INTERVIEW : La RDC, entre populisme et lutte pour l’indépendance

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Tony Busselen

La République Démocratique du Congo est au cœur du continent africain. Le futur de l’Afrique entière est lié à celui de ce grand pays, si riche et pauvre en même temps. Nous demandons à Tony Busselen, qui suit de près les évènements en RDC, de faire l’état de la situation. Quel rôle jouent les Etats-Unis et l’Union Européenne, comment évaluer Kabila et où se trouve la gauche dans ce pays.
Cette interview a été réalisée le 29 décembre. Nous publions un bref épilogue, écrit après les évènements du 31 décembre, à la fin de cet article.

Oliver Ndenkop (O.N.) : Quelle est la situation actuelle en RDC et que peut-on attendre pour l’année 2018?
Tony Busselen (T.B) : Les dernières années ont été tumultueuses en RDC. La vie politique tournait autour des élections postposées et l’on accusait le Président Kabila de s’accrocher au pouvoir. En 2016, presque tous les observateurs lançaient des prédictions alarmantes. La jeunesse congolaise était en colère et certaines couches s’organisaient pour « chasser Kabila ». L’année 2017 a été dominée par les discussions autour de l’application du fameux accord de la Saint Sylvestre et sur la question de savoir s’il faut une transition avec ou sans Kabila. Il est très difficile de prévoir comment la situation évoluera au Congo. Actuellement le pays vit presqu’en permanence dans l’attente de l’un ou l’autre évènement qui pourrait faire basculer la situation dans des sens totalement opposés. La semaine passée c’était la promulgation de la loi électorale et du budget, des évènements qui rendent le processus électoral actuel plus probable. Pour le moment il y a l’appel d’un Comité Laïc de Coordination pour une grande manifestation dimanche 31 décembre. Ce comité demande entre autres choses une renégociation du calendrier électoral, ce qui va donc dans l’autre sens. L’opposition radicale, mais aussi le parti de Vital Kamerhe, se sont joints à cet appel. Kamerhe se situe entre d’une part l’opposition qui a accepté l’exécution de l’accord de 31 décembre 2016 qui est en cours maintenant et d’autre part l’opposition radicale avec Moïse Katumbi, Felix Tshisekedi et le G7, qui disent donc que Kabila a trahi cet accord. Si on analyse vers où les choses évoluent à travers le temps, alors on constate deux grandes tendances :
Primo, l’opposition radicale formée d’abord en décembre 2015 à l’île de Gorée (Sénégal) et ensuite en juin 2016 à Genval (Belgique), a perdu nombre de membres et beaucoup de sa crédibilité. D’abord il y a eu, un mois après la signature de l’accord de la Saint Sylvestre, le décès de la figure de proue de ce groupe, Etienne Tshisekedi. Ensuite, une partie importante a signé en avril l’arrangement particulier pour la mise en œuvre de cet accord. C’est cet arrangement qui forme la base du gouvernement actuel. Le noyau dur de l’opposition radicale se concentre autour de Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur richissime du Katanga, Felix Tshisekedi, le fils d’Etienne Tshisekedi et Pierre Lumbi du G7, le groupe des sept partis qui avaient quitté la Majorité Présidentielle en septembre 2015. Quand on regarde bien, tout ce va-et-vient dans cette opposition s’est déroulé en 2 années et demie. En outre, les négociations et les disputes autour de l’exécution de l’Accord de la Saint Sylvestre donnent l’impression que l’opposition radicale n’est pas tant intéressée par les élections que par les postes. Certains commentateurs disent que beaucoup d’opposants n’ont pas des moyens financiers pour poser leur candidature et battre campagne. Ce serait la raison pour laquelle ils veulent une nouvelle transition qui leur permettra d’avoir des postes ministériels et ensuite se faire de l’argent pour battre campagne. Tout cela ne donne pas beaucoup de crédibilité aux hommes politiques et on peut dire que la population est déçue de la classe politique en général et aussi de l’opposition. Même l’Eglise catholique, qui s’est mise dès le début, bien que d’une façon hésitante, du côté de l’opposition, lance des appels à l’action appuyés par l’opposition radicale. Mais elle semble en même temps elle-même fort divisée. Deuxièmement : Il y a plusieurs étapes précises dans la préparation des élections qui se sont concrétisées ou sont en train de se concrétiser. La clôture de l’enrôlement des électeurs est prévue pour janvier. Le calendrier électoral a été publié, prévoyant la date des différentes élections, dont la plus contestée : celle des présidentielle et parlementaire pour le 23 décembre 2018. La loi électorale et le budget pour 2018 sont votés et promulgués avec deux semaines de retard. Mais le président de la CENI a déjà fait savoir que ce retard n’aura pas de conséquence pour la date du 23 décembre.
A moins d’un revirement spectaculaire, on a alors l’impression que l’opposition radicale risque de se trouver devant un choix difficile : ou bien participer aux élections sans avoir une garantie de pouvoir les gagner. Ou bien appeler au boycott avec le risque de se retrouver marginalisée pour quelques années, comme cela a été le cas de l’UDPS après son boycott des élections en 2006. Mais, comme je disais au début, il est très difficile de prévoir le futur au Congo. Ce revirement spectaculaire pourrait avoir lieu ce dimanche du 31 décembre, qui est annoncé comme une journée de protestation.
