UVIRA : Pressions militaires internationales sur Kinshasa ?

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D’Uvira à la frontière avec le Burundi dans la province du Sud Kivu, les nouvelles du front étaient bonnes à la fin du week-end. Les maï maï Yakutumba, ainsi qu’on a désigné le nouveau groupe rebelle qui a tenté de prendre d’assaut la 2ème ville du Sud Kivu mercredi et jeudi derniers, ont été défaits et entièrement écrasés sur l’axe Uvira-Baraka. La Nationale N° 1 qui relie les deux agglomérations a été totalement libérée, selon une source indépendante à Kinshasa, qui cite un officier Fardc sur le terrain des opérations.
Un nouveau mouvement rebelle, la Coalition nationale du peuple pour la souveraineté du Congo (CNPSC), avait tenté deux assauts sur Uvira, mercredi 27 par les collines qui surplombent la ville, puis jeudi 28 septembre par le lac, à bord d’embarcations fluviales. Les deux assauts ont été mis en échec par les forces armées de la RD Congo, « appuyées par les casques bleus de la Monusco », comme le veut une expression désormais consacrée. Et depuis jeudi dernier, des informations concordantes faisaient état d’opérations de poursuite des assaillants et de nettoyage entreprises par les FARDC, confirmées par celles qui sont parvenues au Maximum en fin de semaine, donc.
Population civile traumatisée
Néanmoins, à Uvira, les habitants en ont eu pour leur compte, traumatisées depuis plusieurs jours par les détonations plus ou moins rapprochées d’armes lourdes. Mercredi dernier, c’est à seulement 15 km de la ville que les affrontements s’étaient déroulés. Ecoles, commerces, administrations, tous ont fermé et les habitants d’Uvira se sont terrés chez eux dans la crainte du pire. La Mission des Nations-Unies avait déployé le même jour des unités chargées de la protection de la population, et diffusé un communiqué aussi tonitruant que les bruits d’obus entendus dans la ville, qui annonçait ce déploiement. Pendant que des renforts Fardc se déployaient dès jeudi dernier avant midi vers les collines et au-delà vers Fizi. Ils avaient repris Makobola, à la limite du territoire de Fizi et les combats se poursuivaient vers Simwa, une localité du même territoire.
La reprise d’activités à Uvira, déjà observée jeudi dernier en début d’après-midi, s’est confortée le week-end, selon des sources locales. Néanmoins, l’attaque des rebelles commandés par le général auto-proclamé William AmuriYakutumba a obligé le Général Didier Etumba, Chef d’Etat-Major Général des Fardc à se rendre en personne sur le lieu des opérations. En transit à Goma, il a assuré à la presse que la conflagration d’Uvira était un feu de paille qui s’éteindrait en peu de temps. C’est ce qui semble en cours de réalisation, même si des sources concordantes vantent aussi bien la qualité de l’armement que l’organisation de la nouvelle rébellion. Ce qui ramène à la surface le problème des soutiens dont bénéficient les rébellions qui écument l’est rd congolais depuis deux décennies.
La sortie de Justin Bitakwira
Justin Bitakwira, député élu d’Uvira depuis 2006 et actuellement ministre du développement rural au gouvernement d’union nationale, n’est pas allé par le dos de la cuillère et a carrément accusé Médecins Sans Frontières (MSF) d’assurer le ravitaillement des assaillants. Bitakwira se fondait sur des informations faisant état d’acheminement de caisses de médicaments dans la région, qui ont coïncidé avec les assauts rebelles, et dont les traces étaient peu retraçables. Ce à quoi MSF a réagi par un prompt démenti. Mais quel que soit le degré de véracité (ou de fausseté) de l’information balancée dans les médias par « le petit fils de sa grand mère », surnom du ministre, il demeure que la confiance dans les organisations internationales qui œuvrent dans les régions problématiques de l’Est de la RD Congo se lamine de plus en plus. Même la toute puissante Monusco n’échappe plus aux critiques acerbes de l’opinion qui s’interroge sur la présence impuissante desdites organisations dans ces régions, qui ne change pas d’un iota la situation sécuritaire des populations civiles. Au cours des derniers affrontements à Uvira, des voix se sont élevées qui ont vertement critique l’engagement onusien dont les hélicoptères de combat se seraient contentées de survoler le lac sans lâcher le moindre obus. Ce que la direction de la Monusco à Kinshasa a indirectement confirmé dans son communiqué de mercredi dernier qui assure que le déploiement des casques bleus visait la protection des populations civiles par la dissuasion de toute attaque rebelle sur la ville.
