La majorité présidentielle en République démocratique du Congo se fissure sous la pression d’ambitions croisées. Augustin Kabuya et André Mbata, piliers de l’Union sacrée, se livrent à une confrontation qui dépasse le simple désaccord politique : elle révèle une lutte d’influence où l’intérêt collectif semble parfois relégué au second plan.
D’un côté, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, multiplie les interventions pour réaffirmer son rôle historique auprès de Félix Tshisekedi. Ses discours vigoureux, ses menaces de suspendre les cotisations et ses rappels du passé de Mbata à l’UNC témoignent d’une quête permanente de légitimité. Mais derrière cette posture de « gardien du temple », se dessine l’image d’une autorité qui peine à fédérer au-delà de la confrontation.
De l’autre, André Mbata capitalise sur les récents succès électoraux au Sankuru pour s’imposer comme un stratège incontournable. Ses déclarations triomphalistes et ses piques à l’endroit du parti présidentiel renforcent une image d’ambition personnelle, perçue par certains comme une menace pour la cohésion de la majorité. En se positionnant comme une alternative crédible, il bouscule les équilibres internes et accentue les lignes de fracture au sein de la coalition.
Un clivage qui fragmente la coalition
Ce duel n’est pas qu’une affaire d’hommes : il entraîne dans son sillage des figures majeures du régime. Tandis que Peter Kazadi monte au créneau pour défendre Kabuya au nom de la fidélité historique, Jacquemain Shabani et d’autres parlementaires semblent se ranger derrière la dynamique impulsée par Mbata. Ce clivage transforme la coalition présidentielle en un champ de bataille où les alliances se recomposent au gré des calculs individuels, faisant apparaître l’Union sacrée comme une mosaïque de plus en plus éclatée.
Une menace pour la vision du Chef de l’État
Cette confrontation érode la cohérence de la majorité et fragilise la trajectoire tracée par le Président de la République. L’Union sacrée, dont la vocation est d’incarner l’unité nationale, risque de devenir le théâtre de rivalités stériles. Chaque démonstration de force détourne l’attention des objectifs stratégiques fixés par le sommet de l’État.
En se disputant l’héritage politique et l’autorité morale, les deux protagonistes affaiblissent l’architecture d’un pouvoir qui repose sur la discipline collective. Plus qu’un simple duel d’ego, cette crise révèle une difficulté à transformer la majorité en un projet politique solide et cohérent, exposant ainsi le régime à ses propres contradictions internes.
Jacques nzita