O.N. : Quel rôle jouent les Etats-Unis et l’Union Européenne ?
T.B. : La soi-disant communauté internationale qui veut en finir avec Kabila déjà depuis dix ans, c’est-à-dire les Etats-Unis et l’Union Européenne, hésite entre deux positions. D’un côté elle est tentée de lâcher l’opposition radicale, qu’elle a appuyée et encouragée depuis l’île de Gorée, et de composer avec le processus électoral afin d’essayer de l’influencer au maximum. D’autre part, elle pourrait continuer avec la politique de rupture et de sanctions envers le gouvernement congolais. Il y a eu la visite de Niki Haley, ambassadrice américaine auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, en RDC, fin octobre. Haley a dit clairement à l’opposition radicale qu’une transition sans Kabila n’était pas réaliste. Ensuite lors de son discours à l’ouverture de l’ambassade belge, Reynders a dit : « Il ne nous appartient pas de faire des choix au Congo. Nous ne soutenons aucun mouvement politique en République démocratique du Congo. Ou, plutôt, nous les soutenons tous.» C’est assez paternaliste mais c’est surtout un pas en arrière car, début avril, le même Reynders avait désapprouvé le choix de Bruno Tshibala comme Premier ministre car cela aurait constitué une violation de l’esprit de l’Accord de la Saint Sylvestre. Ce qui est clairement une prise de position en faveur de l’opposition radicale. D’ailleurs on peut prendre toutes les déclarations de Reynders ou de l’Union Européenne des dernières années : on y trouverait à chaque reprise des condamnations et des critiques envers le gouvernement congolais, mais jamais la moindre critique de l’opposition. Donc, il y a là un léger recul implicite de position.
Depuis quelques temps, l’ingérence extérieure des Occidentaux dans la vie politique congolaise reste définie en fonction de l’évolution des rapports de forces à l’intérieur et pas l’inverse. C’est le prolongement des circonstances dans lesquelles l’accord de la Saint Sylvestre a été négocié et signé. C’est-à-dire entre Congolais sans la présence directe de diplomates ou d’accompagnateurs étasuniens et européens.
Cela peut changer, c’est-à-dire que les Etats-Unis et/ou l’Union Européenne peuvent de nouveau opter pour une intervention musclée, par exemple en cas de morts lors des manifestations. En effet, le ministre belge de la coopération, Alexander De Croo a suggéré dans une interview en septembre qu’il fallait que la communauté internationale prenne les choses en main (en néerlandais il disait « de boel overnemen »). Mais il avouait en même temps que la Belgique se trouvait bien seule quand elle plaidait dans les cénacles de l’Union Européenne et ailleurs pour une action plus dure envers Kabila.
Des revirements soudains sont donc toujours possibles aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la RDC, mais on peut dire que la possibilité des élections devient de plus en plus réelle.
O.N. : Est-ce qu’il y a un changement dans la politique des Etats Unis envers la RDC depuis l’arrivée de Trump au pouvoir ?
T.B. : Je ne le crois pas. L’élection de Trump est le résultat d’une crise profonde dans laquelle se trouve la bourgeoisie étasunienne. Depuis les années 1970, les Etats-Unis visaient le contrôle de ce qu’ils appellent l’Eurasie, le plus grand continent qui n’est pas séparé par de l’eau. Avec la chute de l’Union soviétique en 1991, ils avaient pensé avoir gagné. C’est Kissinger lui-même qui dira en 1999, je cite : « Ce qu’on appelle globalisation est en réalité un autre nom pour désigner le rôle dominant des Etats-Unis ».
Or les peuples ont continué à résister à cette domination. Et avec l’évolution des pays émergents et la formation des BRICS, les choses se déroulent depuis une dizaine d’années dans le sens opposé. Poutine s’est rallié à la Chine et l’Eurasie échappe de plus en plus au contrôle des Etats-Unis. La toute-puissance de ceux-ci devient de moins en moins évidente. On peut dire que la guerre de Libye en 2011 a été là dernière d’une longue série d’interventions et d’ingérences depuis la chute du mur de Berlin où les Occidentaux avaient facilement la supériorité. Sans leur domination, les Etats-Unis se trouveront seuls devant une dette colossale et une colère grandissante dans leur pays. Mettre fin à ce déclin est donc une question de vie ou de mort pour la grande bourgeoisie étasunienne.
A la recherche d’une réplique à cette situation, la tension monte au sein de cette bourgeoisie. Mais dans le fond la différence entre Trump et Obama/Clinton est une différence de style et d’approche plutôt qu’une différence de fond. Sur le but stratégique, le maintien de la domination mondiale, il n’y a pas de discussions. Trump est surtout plus imprévisible qu’Obama. Il dit une chose et fait son contraire. Il a dit qu’il s’opposait aux guerres mais il a augmenté le budget de défense de 10% encore, faisant de celui-ci le plus élevé existant dans l’histoire de l’humanité. Un jour, il dit qu’il veut parler avec le président de la Corée du Nord et le lendemain il le menace d’un feu et d’une violence jamais vus auparavant dans l’histoire. En outre, Trump n’hésite pas à employer la démagogie d’extrême droite, le racisme et l’obscurantisme. Bref, le monde devient plus dangereux.
