SADC : Front militaire contre ADF

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Casques bleus tanzaniens de la brigade d'intervention

C’est le jour et la nuit, entre les spéculations diffusées dans l’opinion, y compris par des organes de presse pourtant réputés sérieux, et la réalité. Tout au moins ne ce qui concerne les rapports entre la RD Congo et ses alliés de la communauté économique des Etats de l’Afrique Australe. Joseph Kabila et son gouvernement seraient isolés au sein de l’organisation sous régionale depuis le départ du pouvoir du Zimbabwéen Robert Mugabe et du Sudafricain Jacob Zuma. Le sommet dit de la double troïka de la SADC tenu le 24 avril 2018 à Luanda aurait sonné le glas du soutien à la RD Congo, assure-t-on avec une mauvaise foi manifeste, à en juger par le communiqué officiel signé des Chefs de l’Etat de la région, qui l’a sanctionné.
Sur le terrain de la coopération et des opérations militaires, la SADC est plutôt engagée dans la mise en œuvre des décisions du sommet de Luanda qui « … assuré la République Démocratique du Congo qu’il continuera de soutenir le processus électoral, le renforcement de la stabilité politique, le maintien de la paix et de la sécurité ». Une délégation des Etats-majors des armées des pays de la SADC, dont ceux des pays contributeurs des troupes de la brigade d’intervention de l’ONU, s’est entretenu à cet effet vendre 4 mai 2018 à Beni avec David Gressly, le représentant spécial adjoint du SG de l’ONU chargé des opérations. Au menu des échanges, l’examen des possibilités d’adaptation de la brigade d’intervention placée sous l’égide des Nations-Unies à la guerre asymétrique pratiquée par les rebelles ougandais des ADF. « Les groupes armés qui existent maintenant et surtout dans le grand Nord du Nord-Kivu sont un peu différents du groupe rebelle M23 qui était plutôt une force conventionnelle. Dans la région de Beni, c’est plutôt un combat asymétrique », a convenu l’onusien qui dit espérer disposer de bataillons d’intervention rapides dans un proche avenir pour augmenter les capacités de la mission onusienne. « Je crois vraiment pour la zone de Beni, les changements proposés, je ne peux pas donner ici les détails, ça va donner à la brigade d’intervention les capacités nécessaires pour faire face à cette menace. Et aussi, j’espère que ça va aider dans la coordination de nos efforts avec les forces de sécurité congolaises », a également déclaré D. Gressly.
Les relations entre les Etats de SADC semblent donc aux antipodes des clichés désastreux peints par certains médias occidentaux et répercutés sans nuances dans l’opinion « pour préparer les esprits à une telle éventualité », selon diplomate angolais interrogé à Kinshasa. Qui rappelle qu’à Luanda le 24 avril dernier, la double troïka de la SADC a félicité et encouragé les progrès accomplis par la RD Congo dans la voie de l’organisation des scrutins électoraux en décembre prochain. Il n’y a jamais eu d’invectives du nouveau Chef de l’Etat Sudafricain, C. Ramaphosa, contre son homologue Joseph Kabila. Le successeur de Jacob Zuma est, du reste, annoncé à Kinshasa dans les prochains mois, selon des sources au ministère des Affaires étrangères à Kinshasa. A l’instar du successeur de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, qui a séjourné à Kinshasa fin février dernier.
Certes, le Botswana, petit pays de la SADC qui entretient des liens particuliers avec les anciennes puissances colonisatrices du continent, multiplie depuis quelques les déclarations contre le Chef de l’Etat rd congolais. Comme ses parrains occidentaux, Mokgweetsi Eric Keabetswe a profité d’une conférence d’études stratégiques à Londres pour exhorter Joseph Kabila à quitter le pouvoir. Mais cela ne traduit en rien l’état d’esprit de dirigeants africains de moins en moins enclins à se soumettre aux diktats d’anciennes puissances coloniales. « Le trait caractéristique des nouveaux chefs d’Etat africain est, à quelques exceptions près, l’affirmation de l’indépendance et de la dignité des Etats du continent. Il y a de moins en moins de béni-oui-oui protecteurs d’intérêts occidentaux », explique à ce sujet un enseignant en relations internationales de l’Université de Kinshasa. Qui semble plus proche de la vérité qu’un certain nombre de confrères prétendument experts ès RD Congo.
J.N.

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