mandat du Président Joseph Kabila, il est pertinent de commencer par évaluer les bilans respectifs de la colonisation au 30 juin 1960, de la 1ère République au 24 novembre 1965, de la 2ème République au 24 avril 1990, de la 1ère phase de la Transition au 17 mai 1997, de la 2ème phase de la Transition au 16 janvier 2001 et de la 3ème phase de la Transition au 30 juin 2003, date d’enclenchement de la 4ème et dernière phase de la Transition connue sous le vocable « 1+4 ». Car, même le successeur de Joseph Kabila en fera autant. L’objectif premier est de démontrer de quel Etat Joseph Kabila a hérité lorsqu’il est arrivé aux affaires. Constat de tout analyste honnête : il s’agit d’un Etat Néant, hérité d’ailleurs du régime Mobutu par son prédécesseur Laurent-Désiré Kabila. D’où l’impératif du rétablissement de la vérité des faits…
30 JUIN 1960
A l’accession à l’Indépendance le 30 juin 1960, la République du Congo (ex-Congo-Belge) a de formidables atouts décrits par le Roi Baudouin dans son discours de circonstance : “Le Congo a été doté de chemins de fer, de routes, de lignes maritimes et aériennes qui, en mettant vos populations en contact les unes avec les autres, ont favorisé leur unité et ont élargi le pays aux dimensions du monde. Un service médical, dont la mise au point a demandé plusieurs dizaines années, a été patiemment organisé et vous a délivrés des maladies combien dévastatrices. Des hôpitaux nombreux et remarquablement outillés ont été construits. L’agriculture a été améliorée et modernisée. De grandes villes ont été édifiées et, à travers tout le pays, les conditions de l’habitation et de l’hygiène traduisent de remarquables progrès. Des entreprises industrielles ont mis en valeur les richesses naturelles du sol. L’expansion de l’activité économique a été considérable, augmentant ainsi le bien-être de vos populations et dotant le pays de techniciens indispensables à son développement. Grâce aux écoles des missions, comme à celles que créèrent les pouvoirs publics, l’éducation de base connaît une extension enviable : une élite intellectuelle a commencé à se constituer que vos universités vont rapidement accroître. Un nombre de plus en plus considérable de travailleurs qualifiés appartenant à l’agriculture, à l’industrie, à l’artisanat, au commerce, à l’administration font pénétrer dans toutes les classes de la population pour une émancipation individuelle qui constitue la véritable base de toute civilisation. Nous sommes heureux d’avoir ainsi donné au Congo, malgré les plus grandes difficultés, les éléments indispensables à l’armature d’un pays en marche sur la voie du développement“.
Le Président Kasa-Vubu et le Premier ministre Lumumba reconnaissent cette description.
24 NOVEMBRE 1965
Après les sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï ainsi que les rébellions lumumbiste et muleliste sur fond des luttes fratricides entre 1960 et 1964, le Haut commandement militaire de l’Anc (Armée nationale congolaise) constate, le 24 novembre 1965, “…avec regret qu’aucun effort n’a été fait du côté des autorités politiques pour venir en aide aux populations éprouvées qui sortent maintenant en masse de la brousse, en faisant confiance à l’Armée Nationale Congolaise ». Il fait remarquer que ” si la situation militaire était satisfaisante, la faillite était complète dans le domaine politique (…)“. Résultat : le coup d’Etat qui met fin à la démocratie escomptée de la Conférence constitutionnelle de Luluabourg.
1er NOVEMBRE 1980
Le 1er novembre 1980, treize (13) parlementaires font le bilan des 15 premières années du régime Mobutu. Ils écrivent : «En gros comme en détail, il n’est plus un secret pour personne que le Zaïre est classé parmi les pays les plus pauvres, les plus affamés, les plus mal nourris, les plus mal soignés, les plus mal éduqués du monde. À telle enseigne que, si au moment du coup d’État de novembre 1965, le Zaïre était à deux doigts du gouffre, aujourd’hui, il est entièrement et pleinement enfoncé dans ce gouffre que le régime a pris soin de qualifier de ‘tunnel’ …».
24 AVRIL 1990
Le 24 avril 1990, feu le Maréchal avoue ce nouvel échec à la suite de l’analyse des memoranda reçus du peuple dans le cadre des consultations populaires. Il déclare : « Ainsi, au plan social, on pourrait retenir notamment la dégradation des infrastructures sociales : Hôpitaux, écoles, universités, édifices publics. A cela, il faut ajouter la vétusté des formations médicales, la carence en équipements et en médicaments, l’insuffisance du personnel médical, la surpopulation dans les salles des cours ainsi que dans les résidences universitaires et les internats, la modicité des rémunérations des agents de l’Administration publique, le sous-emploi des cadres universitaires, certains abus qui se commettent par-ci par-là. Au plan économique, il m’a été signalé, entre autres, la dégradation des voies de communication : routes, voiries, télécommunication, le poids de la fiscalité et de la parafiscalité, les tracasseries administratives, les invendus dans les collectivités rurales, la détérioration des termes de l’échange du paysan, l’insuffisance de l’énergie électrique dans certaines régions du pays“.