Ce que cela signifie pour la RDC, on l’a vu lors de la visite de Niki Haley fin octobre.
Tout le monde s’attendait à ce que Haley mette en place un ultimatum dur en accord avec une attitude agressive anti-Kabila des Etats-Unis. Après avoir caressé quelques têtes d’enfants, Mme Haley constatait cependant que « chaque jour que les élections sont reportées est égal au viol d’une femme et au recrutement d’un enfant dans un groupe armé ». Mais surtout, Haley rejeta la demande d’une transition sans Kabila, à la grande déception de l’opposition radicale.
Herman Cohen, autorité américaine en matière de Congo, a explicité cette position : « Il aurait été ridicule et contreproductif pour l’ambassadeur Haley de déclarer: ‘Kabila doit partir au plus tard le 31 décembre 2017’. Les Etats-Unis auraient perdu toute capacité d’influencer le régime de Kabila. En outre, les États-Unis auraient perdu toute capacité de protéger leurs intérêts politiques et économiques en RDC. », a-t-il déclaré.
Et l’expert américain, proche du gouvernement étasunien, Jason Stearns, a expliqué à RFI : « J’ai parlé avec un diplomate occidental de haut niveau récemment. Il m’a dit : même si on a une alternance au sommet de l’Etat, le président Kabila a un successeur qu’il nomme lui-même, et s’il truque les élections en sa faveur, ça pour nous, c’est du succès. »
Autrement dit, les pragmatiques américains ont fait leur compte. Tous leurs ultimatums, leurs sanctions et leur soutien à l’opposition radicale qui devait chasser Kabila à travers la rue n’ont pas connu le succès. Et donc, par pur opportunisme en fonction des intérêts politiques et économiques américains, ils reculent et acceptent des élections à condition que Kabila soit remplacé. C’est un recul temporaire. Si demain, l’un ou l’autre événement leur donne l’occasion de retourner vers le bâton, ils n’hésiteront pas. Et certainement si le successeur de Kabila ose mettre la souveraineté de la RDC et les intérêts du peuple congolais au-dessus des intérêts politiques et économiques américains.
O.N. : Le Président Kabila ne pourra plus se présenter pour un troisième mandat. Que retenez-vous des 16 ans durant lesquels il a été au pouvoir?
T.B. : D’abord je veux dire que je me pose beaucoup de questions sur Kabila.
S’il ne fait parfois pas trop de concessions aux Etats-Unis et à l’Union Européenne, s’il ne devrait pas parler plus, s’il ne prend pas trop de temps avant de trancher des questions importantes. Comment se fait-il que les résultats de la lutte contre la corruption se font si longtemps attendre ? On peut aussi constater que certains projets de prestige annoncés ne marchent pas comme prévus ou qu’ils traînent, comme le Parc agro-industriel de Bukanga Lonzo et le câble en fibre optique.
Cela frustre beaucoup de ses compatriotes et c’est sur ce mécontentement que surfe l’opposition radicale. Mais je m’oppose à un jugement unilatéral. Un ami, expert du Congo, résumait son jugement sur Kabila en disant : « Si en 16 ans le Président Kabila n’a pas pu améliorer le sort des simples Congolais, c’est qu’il ne le veut pas ou qu’il ne le peut pas ». Mais moi, je ne suis pas d’accord avec lui. Quand on connaît la complexité dans laquelle la RDC a évolué au cours de ces 16 dernières années, je trouve cela un peu court. Il faut au moins se poser la question suivante : où le peuple congolais se trouverait-il si Kabila n’avait pas été là ? Il faut aussi prendre en compte tous les problèmes auxquels le pays a été confronté. Ces problèmes se situent à trois niveaux. D’abord, la RD Congo est un pays stratégiquement très important, aussi bien de par sa position géostratégique au centre de l’Afrique que compte tenu de ses énormes richesses. Le contrôle sur ce pays est une question cruciale pour les Etats-Unis et l’Union Européenne. Ils veulent garder le Congo comme livreur de matières premières bon marché et dans un état de dépendance permanente. On ne peut pas juger ce qui se passe en RDC sans en tenir compte. On ne peut pas faire comme si ce pays était une île vivant en autarcie. Ensuite, c’est un énorme pays avec beaucoup de régions isolées, beaucoup de communautés ethniques, sans infrastructures, un pays qui est sorti il y a peu d’une dictature de 36 ans, laquelle l’a laissé ruiné. De surcroît, ces années de dictature ont été suivies par une guerre de 5 ans qui a déchiré le pays. De trois, on constate que sur cette base économique et la lourde histoire de cet Etat, il y existe de nombreuses forces centrifuges et négatives qui rendent la consolidation de la paix et la construction d’un Etat de droit difficile.
