Face à la pluie des sanctions internationales qui s’abat sur son régime depuis quelques semaines, le président rwandais Paul Kagame se tourne vers ‘‘son’’ peuple. A la fois pour s’assurer son soutien et se forger une illusion de popularité. Dimanche 16 mars 2025, il a tenu son tout premier meeting d’envergure devant quelques milliers de partisans depuis sa réélection en juillet 2024. Pour désigner les auteurs de son infortune et les exposer à la vindicte populaire, trahissant ainsi une panique qu’on ne lui connaissait pas jusque-là. Un air de fin de règne …
Au Rwanda, des témoins rapportent que les populations sont de plus en plus obligées de manifester leur «soutien indéfectible» au président de la République, en répondant présent aux manifestations de masse, de plus en plus fréquentes. Dimanche 16 mars 2025, était un jour particulier. Plusieurs milliers d’hommes et de femmes avaient été informés par les autorités qu’ils devaient se réveiller aux aurores pour rallier obligatoirement l’Arena stadium de Kigali où le président Kagame allait prendre la parole dans le cadre d’un tout nouveau programme de rapprochement avec les citoyens, le «Kwegera Abaturage». La date n’avait pas été choisie au hasard. Après plusieurs coups de semonce, l’Union européenne s’apprêtait à rendre publiques ses sanctions contre Kigali, prévue le 18 mars, soit deux jours après le meeting de l’Arena.
Défis lancés
S’exprimant essentiellement en kinyarwanda, Paul Kagame s’est lancé d’entrée de jeu dans une série de défis en réaffirmant sa détermination à poursuivre ce qu’il présente comme «la protection du pays». Mais aussi ses intentions belliqueuses vis-à-vis de la RDC, voire, du reste de la planète toute entière s’il le faut. «Il n’y a rien qui puisse nous arriver de pire que la tragédie à laquelle nous avons survécu. C’est pourquoi nous ne devons pas avoir peur de parler, de nous battre pour nous-mêmes et contre ceux qui veulent nous anéantir», a-t-il lancé à la cantonade, faisant allusion au génocide des Tutsi de 1994 en laissant croire fallacieusement que ce drame fut autre chose que l’exacerbation d’un conflit rwando-rwandais.
La thèse officielle du régime voudrait que la menace existentielle contre une partie de sa population serait le fait de la RD Congo. «Je n’ai pas un problème avec les enseignements (bibliques, ndlr) en vertu desquels lorsque quelqu’un me tape sur la joue gauche, il faut lui tendre l’autre… Moi, je ne suis pas là. Pardonnez-moi et écoutez-moi, mais je ne vous demande pas de faire comme moi. Moi, si tu me tapes sur une joue, si tu as la chance, tu peux survivre. Ma doctrine c’est, si tu me tapes sur la joue, moi, je vais en retour te taper partout où je peux t’atteindre», a déclaré le chef de la principauté militaire en place au Rwanda.
Les raisons des incursions militaires sanglantes de son armée en RDC ne font donc pas défaut pour Kagame. Dimanche à l’Arena de Kigali, le dictateur rwandais en a énuméré quelques-unes, sans trop se soucier de vraisemblance ou des contradictions par rapport à ses affirmations antérieures sur le même sujet. Ni des certitudes historiques avérées. Le président rwandais a invoqué le passé colonial commun à la RDC, au Rwanda et à la Belgique pour justifier ses agressions répétées du territoire de son immense voisin. «Les territoires de Rutshuru et Masisi à l’Est de la RDC, tout comme Kisoro dans la région occidentale de l’Ouganda avaient autrefois appartenu au Rwanda avant d’être injustement attribués à ces pays voisins par la Belgique», a-t-il expliqué à une assistance toute ouïe avant d’affirmer que ce sont les populations rwandophones malmenées à Rutshuru et Masisi qui revendiquent leurs droits.
Passé colonial
Le chef de l’Etat rwandais s’en est particulièrement pris à la Belgique, responsable de la mise en œuvre des sanctions internationales contre son pays, à ses yeux. «C’est l’ennemi véritable» qui mène une campagne mondiale visant à isoler diplomatiquement le Rwanda, a martelé rageusement Paul Kagame. «Ce que vous voyez chaque jour, les accusations qu’ils nous lancent, en kinyarwanda, nous appelons cela ‘gukoronga’ : des insultes et des attaques constantes. Ils parlent de la guerre au Congo, d’abord en la présentant comme une guerre du Rwanda, puis en affirmant que nous la soutenons», a-t-il expliqué à la foule. «Notre plus grand problème est d’avoir été colonisés par un petit pays, la Belgique, qui a voulu découper notre pays et le réduire à une taille similaire à la sienne. Et je vais les mettre en garde», a vociféré le président rwandais dans un discours qui, selon plusieurs observateurs, traduit un certain désarroi.
Il n’a plus été question de la menace FDLR, ces héritiers des génocidaires de 1994 maintes fois ressassée pour justifier ses campagnes militaires sur le territoire de la République Démocratique du Congo. Dans cette adresse qui a pris des allures de discours d’adieu d’un roi que les dieux ont rendu fou en prélude à sa chute, Paul Kagame en vient à ne même plus se rappeler que ce sont les aventures guerrières hégémoniques et prédatrices de ses précurseurs prussiens allemands qui, pendant la première guerre mondiale, avaient jeté le Rwanda, ensemble avec le Burundi, dans l’escarcelle de la Belgique. Et non l’inverse.
J.N. AVEC LE MAXIMUM