Un torrent de sanctions internationales s’abat sur Kigali depuis janvier 2025. Les Etats-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada … ont décidé de revoir leurs coopérations au développement avec le pays de Paul Kagame à cause de son implication dans la guerre qui sévit à l’Est de la RDC. Mais ce concert de réprobations n’affecte en rien jusqu’à présent le système d’exploitation minière mis en place par Kigali en RDC, qui continue de tourner comme par le passé.
Annoncées depuis plusieurs semaines, les dernières sanctions contre le régime de Paul Kagame sont tombées le 18 mars 2025. Elles sont l’œuvre de l’Union européenne, un des plus grands soutiens du dictateur rwandais avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis. L’UE a ajouté à la liste des personnes et entités sous sanctions, 9 personnalités rwandaises (4 officiers généraux RDF et 1 dirigeant d’entreprise) et congolaises (3 dirigeants du mouvement rebelle M23) ainsi qu’une entreprise minière rwandaise, Gasabo Gold Refinery, basée à Kigali. L’UE l’accuse de raffiner et de commercialiser de l’or de contrebande en provenance de la RDC.
Rien donc qui contraigne hic et nunc le Rwanda à mettre un terme au pillage des minerais congolais, attesté par de nombreux et récents rapports onusiens. Le 22 février 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU avait pourtant pris une résolution (n° 2773) condamnant formellement, et pour la toute première fois depuis 30 ans, le soutien rwandais à l’offensive du M23 et réclamant le retrait immédiat des troupes de ce pays de la RDC. Mais sans prendre des sanctions formelles.
Les sanctions arrêtées par les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada et la France contre le Rwanda n’affectent donc nullement le système mis en place par Kigali pour poursuivre aussi bien la guerre que l’exploitation de ces minerais, notent des observateurs. Alors que l’armée rwandaise et ses supplétifs élargissent leur occupation du Nord et du Sud Kivu et que rien n’est prévu (par le Conseil de sécurité) en cas de non-observance de sa dernière résolution sur le dossier congolais.
Sanctions individuelles inopérantes
Pire, les sanctions individuelles semblent inopérantes et inefficaces dans une guerre d’occupation et de pillages des ressources. Parce qu’elles ne neutralisent pas les forces négatives et n’inversent pas le rapport des forces sur le terrain des affrontements, fait-on observer.
Pour couronner le tout, l’Occident s’est abstenu d’imposer le moindre embargo sur les armes et sur les minerais contre le Rwanda. Résultat : la situation demeure telle qu’elle était avant les sanctions.
Selon The Sentry, une Ong de lutte contre la corruption, depuis l’invasion armée du Rwanda soutenu par ses supplétifs du M23, Kigali a exporté l’équivalent de 800 millions USD d’or extraits des mines de la RDC. «Les Etats-Unis et le Royaume-Uni devraient suivre l’exemple européen et sanctionner les négociants en or de conflit, tandis que les banques et les bijouteries devraient signaler l’or exporté par le Rwanda, y compris celui destiné aux Emirats arabes unis », selon l’Ong.
J.N. AVEC LE MAXIMUM