Tenant compte de ces trois aspects, les résultats de la gouvernance sont peut-être modestes mais ils existent et ils forment une base favorable pour que les conditions quotidiennes deviennent vivables pour le peuple congolais dans le futur. Kabila a obtenu la paix et il a réunifié le pays après 5 ans de guerre. Il a ensuite fait échouer plusieurs fortes tentatives, dont la dernière date de 2013, de relancer la guerre et de mettre le pays à feu et à sang. Les différentes vagues de violences qui ont surgi les dernières années, dont les violences au Kasaï étaient les plus importantes, n’ont pas abouti à mettre le pays en lambeaux. Il a créé une armée qui, malgré tous les problèmes, évolue vers une certaine cohérence et une meilleure performance. Les Nations-Unies ont reconnu que cette armée congolaise n’employait plus d’enfants-soldats. En outre, elles ont admis que les violences sexuelles avaient diminué de 50 %. Au plan économique, il y a eu une croissance et un contrôle de l’inflation que le pays n’a jamais connu depuis son indépendance jusqu’en 2014, quand la chute des cours des matières premières l’a frappé de plein fouet. Il est vrai que durant la première moitié de 2017 il y a eu une inflation de 45%, ce qui a posé des problèmes pour plusieurs familles congolaises. Mais les comparaisons que l’on peut lire partout par rapport à l’hyper inflation de la fin de l’ère Mobutu, dont le taux allait jusqu’à atteindre plus de 2000%, ne tiennent pas la route. En plus, depuis septembre il y a de nouveau eu une stabilisation du taux de change.
En 2001, le budget de l’Etat était de 500 millions de dollars, ce qui n’est absolument rien pour un pays pareil. Aujourd’hui le budget tourne autour de 5 milliards, ce qui n’est toujours pas grand chose mais c’est au moins dix fois de plus qu’en 2001. Kabila a réussi à faire démarrer la production dans le secteur minier, ce qui commence petit à petit à rapporter des recettes à l’Etat. Il est vrai que les constructions d’infrastructures, routes et autres, ne sont encore que des gouttes d’eau dans la mer, mais au moins il y a eu plus de constructions au cours de ces 16 ans que dans les trente-six années de la dictature de Mobutu.
En général, on peut constater que Kabila essaye de suivre la voie vers l’indépendance des anciens leaders et la construction d’un Etat et d’une économie nationale, mais jusqu’à présent le mouvement kabiliste peine à mobiliser le peuple comme acteur de son propre futur et il n’y a donc pas encore eu un changement qualitatif durable et plus solide.
O.N. : La dernière année, plusieurs rapports ont été publiés sur les richesses de la famille Kabila. Comment voyez-vous cela en tant que marxiste ?
T.B. : Avant de répondre sur le fond, je veux remarquer que ces rapports ne sont pas écrits par des marxistes ou des gens qui veulent le socialisme en RDC. Michael Bloomberg, le propriétaire de l’agence de presse qui a lancé le premier rapport sur les richesses de Kabila, a vu grandir sa fortune, selon le site Forbes, de 40 milliards en 2016 $ à quelques 47,5 milliards $ en 2017. Il est clair que ces rapports sont rédigés avec le but de faire spéculer les gens sur les richesses de Kabila en vue de lui nuire politiquement. Le rapport de Congoresearchgroup, par exemple, contient sur les 30 pages de texte une page et demie seulement dans lesquelles on aborde la question « ces richesses sont-elles légales ? ». On commence à dire « Il n’y a rien de mal ou d’illégal en soi que des membres de la famille d’un président ou des députés possèdent des entreprises, investissent et accumulent des richesses. Cependant, il existe plusieurs lois au Congo qui contrôlent l’activité commerciale ». Suit alors une série de citations de lois suivies par des spéculations comme « il n’est pas certain que les députés Zoé Kabila et Jaynet Kabila aient déclaré leurs biens ». ou « l’Observatoire du Code d’Ethique Professionnelle semble ne pas examiner les déclarations annuelles des biens des fonctionnaires, membres du parlement et chefs d’état ».Il y a que deux faits durs qui sont mentionnés : « Selon le Code minier, une personne et ses sociétés ne peuvent détenir plus de 50 permis de prospection. Kwango Mines, à elle seule, en possède 53. Kwango est contrôlée par Excel Holding qui est elle-même dirigée par Jaynet Kabila ». Et deux, « le fait que la Garde Présidentielle est employée pour protéger des sociétés ou mines appartenant à la famille présidentielle ». Naturellement, il faudrait clarifier ces faits et s’ils sont corrects, il faudrait y remédier.
Maintenant, sur le fond de la question. Je me souviens que dans une interview en 2006, à la question « qu’allez-vous faire si vous perdiez les élections ? », Kabila avait répondu : « respecter les résultats des élections, et je peux toujours me lancer dans les affaires pour servir mon pays. » Il est clair que Kabila n’est pas un marxiste. Mais l’idée que « pour faire avancer économiquement un pays pauvre et ruiné comme la RDC il faut des hommes d’affaires » est parfaitement acceptable du point de vue du marxisme.
