FAYULU A BENI-BUTEMBO : Croisade pour une quarantaine électorale

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Les combattants à l'accueil de Martin Fayulu à Kinshasa

C’est annoncé sur tous les tons possibles, dans les médias autant sur ces réseaux sociaux dont raffolent une catégorie d’électeurs rd congolais : sa campagne électorale, le candidat des exclus à la présidentielle 2018 la lance au Nord-Kivu, plus précisément dans ce qu’on appelle le Grand Nord. C’est la région Nande de Beni-Butembo, créditée de plus ou moins 1 million d’électeurs sur les 3.863.721 d’inscrits sur les listes électorales au Nord-Kivu aux élections de décembre 2018.
Comme tout ce que les katumbistes ont entrepris depuis quelques années, dont Martin Fayulu est le porte-étendard attitré à la présidentielle 2018, difficile de démêler entre l’intox et les Fakes News et la vérité. Depuis le lancement officiel de la période de campagne électorale, le 22 novembre 2018, la plateforme Lamuka a annoncé des aéronefs pour assurer les déplacements de son candidat. Dont l’atterrissage en RD Congo aurait été interdite ou retardée. Le stratagème est connu de l’opinion depuis que Moïse Katumbi lui-même avait dénoncé l’interdiction de survol de jet privé début août 2018, alors qu’il n’en avait jamais sollicité les autorisations.
Les aéronefs sont là, finalement ?
Dimanche 2 décembre, Jean-Bertrand Ewanga, ci-devant porte-parole de Lamuka, a néanmoins reconnu que les démarches visant l’obtention des autorisations de survol des aéronefs de la plateforme étaient suffisamment avancées pour permettre son arrivée à Goma au début de la semaine en cours. lundi 3 décembre 2018, des sources dans la presse à Kinshasa ont fait état de l’arrivée d’au moins un de ces engins volants à l’aéroport international de Ndjili à Kinshasa. Presqu’au même moment où des sources indépendantes annonçaient le départ de Martin Fayulu vers Goma via Kigali au Rwanda à partir de Brazzaville en République du Congo.
Il reste que les ambitions « électorales » du candidat Lamuka demeurent floues pour l’opinion. Martin Fayulu prétend et ses mentors, Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba et Adolphe Muzito, prétendent convier les électeurs au vote le 23 décembre 2018 en même temps qu’ils appellent quasiment au boycott. Les électeurs Lamuka sont exhortés à se prendre en charge au cas où la machine à voter serait d’usage d’ici quelques semaines. Et ce sera le cas. Donc ils devraient soit, empêcher que les votes se déroulent, soit, ne pas voter simplement.
Au cours d’une interview à la RFI, samedi 2 décembre, Martin Fayulu ne s’est pas beaucoup préoccupé du désarroi des sympathisants de Lamuka. « Nous demandons à nos électeurs qu’on installe même pas la machine à voter dans les bureaux de vote. Que personne ne puisse organiser les élections en utilisant la machine à voter », a déclaré ce candidat des invalidés dans ce qui ressemble plutôt à un appel à l’insurrection et au chaos le jour des élections. Qui passerait plus facilement dans la région durement éprouvée par l’activisme meurtrier des terroristes ADF qu’est Beni-Butembo-Lubero. « C’est Nangaa, président de la CENI, qui se croit tout puissant, qui veut organiser le chaos. Et nous lui disons qu’il sera le seul responsable de ce chaos », vocifère ce chef d’un petit parti politique, l’Ecidé, qui n’a jamais compté plus de trois élus au parlement, dont lui-même.
Fiefs électoraux d’anciens chefs rebelles

A Beni-Butembo, fief électoral d’anciens chefs-rebelles et leaders politiques qui ont fait du vivier électoral leur fonds de commerce, les esprits séduits par une sorte de fédéralisme local sont formatés contre tout pouvoir central. Ici, Satan c’est Kinshasa. Le Bon Dieu, ce sont les leaders locaux. Mieux vaut cohabiter avec les tueurs ADF, pourvu que le gouvernement central s’en trouve fragilisé. Tous les moyens, y compris les plus félons et assassins, sont mis en œuvre pour persuader l’opinion. Comme cette idée saugrenue qui présente les terroristes ADF comme des supplétifs de l’armée nationale, quasiment, qui auraient été chargés de la mission d’exterminer le peuple Nande. Ou de s’accaparer de leurs terres ancestrales au profit des rwandais, ou des rwandophones en quête de pâturages pour bétail. L’idée passe, incroyablement. Les agresseurs et tueurs des populations civiles dans la région de Beni et Beni rural seraient accompagnés de leurs femmes et enfants, assurent des rumeurs. Et nul ne songe à s’interroger comment des combattants s’encombreraient de marmaille durant des affrontements militaires aux issues incertaines pour les deux camps.
Même la fièvre hémorragique à virus Ebola qui sévit dans la région a été exploitée à des fins politiciennes dans la région de Beni-Butembo. Et multiplié aussi bien la dangerosité de la maladie que la vulnérabilité d’innocentes populations civiles. Avec plus de 200 morts, Ebola au Nord-Kivu compte désormais parmi les plus meurtriers épisodes de l’épidémie qui, quelques mois plus tôt, avait été contenue et vaincue après une cinquantaine de décès certifiés par les autorités sanitaires nationales et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Ici, un député national, Crispin Mbindule, avait entrepris une croisade d’intoxication des populations qui leur assurait que le virus Ebola était en réalité une invention du pouvoir central à Kinshasa et des Américains pour exterminer les populations Nande. Des rites de purification, à l’aide de quelques coqs sacrifiés, permettaient de se mettre à l’abri de la fièvre hémorragique. Les ravages de cette campagne assassine s’avèrent sans limites aujourd’hui.
En contact avec des malades encouragés aussi bien à ne pas se rendre aux centres de dépistage et de vaccination qu’à agresser le personnel chargé de l’éradication de l’épidémie, Mbindule fut déclaré sujet atteint et astreint à la quarantaine habituellement observée avant de s’assurer que le virus n’a produit d’effets sur sa santé. A l’époque de ses exploits dans la région de Beni-Butembo, les victimes d’Ebola se comptaient encore en dizaines.
Député élu sur les listes de l’UNC de Vital Kamerhe, Crispin Mbindule s’aligne aux législatives 2018. Sur les listes de Lamuka et donc de Martin Fayulu dont on peut affirmer qu’il prône davantage un chaos politique et électoral en RD Congo qu’une compétition destinée à plebisciter un vainqueur le 23 décembre 2018.
Dans la région de Beni-Butembo-Lubero, c’est pour transformer la quarantaine sanitaire d’Ebola en quarantaine électorale que Martin Fayulu se rend.
J.N.

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