MICHAEL SHARP-ZAIDA CATALAN : Curieux silence sur l’assassin dénoncé

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Corps d'experts onusiens assassinés au Kasai Central

Au tribunal militaire de Kananga au Kasai Central, on s’achemine lentement mais sûrement vers l’épilogue du procès des assassins présumés des experts onusiens, Michael Sharp et Zaida Catalan, ouvert le 5 juin 2017. Lundi 17 septembre 2018, un témoin, Ilunga Lumu, a formellement dénoncé l’assassin de Zaida Catalan. Il s’agit d’un certain Kazumba « Lance-roquette » qui emmené son trophée macabre au commanditaire du crime odieux, M. Manga. Sur les lieux de l’exécution de la victime, le témoin, Ilunga Lumu avait coupé les cheveux de la Suédoise sur ordre de Jean-Bosco Mukanda. Le procès des assassins des experts onusiens partis à la recherche de fosses communes attribuées aux Fardc chargées de rétablir la paix dans les régions kasaiennes dévastées par le phénomène Kamwina Nsapu s’est poursuivi jeudi 20 septembre à Kananga, révélant des détails supplémentaires sur cet assassinat d’experts des Nations Unies qui avait énormément ému l’opinion et provoqué une levée de boucliers à nul autre pareil. Contre les technostructures sécuritaires rd congolaises et le gouvernement, soupçonnés d’être à la base de la mort de Michal Sharp et de Zaida Catalan, et accusé de répression disproportionné contre les terroristes Kamwina Nsapu.
Oubliées, les pressions internationales ?
Le 23 juin 2018, le Conseil des droits de l’Homme des Nations-Unies adoptait une résolution instituant une équipe d’experts internationaux chargée d’enquêter sur la situation au Kasai. Bacre Waly Ndiaye (Sénégal), Fatimata M’Baye (Mauritanie) et Luc Coté (Canada) ont été désigné le 26 juillet 2018, pour enquêter dans les provinces kasaiennes.
Le secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, est revenu à la charge sur le dossier en nommant un procureur Canadien, Robert Petit, à la tête d’une équipe chargée d’appuyer la justice rd congolaise dans le cadre de l’enquête sur le meurtre des experts onusiens assassinés en mars 2016 à Moyo Musuila, non loin de Kananga. Intervenue fin novembre 2018, la désignation de Robert Petit survenait à la suite d’âpres discussions entre les autorités rd congolaises et les instances onusiennes influencées par l’opposition politique rd congolaise, des Ongs internationales et certaines capitales européennes, qui appelaient à la mise en place d’une enquête internationale indépendante. Kinshasa s’était fermement opposé à la mise à l’écart de ses technostructures dans le cadre de cette enquête.
Fin juin 2018, l’équipe d’experts internationaux rendait un rapport sans rien révéler sur les tueries à grande échelle perpétrées par la milice Kamwina Nsapu, laissant les victimes et la justice rd congolaise qui entendait s’en servir pour sanctionner les responsables dans leur soif. L’armée rd congolaise, la milice Kamwina Nsapu et la milice Bana Mura présentée comme un supplétif de l’armée font été également accusées des exactions déplorées et renvoyées dos à dos. C’est la formule en vigueur dans tous les rapports onusiens sur la RD Congo, qui vise principalement à justifier la présence des casques bleus sur le territoire national en plaçant sur le même pied d’également les forces de l’ordre et de sécurité officielles et des groupuscules terroristes.
Ne restaient donc plus que les audiences publiques dans le cadre du procès des assassins présumés d’experts onusiens, qui livrent leurs secrets dans l’indifférence générale. Comme si la fameuse communauté internationale, ses innombrables Ong de défense des droits de l’homme qui furent si prompte à réclamer des enquêtes indépendantes, voire même les princes de l’église catholique romaine qui diligentèrent une délégation pour soutenir l’envoi d’une commission d’enquête internationale en RD Congo, il aurait mieux valu que le responsable de l’odieux assassinat d’experts des Nations-Unies fut un élément PNC et FARDC.
Un rapport d’experts pour justifier l’injustifiable
Un rapport publié au début de la semaine dernière reflète cet état d’esprit qui consiste à se montrer conciliant et compréhensif vis-à-vis de criminels et de bandits et à incriminer invariablement les forces chargées du maintien de l’ordre et de la paix en RD Congo. Le Conseil régional des ONG de Développement du Kasai Occidental démembré (CRONG) a publié les conclusions d’une enquête lancée au mois d’août à la prison de Kananga, relative au phénomène Kamwina Nsapu. Elle révèle que 227 personnes ont été tuées par l’armée dans la commune de Nganza à Kananga, et plusieurs autres blessés. Dans la prison du chef-lieu de la province du Kasai Central, les enquêteurs ont trouvé 20 malades mentaux, un épileptique et une personne vivant avec handicap.
Naturellement, rien sur les exactions perpétrées par les terroristes Kamwina Nsapu qui avaient répandu la terreur à des centaines de km à la ronde en égorgeant leurs victimes et en leur coupant systématiquement au moins une main. Ce sont bien 400 personnes (selon l’ONU) ou 3.383 (selon l’église catholique) qui ont trouvé la mort dans la région du Kasai. 60 paroisses et 34 maisons religieuses ont été fermées ou endommagées, une trentaine de structures sanitaires, deux grands séminaires ont été saccagées par les terroristes. Qui ont également détruit 20 villages contraignant à l’errance 1,3 millions personnes, selon les statistiques de Ocha.
Mais sur ce type de détail, autant que sur l’identité des meurtriers Kamwina Nsapu d’experts onusiens, la discrétion semble de requise. Comme si la mort de Michael Sharp et Zaïda Catalan n’aurait été utile que pour gêner les empêcheurs de recoloniser en rond que sont Kabila et sa plateforme.
J.N.

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