Dans ses premières thèses sur la question coloniale, Lénine écrivait déjà en 1920 qu’il fallait faire une distinction entre les nations opprimées et les nations opprimantes. Dans les colonies, les communistes devraient conclure une alliance avec la démocratie bourgeoise des colonies en sauvegardant leur indépendance, disait-il. Lors du développement du mouvement marxiste dans les anciennes colonies, dans des pays comme la Chine, le Vietnam et ailleurs, les marxistes ont toujours distingué la bourgeoisie nationale de la bourgeoisie compradore. Mao disait sur cette dernière qu’elle « sert directement les impérialistes étrangers, qui, en retour soutiennent et entretiennent cette classe ». La bourgeoisie nationale, par contre, est, je cite « opprimée par l’impérialisme et limitée dans son expansion par les éléments féodaux. En ce sens, elle constitue une partie des forces révolutionnaires ».
A travers l’histoire de la Chine, du début du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui, cette bourgeoisie nationale a joué des rôles différents selon les différentes étapes. Avant l’existence et au début de l’existence du Parti Communiste Chinois, c’était Sun Yat Sen, un important représentant de la bourgeoisie nationale qui dirigeait la lutte contre l’impérialisme. C’était un homme progressiste et un démocrate. Au courant des années 1920 et 1930, une grande partie des jeunes issus de cette bourgeoisie nationale a rejoint le Parti Communiste pour y devenir des cadres ou ces jeunes ont rejoint le front uni dirigé par le Parti Communiste. Pendant 3 décennies, les communistes chinois ont jeté les bases d’une économie vraiment indépendante de l’impérialisme et au service du marché intérieur. Depuis 1978 la bourgeoisie nationale a de nouveau été mise à contribution pour faire avancer les forces productives et aller vers un pays socialiste et moderne en 2050.
Tout cela est naturellement beaucoup plus compliqué que je ne l’explique ici. Il y a eu dans les différentes périodes beaucoup d’expériences négatives et positives qui sont débattues sérieusement au sein du Parti Communiste Chinois et entre marxistes. Et il est vrai que cette bourgeoisie nationale n’a nulle part dans le monde pu obtenir une indépendance durable en se basant uniquement sur ses propres forces. Mais ce que je veux dire c’est que la bourgeoisie nationale est une notion existante et importante pour les marxistes quand on parle du Tiers Monde.
Et certainement dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui, où beaucoup de gens de gauche sont désarmés idéologiquement depuis la chute de l’Union Soviétique, on est un peu de retour dans la période de Sun Yat Sen. Il y a un vide idéologique et la bourgeoisie nationale remplit le vide en Afrique et joue aujourd’hui un rôle progressiste. Un rôle souvent discutable à plusieurs égards, mais important dans la lutte pour l’indépendance et pour le progrès.
Prenons la SADC, la Communauté de Développement de l’Afrique Australe, à laquelle appartiennent des pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola, la RDC, le Zimbabwe, la Namibie et la Tanzanie. Cette SADC est en Afrique l’une des organisations régionales qui se bat le plus pour l’indépendance. Si l’armée étasunienne n’a pas encore pu installer son quartier général de sa section Afrique, Africom, en Afrique c’est surtout la mérite de la SADC. Il y a une logique puisque ces pays ont été les derniers pays africains à avoir obtenu des victoires dans la lutte anticoloniale souvent armée. Il est vrai que la lutte politique à l’intérieur de cette bourgeoisie nationale est souvent compliquée. La souveraineté et l’indépendance vis-à-vis de l’impérialisme qu’ils défendent n’atteint jamais le niveau de pays socialistes comme Cuba, la Chine et le Vietnam. Et les marxistes ne peuvent donc jamais s’identifier avec cette bourgeoisie nationale. Il suffit de suivre les sagas autour de la famille Dos Santos, de Mugabe ou de Zuma. Mais en même temps je crois qu’il serait faux, de partir de ces histoires, de mettre la bourgeoisie nationale dans le même sac que la bourgeoisie compradore. Ce n’est que l’impérialisme qui en profite et celui-ci n’hésite d’ailleurs pas à présenter aux peuples d’Afrique tous les dirigeants africains sans distinction comme les vrais ennemis à renverser. Pendant ce temps, il peut continuer en toute tranquillité à piller et à contrôler la situation au niveau géostratégique et à faire en sorte que pour les peuples rien ne change fondamentalement.
Ainsi on reste aussi largement aveugle sur les luttes politiques au sein des classes dirigeantes en Afrique en général. Partout au sein de classes dirigeantes, il y a une gauche, un centre et une droite. La majorité des dirigeants africains ont signé les traités contre les armes nucléaires et contre la reconnaissance de Jérusalem par Trump. Une minorité s’est abstenue ou a voté l’inverse.
Le Parti Communiste sud-africain a raison d’exiger la démission de Zuma comme Président parce qu’avec ses liens privilégiés avec certains hommes d’affaires il met en danger tout le mouvement de libération qui est l’ANC. Et en même temps, il a aussi raison de refuser un front avec la droite, héritière de l’apartheid. Cette droite veut aussi la démission de Zuma, mais pour de tout autres raisons : elle espère en finir avec l’ANC. Les marxistes et les progressistes en général commettent l’erreur de nier ces choix politiques différents et ces débats-là sous prétexte que les dirigeants africains sont « tous les mêmes ».
