Le département du Trésor américain a annoncé par l’intermédiaire de son Office of Foreign Assets Control (OFAC), des sanctions ciblées contre l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila Kabange, pour son rôle présumé dans le soutien au groupe armé pro-rwandais du Mouvement du 23 mars (M23) / Alliance du fleuve Congo (AFC). Ces deux organisations qualifiées de terroristes par les sont accusées d’alimenter l’instabilité et les violences dans l’Est du pays.
Le secrétaire US au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que cette décision s’inscrivait dans la volonté des États-Unis de garantir l’intégrité des accords de Washington signés en décembre 2025 entre la RDC et le Rwanda, en vue d’instaurer la paix et renforcer l’intégration économique régionale.
Conflit persistant dans l’Est de la RDC
Depuis 2021, le M23, composé de renégats congolais sponsorisés par le Rwanda, s’est vu confié par Kigali la gestion des zones conquises par les Rwanda Defense Forces (RDF) dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, notamment les villes de Goma et Bukavu. Au mois de mars dernier, l’OFAC avait sanctionné RDF pour leur appui militaire et logistique au M23. En réaction, plusieurs groupes armés rivaux ainsi que les résistants Wazalendo ont intensifié leurs activités, ce qui a abouti à aggravé la crise humanitaire et sécuritaire.

L’AFC, coalition politico-militaire dirigée par l’ancien président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) Corneille Nangaa, n’a jamais fait mystère de sa volonté de renverser le gouvernement congolais. Déjà sanctionné en 2019 et en 2024, Nangaa était accusé de mobiliser des groupes armés et de coordonner les offensives rebelles aux côtés du M23.
Le rôle de Joseph Kabila
Ancien président de la RDC de 2001 à 2019, le président de la République honoraire Joseph Kabila est accusé d’apporter un soutien financier et politique au M23 et à l’AFC. Selon l’OFAC, il aurait encouragé des soldats des Forces armées de la RDC (FARDC), les troupes gouvernementales, à faire défection pour renforcer les rangs de la rébellion pro-rwandaise. Le fait qu’il ait choisi d’établir à partir de 2025 ses quartiers dans la ville de Goma, occupée par le corps expéditionnaire rwandais et de bénéficier de la protection des RDF et de leurs supplétifs de l’AFC/M23 tenté de lancer des attaques contre les forces gouvernementales a transformé les suspicions en certitude pour d’aucuns.
Une étape dans la mise en œuvre des accords de Washington
Ces sanctions qui ciblent l’ex-chef d’État s’inscrivent dans le cadre de l’application des accords de Washington pour la paix et la prospérité dont la ratification vient d’être autorisée par le parlement congolais. Ils visent essentiellement à stabiliser la région des grands lacs profondément déstabilisée depuis trois décennies du fait de l’hégémonisme prédateur du président Paul Kagame du Rwanda. L’administration Donald Trump entend faciliter le renforcement de la transparence des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et attirer davantage d’investissements américains dans l’eldorado congolais du Kivu.
D’où le maintien des pressions multiformes sur tous les acteurs qui menacent la paix dans la région des Grands Lacs.
Pascal Lookolo