24 AVRIL 1990-17 MAI 1997
Le bilan des 7 ans de la transition, comprise entre 1990 et 1997, se décline en 4 textes tenant lieu de Constitution, 4 institutions tenant lieu de Parlement (dont deux fonctionnant parallèlement à un moment donné), 2 familles politiques autoproclamées constitutionnelles, 8 Premiers ministres, 13 gouvernements, 445 partis politiques, une société civile politique bipolarisée, 2 pillages systématiques du tissu économique et social en 1991 et en 1993, la suspension de la coopération structurelle, l’étranglement du système bancaire par voie de thésaurisation de la monnaie, d’émission de plus d’une cinquantaine de coupures monétaires, de création de 3 zones monétaires parallèles et concurrentes, de contrefaçon monétaire à grande échelle avec grèves intempestives, opérations “ville morte” perturbant le climat des affaires, élasticité des années académiques, etc.
La suspension de la coopération structurelle, par exemple, a comme effet pervers l’arrêt brusque des programmes de financement et d’assistance technique pour des entreprises du Portefeuille : Gécamines pour l’industrie minière; Sncz, Sctp (ex-Onatra), Rvm, Rvf, Rvm et Office des routes pour les voies de communication; Regideso pour l’eau et Snel pour l’électricité, etc. D’où le phénomène “délestage” qui continue d’affecter la vie des populations, tant il est vrai que la réhabilitation du matériel de distribution de l’énergie hydraulique et hydroélectrique rien qu’à Kinshasa s’évalue en centaines de millions de dollars américains, soit des milliards de dollars pour tout l’ensemble du pays. Les Gouvernements qui se succèdent sont dans l’incapacité de financer sur fonds propres les programmes concernés.
17 MAI 1997
On est donc en droit de se demander de quel Etat Laurent-Désiré Kabila hérite le 17 mai 1997. Honnêtement parlant, d’un Etat Néant ! Une économie par terre, un social en lambeaux.
On sait que 14 mois seulement après son accession à la magistrature suprême, il voit ses efforts de redressement hypothéqués par les deux guerres d’août et de septembre 1998 déclenchées sous la responsabilité du Rcd et du Mlc. Ce qui nécessitera l’Accord de Lusaka préconisant, pour dans son volet interne, le Dialogue intercongolais.
Cet accord prévoit aussi le déploiement d’une force onusienne avec pour missions de désarmer et de traquer les groupes armés cités : ex-Far et milices Interahamwe devenues Fdlr (Rwanda), Adf, Nalu, Lra, ‘Unrf II et Wndf (Ouganda) et Funa et Fdd (Burundi). La force est là depuis 1999.
La mort surprend L-D.Kabila en ses bureaux le 16 janvier 2001 à la tête d’un pays tricéphale : une partie du territoire national sous administration du Gouvernement, une autre du Rcd et une autre encore du Mlc. Presque les 2/3 du territoire échappent au contrôle de Kinshasa.
26 JANVIER 2001
C’est de ce pays que Joseph Kabila Kabange hérite officiellement le 26 janvier 2001, date de prestation du serment en qualité de Président de la République, Chef de l’Etat.
Sa première préoccupation porte sur la réunification et la pacification de la RDC. Passage obligé : le Dialogue intercongolais. Sa première décision est donc d’en réactiver la médiation. D’où les rounds successifs d’Addis-Abeba en 2001, de Sun City I et Pretoria en 2002, et de Sun City II en 2003.
Sa deuxième préoccupation porte sur la reconstruction nationale. Le pays est confronté à une situation pour le moins délicate : l’ardoise de 13 milliards de dollars Us laissée par le régime Mobutu et la production économique sérieusement étranglée entre 1990 et 1997. La solution pour l’ardoise est l’acceptation de l’Initiative PPTE et pour la seconde, la relance de l’économie avec, d’abord, les moyens internes disponibles. On sait, par exemple, que l’I-PPTE sera réalisée en 2010, à une année du terme du premier mandat électif du Président Joseph Kabila en 2011.
Si dans le territoire administré par le Gouvernement les investissements solides commencent dans plusieurs secteurs de la vie nationale, c’est l’inverse qui se produit dans les autres territoires. On n’y voit l’aménagement d’aucune route, d’aucune école, d’aucun dispensaire, d’aucune centrale hydroélectrique, d’aucune fontaine d’eau. D’ailleurs, à un moment donné, c’est Kinshasa qui commence prend en charge la rémunération des fonctionnaires de ces territoires.
30 JUIN 2003
Le 30 juin est la date fixée dans l’Accord global et inclusif pour le démarrage de la dernière phase de la Transition avec l’ordre institutionnel «1+4». Conséquence logique : multiplication par quatre des besoins de fonctionnement de l’Etat couvrant les Institutions de la République et les Institutions provinciales, l’Administration publique comprenant la Fonction publique, la Territoriale, la Diplomatie, la Magistrature, l’Armée, la Police, les Renseignements, le Portefeuille etc. Un Etat budgétivore s’installe, ruinant les premiers résultats de redressement obtenus sous la Transition pré-Dialogue intercongolais. C’est, hélas !, le prix à payer pour l’objectif premier de réunification et de pacification du pays.