O.N. : Sur beaucoup de sites et de médias on constate énormément d’acharnement et de haine contre la personne de Kabila. D’où vient cette haine selon vous ?
T.B. : La première raison est naturellement la misère et les frustrations que vivent les Congolais. Beaucoup de jeunes ne voient pas de perspectives, il n’y a pas de travail. Ces sentiments sont renforcés par le fait que de plus en plus de gens sont confrontés à deux mondes différents. La réalité en Europe et celle au Congo sont tellement différentes. Il y a la diaspora qui, en majorité voudrait bien retourner au pays, mais qui est effrayée et frustrée par le manque de perspectives qu’elle y voit. Il y a beaucoup d’Occidentaux qui ont le cœur à la bonne place et qui en voyageant entre les deux mondes sont en colère. Et il y a Internet et les réseaux sociaux qui rapportent la réalité en Europe à une masse de jeunes qui vivent au pays dans la misère et le chômage, sans perspectives. Pourtant ces deux réalités ne sont que les deux faces du même système, d’une économie globale dont les germes se trouvaient au développement du capitalisme vers le 18ème siècle. Un système, qui a vraiment commencé à se répandre sur le monde entier avec la colonisation et qui jusqu’aujourd’hui n’a fait qu’augmenter l’exploitation. Or la conscience des mécanismes d’exploitation du monde d’aujourd’hui par le grand capital est absente chez beaucoup de gens.
Nous vivons dans un monde où 8 individus possèdent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Et cette évolution ne s’arrête pas, au contraire. En 2016 ces huit premiers milliardaires du monde avaient ensemble une somme de 426 milliards $, en 2017 c’était déjà 10% de plus : 468,4 milliards $. Comment peut-on penser qu’un tel système n’a rien à voir avec la réalité au Congo ?
En absence, presque totale, d’une conscience de cela, on regarde vers celui qui se trouve à la tête de l’Etat et on dit c’est lui qui incarne le mal et qu’on doit le chasser. Dans l’article sur les vrais pilleurs de l’Afrique et du Congo, j’explique qu’il faut déconstruire le mythe des dirigeants africains qui seraient les nouveaux colonisateurs de l’Afrique et du Congo.
Dans le meilleur des cas, cette conscience anticoloniale existe pour le passé. J’ai des amis qui peuvent s’enflammer sur les injustices commises par l’Etat belge dans le passé, sous la colonisation. Mais, malgré le fait que cet Etat refuse toujours jusqu’aujourd’hui de reconnaître les crimes qu’il a commis dans le passé, ces mêmes amis professent une confiance presqu’aveugle dans ce même Etat à qui ils demandent de prendre des sanctions contre les dirigeants congolais au nom des Droits de l’homme. Or ces sanctions, s’ils sont pris, le sont seulement en fonction de l’intérêt du grand capital belge et européen. Alors il y a les vrais puissants et leurs propagandistes, ceux qui ne savent qu’une chose : qu’ils doivent coûte que coûte défendre leur domination mondiale sinon ils périront. D’une façon de plus en plus arbitraire, ils distribuent des mauvais et des bons points selon l’obéissance des dirigeants locaux. L’Arabie Saoudite, Israël, le Rwanda sont les bons élèves. Les dirigeants qui refusent de jouer le jeu sont diabolisés. Là il faut l’alternance. Et comme des vendeurs d’illusions, ils trouvent des grands schémas où ils promettent de « tout changer pour en fait ne rien changer du tout ». Et ils vendent cela comme des révolutions, comme au Syrie, Libye ou Burkina Faso. Or quand on va voir quelques années plus tard, on se rend compte que les peuples vivent dans des conditions pires qu’avant. Au Congo, ils s’appuient sur une bourgeoisie compradore qui a grandi sous la dictature mobutiste et rêve du retour à la relation privilégiée avec les Etats-Unis et l’Union Européenne de cette époque. La tactique est assez simple : tout ce qui vient de Kabila cache des mauvaises intentions et est donc inacceptable. Alors les parrains à Washington, Bruxelles et Paris n’ont qu’à exiger de Kabila « une solution de consensus et de réconciliation ». Ainsi cette bourgeoisie compradore se sent en permanence appuyée par l’extérieur et on ne laisse à Kabila que la capitulation totale. C’est à ce jeu que l’on joue depuis 2008.
La combinaison de tous ces aspects mène à une atmosphère populiste. Où aucune discussion politique sereine n’est possible. Tout est réduit à des attaques personnelles, des procès d’intentions. Et dans cette atmosphère tout peut être dit, même par des gens sérieux. Des casques bleus sont tués en Ituri ? C’est Kabila qui y aurait tout intérêt pour que les élections traînent. La fortune de Kabila ? 18 milliards $ !, comme commentaire sur le rapport de Bloomberg qui parle pourtant des sociétés qui rapportent je cite : « probablement quelques centaines de millions de $ par an ».