Crédibilité entamée des organisations internationales
A Uvira et au Sud Kivu en particulier, mais aussi dans toute la région de l’est rd congolais, on en est pas à une rébellion près et les populations en savent beaucoup sur l’approvisionnement des groupes armés opposés au pouvoir central. « En 1996, nous étions approvisionnés en nourriture par les organismes internationaux qui laissaient à notre disposition leurs entrepôts de réserve d’aliments », explique cet ancien de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques de Libération du Congo) de Laurent-Désiré Kabila. Dans ces régions, personne ne prend plus personne pour un saint, qu’il soit de la Monusco, de MSF ou de tout autre organisme international. Par les conflits récurrents dans la région ne peuvent s’expliquer sans l’intervention d’une ou des puissances étrangères, africaines ou non africaines.
Plusieurs hypothèses
Plusieurs explications tentent d’éclairer le problème d’Uvira, les une aussi peu satisfaisantes, en réalité, que les autres. D’aucuns avancent l’hypothèse d’affrontements à motivations ethniques, certaines communautés de la région s’estimant lésées, dépossédées ou menacés de dépossession de pouvoirs ou de richesses locales. Cette hypothèse est exacerbée par ceux qui dénoncent la mise à contribution des principales tribus d’Uvira (Bafuliro, Bavira) dans la guerre que leur mèneraient les Babembe qui composent essentiellement le nouveau groupe rebelle. Une hypothèse également évoquée par la chroniqueuse belge Colette Braeckman qui fait état de mécontentements des mêmes tribus dont les terres et les richesses naturelles seraient confisquées ou menacées de confiscation par « de puissants groupes miniers présents dans la région ». Mais l’hypothèse semble trop facile et n’explique pas la provenance de l’armement que l’on dit perfectionné de la nouvelle rébellion.
Certaines sources ont indexé le Burundi voisin, dont des ressortissants feraient partie des rebelles, de sous-traiter cette déstabilisation de son géant voisin. Pour sécuriser sa propre frontière en occupant son versant rd congolais, avance encore Braeckman. Mais l’hypothèse ne tient pas la route compte tenu d’excellents rapports entre les deux pays et leurs dirigeants respectifs.
A qui profite le crime ?
Est également avancée, par les milieux de l’opposition politique rd congolaise surtout, l’hypothèse d’une guerre commanditée par Kinshasa « pour retarder l’organisation des élections » ou encore pour « se donner la possibilité de proclamer l’état d’urgence en RD Congo ». Elle ne tient pas non plus vraiment la route parce que fondée sur des présomptions de refus d’organiser les élections mises à mal par l’évolution enregistrée par le processus piloté par la CENI. Ainsi que par le coût extrêmement onéreux de ces « guerres pour se donner une simple bouffée d’air frais ».
Reste donc l’hypothèse d’une tentative de (re) déstabilisation de l’Est rd congolais par les mêmes puissances (occidentales) depuis deux décennies. Cette fois-ci pour empêcher Joseph Kabila de s’en sortir en faisant organiser des élections qui profiteraient très vraisemblablement à sa famille politique. Et/ou, plus simplement, pour l’affaiblir militairement et le contraindre à lâcher du lest. Les rébellions actives ou en veilleuse sur tout l’Est rd congolais pourraient ainsi servir à la mise en œuvre de pressions militaires sur Kinshasa, qui s’ajouteraient aux pressions politiques et financières déjà mises en branle par une certaine communauté internationale soucieuse depuis belle lurette d’influer sur le cours des événements politiques en RD Congo. Il est étonnant que cette hypothèse qui dévoile une des parties largement bénéficiaires des crimes commis au pays de Lumumba n’ait pas effleuré une spécialiste aussi avertie de questions de l’Afrique centrale comme notre consœur Colette Braeckman.
J.N.

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