A cette période, l’accent est mis moins sur la reconstruction que sur les préparatifs électoraux, échéances réalisées de 2004 à 2007 dans un climat de violences gratuites. Souvenons-nous du boycott des opérations d’enrôlement et du référendum. Ironie du sort : alors que le bilan de cette dernière transition implique la responsabilité collective, c’est plutôt Joseph Kabila qui va devoir en répondre seul, Azarias Ruberwa, Jean-Pierre Bemba et Arthur Z’Ahidi Ngoma s’étant mués en …Opposants !
6 DECEMBRE 2006-26 JANVIER 2016
Au moins, le 6 décembre 2006, la RDC a pour la première fois en 46 ans d’indépendance un Président de la République élu au suffrage universel et pluraliste, ce qui n’a pas été le cas de ses prédécesseurs. C’est Joseph Kabila Kabange, appelé à répondre de sa gouvernance même pour les 2 ans où il était Chef de l’Etat d’une partie du pays et pour les 3 ans du « 1+4 ».
A partir de cet instant, la question essentielle est de savoir si la 3ème République a bénéficié d’un climat économique et social favorable à la démocratie, comme cela avait été le cas avec la 1ère et la 2ème Républiques. C’est ici le lieu de le noter et de le souligner fortement : ni le Président Laurent-Désiré Kabila, ni le Président Joseph Kabila n’ont, à leur avènement, obtenu des partenaires au développement un soutien économique et financier fort, de nature à consolider la démocratie. On se souvient de la Conférence dite des Amis du Congo à Paris en 1998 et des promesses électorales faites entre 2003 et 2006 pour encourager les Congolais à aller aux élections.
Les élections présidentielle, législatives, provinciales, sénatoriales et des gouverneurs de province terminées en 2006 et 2007, on ne verra aucune des promesses réalisées. C’est, au demeurant, en raison des hésitations observées dans le chef des «décideurs» que la RDC, à son corps défendant, va diversifier la coopération structurelle en associant aux partenaires traditionnels les nouveaux partenaires. Les deux apports, ajoutés aux efforts des Congolais, vont permettre les réalisations intervenues dans divers secteurs de la vie nationale sous les vocables « Cinq Chantiers de la République » et « Révolution de la Modernité ».
Ce n’est pas le lieu, ici, d’en faire le bilan. Le moment indiqué viendra.
L’Histoire devra cependant retenir pour la postérité qu’au cours de ces 56 ans bientôt d’existence, jamais la RDC – si ce n’est que sous Joseph Kabila – n’a eu à faire face en même temps :
– au défi de l’effort de développement (des infrastructures de base soit réhabilitées et modernisées, soit nouvellement construites en nombre et en qualité jamais égalés depuis l’indépendance)
– au défi de l’effort de guerre (une quarantaine de groupes armés dont une dizaine étrangère)
– au défi de l’effort électoral (deux élections à termes échus, et un troisième en préparation)

CONCLUSIONS
L’homme Congolais devrait apprendre à se demander pourquoi certains partenaires trouvent facilement des moyens pour financer le processus électoral et assurer un monitoring des Droits de l’homme défavorable constamment au Pouvoir en place pendant que les moyens semblent difficiles à trouver lorsqu’il s’agit de soutenir l’effort de guerre et l’effort de développement que déploient péniblement le Gouvernement.
Pourtant, l’Homme Congolais sait combien la démocratie est tributaire du développement, et non l’inverse. Toutes les puissances démocratiques fières de l’être ont commencé par consolider leur développement économique et social. Du reste, sans le Plan Marshall, les pays sortis groggys de la 1ère et de la Seconde Guerre ne seraient pas des démocraties avérées qu’ils sont aujourd’hui.
Curieusement, lorsqu’il s’agit de la RDC, notamment, on promeut la logique inverse. Simplement parce qu’on connaît le profil de l’homme congolais : pour les élections, il est prêt à remuer ciel et terre en vue de faire accéder à son pays des sous. Mais, pour le développement ou pour l’effort de guerre dont son pays a besoin, il est en panne d’initiatives.
Résultat : nous sommes l’un des rares peuples au monde, sinon le seul, à élever en art la politique de tirer toujours tout par le bas pour l’échec en continu.
C’est justement pour cette raison qu’en même temps qu’il jouit des infrastructures de base à l’érection desquelles il s’oppose ouvertement, il qualifie de négatif le mandat de Joseph Kabila, sans se demander d’où on est parti en 2001 et où on est arrivé en 2016, puisqu’il ne veut jamais remonter à 1960. En démocratie, version bantoue, c’est de bonne guerre.
Au moins, personne de sensé ne pourra contester la vérité des faits ainsi rétablie…
LE MAXIMUM AVEC OMER NSONGO D.L.

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