On voit la colère des jeunes à l’horizon avec comme issue non pas un programme politique qui peut répondre aux problèmes des jeunes mais … une grande explosion qui fera partir Kabila. Et l’alternative c’est un jour une alliance de l’opposition. Si cela ne marche pas, l’autre jour on espère que la CENCO (évêques catholiques) fera le boulot. Si cela ne va pas, le troisième jour, ce sera l’Angola ; ensuite on dit que ce sont les Congolais qui vont se réapproprier leur pays. Et enfin aujourd’hui, le 28 décembre, on compte sur un « comité de Laïcs » pour organiser la grande marche qui fera enfin partir Kabila. Le danger existe que dans une telle atmosphère populiste la droite vienne au pouvoir sans élections tandis que beaucoup de gens à la base de ce mouvement veulent se battre pour plus de démocratie et de bien-être pour la population, ce qui n’est encore nulle part au monde réalisé par la droite.
O.N. : Comment se porte la gauche congolaise ?
T.B. : La question est naturellement ce que signifie la notion « gauche » dans la politique congolaise.
Apparemment il y a une certaine sensibilité pour des idées de gauche à la base de l’opposition radicale. On peut par exemple entendre un discours du docteur Mukwege, connu pour son travail avec les femmes victimes de violences sexuelles, sur le Facebook du mouvement citoyen debout congolais ABCDE. Il y dit qu’il faut en finir avec l’exploitation de l’homme par l’homme, ce qui est le slogan des communistes. Et il dénonce une classe de Congolais qui vivent dans l’extravagance, avec des jets privés, des villas à la Côte d’Azur etc… Les deux partis politiques les plus grands, l’UDPS et le PPRD, sont tous deux membres de l’Internationale Socialiste. Mova Sakanyi, le secrétaire général du parti présidentiel, le PPRD, vient d’écrire un livre dans lequel il explique l’idéologie du PPRD, idéologie qu’il appelle « Ubuntu ». « Ubuntu c’est l’expression africaine de la social-démocratie » dit-il. Ailleurs en Afrique des mouvements comme le MPLA angolais ou l’ANC sud-africain sont aussi membres de l’Internationale Socialiste.
En Europe la social-démocratie est selon Lénine, l’idéologie de l’aristocratie ouvrière, les dirigeants du mouvement ouvrier, qui, achetée avec les richesses pillées aux colonies, s’est intégrée dans les élites des pays capitalistes. Il est en effet important de noter que les grands idéologues de la social-démocratie européenne tels que l’allemand Bernstein et le belge Vandervelde défendaient au début des années 1900, aussi bien théoriquement qu’en pratique sur la scène politique, la colonisation. Vandervelde a même menacé de démissionner pour que son parti puisse accepter sa position sur la nécessité des colonies.
En Afrique c’est plutôt l’idéologie de la bourgeoisie nationale et de la petite-bourgeoise qui combattent justement le colonialisme et le néocolonialisme mais qui sous influence de la chute de l’Union Soviétique ont tourné le dos au marxisme. Mais l’expression africaine de la social-démocratie est donc fondamentalement différente de la social-démocratie européenne. Pour le PPRD, Ubuntu trouve ses racines dans le mouvement anticolonial et pour la défense de la souveraineté des anciennes colonies. Jean-Pierre Kambila, personnalité importante dans le PPRD, la définit comme « la philosophie du refus de soumettre l’autre au travail pour ses propres intérêts égoïstes et, d’autre part, la reconnaissance que le pouvoir en lui-même n’existe et ne tire sa légitimité qu’à travers ceux qui sont dirigés ». Dans des mouvements qui se disent sociaux-démocrates comme le MPLA et l’ANC on n’a pas de problèmes à collaborer intensivement avec des marxistes. Du côté sud-africain, le parti Communiste est même l’un des trois piliers de l’ANC. Ce n’est pas étonnant puisque les marxistes ont toujours combattu et dénoncé la colonisation comme un crime contre l’humanité. Et ce sont les communistes qui ont réussi à conquérir une indépendance durable et consolidée, comme en Chine, au Vietnam et à Cuba, pays hautement estimé et respectés dans les mouvements comme l’ANC, le MPLA et le PPRD.
L’UDPS est aussi membre de la Deuxième Internationale. Mentionnons que lors du dernier congrès tenu du 7 au 10 décembre, de l’UDPS-aile Tshibala, l’actuel Premier ministre, on pouvait voir à côté l’un de l’autre la photo de Etienne Tshisekedi, Patrice Lumumba et … le marxiste Che Guevara. Je répète : quelque chose d’impensable chez les partis socialistes européens.
Ensuite il y a le PALU, qui défend un nationalisme lumumbiste de gauche. Lugi Gizenga, l’actuel secrétaire permanent du PALU, se fait remarquer par ses tweets et ses remarques sur Facebook qui sont assez à gauche. Je viens d’en voir encore un toute à l’heure : « Nous n’avons plus rien à gagner avec le capitalisme dégradant au Congo, les autres avancent avec le socialisme en Afrique le Congo avec le capitalisme recule. »
Il y a le parti du Ministre de la Communication Lambert Mende, la Convention des Congolais Unis (CCU), un parti Lumumbiste qui se fait remarquer avec des positions anti-impérialistes. Il y a aussi le PT, parti du Travail, de Steve Mbikayi, actuel ministre de l’enseignement supérieur, qui a été au mois de novembre nommé membre d’honneur de l’association d’Amitié entre la RDC et le Venezuela (ARVEZ) pour ses prises de position anti-impérialistes.
