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VOTE ELECTRONIQUE: Le MLC dégaine contre son ombre

La volte-face des animateurs du Mouvement de Libération du Congo (MLC) contre le processus électoral se porte plutôt bien. Partie prenante aux discussions du centre interdiocésain de Kinshasa et signataire de l’accord de la Saint Sylvestre qui en est issue le 31 décembre 2016, le parti politique de Jean-Pierre Bemba Bombo ne se remet manifestement pas de l’échec de ses ambitions pour diriger le Comité National de Suivi de l’Accord et du Processus Electoral (CNSA), confié comme convenu à ce dialogue, à l’opposition radicale. Le MLC s’est, dès lors, désolidarisé d’un processus auquel il aurait accordé ses faveurs si la direction du CNSA lui était revenue. C’est ainsi que se comprennent, pour certains observateurs habitués aux voltefaces d’acteurs politiques rd congolais, qui n’ont jamais rien eu d’idéologique, des hommes du chairman Bemba Gombo.
Le parti a carrément multiplié ses prises de position contre le processus ces derniers jours, au point qu’il y a quarante-huit heures, Eve Bazaiba, son secrétaire générale, est allée tomber dans les bras de Félix Tshilombo Tshisekedi, le président de l’aile Limete du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, qui a lancé un appel à une nouvelle réunification de l’opposition mardi 5 septembre dernier à Kinshasa. Quelques jours auparavant, cette ancienne de l’UDPS passée au MLC avait cru devoir monter sur grands chevaux contre la tripartite CENI-CNSA-Gouvernement, qui s’est tenue fin août dernier à Kananga dans la province du Kasai Central. Le 28 août 2017, Eve Bazaiba déclarait à la presse que « Nos efforts en tant que MLC et FRC sont focalisés vers les élections. Cette évaluation qui se passe à Kananga, je la mets en garde. Je l’avais souligné. Nous étions convenus que les élections se passent en décembre 2017. Quand il y eu ajout de la mention « toutefois la CENI, le gouvernement et le CNSA (…)», c’était de la tricherie hors-cadre. C’est toujours ces intellectuels qui emmènent ce genre de phraséologie. Donc je mets en garde cette réunion de Kananga ».
Mercredi 6 septembre 2017, un autre des secrétaires généraux du MLC, le député élu de Kinshasa, Fidèle Babala s’est fendu d’un communiqué dénonçant la perspective du vote électronique préconisée, selon lui, par la CENI. La loi électorale en vigueur interdit le recours au vote électronique en son article 237 Ter. Ce en quoi ce juriste formé à l’université de Kinshasa a versé dans … le juridisme, selon toute vraisemblance, avec quelque précipitation.
Parce que l’option en faveur d’une machine à voter n’est pas, à proprement parler, un vote électronique, parce qu’il n’exclut pas l’utilisation du vote papier auquel il est plutôt couplé. La procédure de ce vote semi-électronique est la même que le vote traditionnel. La seule différence réside dans le remplacement du bulletin de vote traditionnel pré-imprimé, par un bulletin de vote spécifique vierge que l’électeur obtient du Président du bureau de vote, et sur lequel il imprimera son choix via la machine de vote. Ce bulletin de vote imprimé est déposé dans l’urne pour un dépouillement manuel. La machine de vote agrège les résultats des candidats au fur et à mesure que les électeurs votent, et à la clôture du vote, la machine imprime la fiche de résultats qui sera comparée avec la fiche de résultats remplie par les membres du bureau de vote.
Le juridisme du MLC occulte, en plus, les objectifs visés par l’option présentée par la CENI : la réduction drastique des coûts des élections, à travers la réduction de la taille du bulletin de vote, qui est kilométrique en RD Congo, compte tenu du nombre des candidats. Outre cet aspect matériel, la CENI assure que l’utilisation de la machine à voter présente l’avantage de la rapidité de la remontée et de la publication des résultats, autant que la possibilité d’organiser plusieurs scrutins au même moment et la publication des résultats le soir même de l’opération électorale.
Partie prenante au dialogue du Centre catholique interdiocésain, le MLC feint ou a aussi oublié que l’accord signé le 31 décembre stipule en son chapitre IV, IV. 4 que la CENI, le Gouvernement et le CNSA sont invités à « … explorer les voies et moyens de rationalisation du système électoral pour réduire les coûts des élections ». Le MLC aura dégainé contre son ombre en cherchant coûte que coûte à torpiller le processus électoral.
J.N.

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