Et enfin, il y a le Parti Communiste Congolais, le PCCO, dont le secrétaire général Sylvère Boswa Isekombe, est en même temps le porte-parole de la dynamique de 27 partis extra-parlementaires. Cet inventaire n’est certainement pas exhaustif et il y a probablement un tas de groupes, partis, associations et individus qui se disent lumumbistes et nationalistes de gauche. Donc « la gauche congolaise » est assez large mais éparpillée. La confusion est grande. Certains groupes et sympathies de gauche se trouvent dans la mouvance de l’opposition, d’autres du côté du gouvernement. L’atmosphère populiste, où toute discussion politique est devenue hors propos et où la discussion se limité à la personne de Kabila, maintient et augmente la confusion.
C’est un premier grand défi, je crois, qui se pose pour la gauche. C’est de tirer le débat vers les questions politiques fondamentales. Quel alternatif pour la domination impérialiste où le rôle du pays est limité à celui de livreur de matières premières bon marché ? Comment se battre contre l’impérialisme, pour une vraie indépendance et un progrès de la situation et des conditions de vie du peuple ? Comment ne pas seulement consolider les acquis importants dans la lutte pour l’unité du pays et consolider les résultats modestes mais réels dans la construction d’un Etat et d’une économie obtenue depuis la chute de Mobutu, mais surtout faire un pas qualitatif sérieux en avant ?
Un deuxième défi consiste dans l’absence de larges organisations de masses qui savent mobiliser la population et en faire des acteurs. La droite a le grand capital mondial derrière elle et compte sur les anciens maîtres pour les aider à reconquérir le pouvoir. Envers les masses elle emploi le populisme pour les tromper. Les nationalistes de gauche ne sauront rien changer fondamentalement s’ils ne peuvent pas compter sur la force du nombre en dehors du parlement. Le grand défi pour la gauche congolaise sera justement de faire du peuple un acteur conscient de son futur, de créer une vraie démocratie populaire, pas tellement pour les élections, mais quotidiennement dans la lutte pour l’indépendance et la démocratie. Créer de telles organisations ne peut pas être le résultat d’un décret. C’est un travail qui demande d’immenses efforts et beaucoup de temps par des hommes et des femmes très conscients ainsi que par la création d’une base économique qui donne du travail au gens.
Epilogue provisoire : Quoi après le 31 décembre?
Les chiffres sur la répression de la marche annoncée pour le 31 décembre varient. Pour le gouvernement il y a eu 5 morts dans des circonstances autres que celles relatives à la manifestation à Kinshasa et à l’intérieur du pays. Pour la Monusco et la nonciature apostolique, 5 tués à Kinshasa seulement. La nonciature dit qu’une personne a été tué par balles et parle de 4 autres décès. Pour le gouvernement il y a eu 77 personnes arrêtées, la Monusco parle de 120 arrestations. Le gouvernement dit que toutes les personnes arrêtés ont été libérées après interrogatoire, ce qui n’est pas contredit ni par la nonciature, ni par la Monsuco.
Les organisateurs de la marche, le Comité des Laics de Coordination, avait refusé de donner un itinéraire clair sachant qu’ainsi la marche allait certainement être interdite. Les services d’ordre ont donc encerclés les églises pour empêcher qu’ils seraient des points de départs de la marche. Le site politco.cd, proche de l’opposition, parle d’un « piège méticuleusement orchestré par les catholiques ». Car dans les églises « il a été scrupuleusement demandé aux manifestants de sortir de l’église, de faire un tour de rayon d’à peine 300 mètres, pour finir par revenir à l’église ». Dans la majorité des églises la police a empêché les gens de sortir ensemble. Selon la nonciature, dans une dizaine de paroisses sur les 135 cela a provoqué des charges et l’emploi de gaz lacrymogène. Il est clair des différentes réactions et commentaires du cardinal Monsengwo et des différents opposants, qu’ils regardent ces évènements comme un point de départ pour l’assaut final contre Kabila. Monsengwo a même déclaré même « qu’Il est temps que les médiocres dégagent ». Au sein de la communauté internationale, un débat sur la nécessité de prendre encore une fois des sanctions a déjà commencé. Pour le gouvernement, la marche a été un échec, et il faut continuer avec le processus électoral, qui prévoit le dépôt des candidatures pour la présidentielle entre le 25 juillet et le 8 août. Au cours de cette période on devrait connaitre tous les noms des candidats pour les présidentielles. Les spéculations sur la candidature éventuelle de Kabila finiront. Le 2 janvier une session extraordinaire du parlement et du sénat a commencée. Cette session spéciale a été demandée par le président Kabila à fin de voter la réforme du code minier avant la fin de janvier.
On peut conclure que dans les prochains 6 mois, la balance entre les deux camps opposés penchera probablement plus définitivement vers un côté ou un autre.
T. BUSSELEN, 4 janvier 2018

Propos recueillis par Olivier NDENKOP

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