PROVINCES

VIOLATIONS RECURRENTES DES DROITS DE L’HOMME A LODJA ET LOMELA : Mémorandum de la société civile de Sankuru

Motivations
Le présent Mémorandum, expose les inquiétudes des populations du Sankuru face à la barbarie et l’anarchie entretenues à dessein par certaines forces politiques face aux exactions, à l’insécurité, au clientélisme et au bradage des ressources naturelles de la province du Sankuru.
En effet, depuis près de deux ans, le Sankuru défraie négativement la chronique à cause d’une crise entre l’Assemblée provinciale et le gouverneur qu’elle a élue, M. Joseph Stéphane Mukumadi. Récemment, des actes d’une cruauté inouïe, consécutifs à cette crise, ont été perpétrés contre des innocents de la part de ce dernier depuis son retour dans cette province après 7 mois d’absence le 26 août 2020 par Lodja et Lomela. Ces faits ont été dénoncés notamment par la Société Civile, l’Asadho, JED, les ministères des Droits de l’Homme et de l’Environnement du gouvernement central ainsi que des médias nationaux et internationaux. En vain.
Rétroactes
Les agissements en marge de la loi de l’ex-gouverneur Mukumadi depuis son élection le 20 Juillet 2019 expliquent pour une large part l’enlisement actuel de la province. Pendant que d’autres provinces lancent de grands chantiers de développement, le Sankuru s’enlise et se délite.
En effet, M. J.S. Mukumadi s’est rendu le 26 août 2020 au Sankuru par Lodja, fief de l’honorable Lambert Mende où il s’est lancé dans des actions irrationnelles de règlement de comptes contre ce dernier, l’accusant d’avoir intimé à ses députés provinciaux l’ordre de voter sa mise en accusation devant la Cour de cassation.
La société civile du Sankuru a constaté des arrestations arbitraires en cascade, tortures et séquestrations orchestrés par des éléments de la police nationale et des FARDC sur ordre de M. Mukumadi.
M. Armand Ndjudi et 4 journalistes de la radio locale « Losanganya » (de l’Hon. Mende) en ont été les principales victimes. Il s’agit des journalistes François Lendo, Hubert Djoko, Albert Lokongo et John Djowa. La sous-station locale de la RTNC/Lodja a été aussi fermée au motif que ses animateurs n’avaient pas mobilisé la population pour l’accueil de M. Mukumadi. Parmi les autres victimes, nous avons identifié notamment MM. Lumu Longe, Denis Manda et Kondotondo, tous militants de la CCU, parti cher à l’Hon. Mende ciblés à cause de leurs opinions politiques.
Plusieurs proches réels ou supposés du député national Lambert Mende Omalanga (Lodja) et des sénateurs Moïse Ekanga Lushyma (Lomela) et Léonard She Okitundu (Katako-Kombe) ont fait l’objet d’actes d’intimidations. C’est le cas du Dr. Aimé Alengo, Médecin chef de la Division provinciale de la Santé nommé par le ministre du gouvernement central illégalement limogé par M. Mukumadi qui l’a remplacé par un infirmier, M. Oyoko alors que cette compétence relève du pouvoir central.
La société civile du Sankuru déplore en outre l’assassinat, le 6 septembre par balles tirées à bout portant, du jeune Vodu Owamba dans le village Hianja-Tombola par les gardes du Lieutenant-colonel Kalala, homme à tout faire de M. Mukumadi, ainsi que la mort la nuit du 8 au 9 septembre du chef Okitolenga du village Lokolo, en secteur de Kondo-Tshumbe (entité d’origine de l’honorable Mende) des suites des tortures lui infligées par des militaires et policiers conduits par l’ex-chef de secteur Bono Emakitshi chargé par le gouverneur déchu de « mater les gens de Mende».
Auparavant, M. Mukumadi a tenté d’exproprier sans titre ni droit Mlle Washokenyi, une parente de M. Mende, d’un immeuble dont elle détient un certificat d’enregistrement depuis 11 ans (2009) loué à la sous-station RTNC/Lodja.
A Lomela, fief du sénateur Moïse Ekanga (PPRD/FCC), M. Mukumadi a ordonné et supervisé personnellement l’enlèvement de l’administrateur territorial, M. Omayetsha, ainsi que ses deux adjoints et le responsable local du PPRD tous ramenés de force à Lodja (220 Km) avant que sa garde prétorienne ne blesse grièvement par armes à feu deux personnes qui manifestaient contre cet acte. Sa colère serait due à la répression par le conseil territorial de sécurité de l’abattage d’un Okapi, une espèce protégée en RDC, par un chasseur qui a avoué avoir reçu mission à cette fin par le député provincial José Lumu, un de ses proches. C’est la confiscation par l’A.T. de Lomela de la peau de l’animal réservée comme trophée pour M. Mukumadi par qui a énervé ce dernier (Voir à ce sujet le communiqué y relatif de S.E. le ministre de l’Environnement du gouvernement central).
Propositions de solutions
Depuis son élection en 2019, M. Joseph Stéphane Mukumadi refuse délibérément de présenter à l’Assemblée provinciale le programme du gouvernement provincial et gouverne en toute illégalité au regard de la Loi n° 08/012 du 31 juillet 2008 portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces, article 23. 5, en vertu de laquelle « avant d’entrer en fonction, le gouverneur présente à l’Assemblée provinciale le programme de son gouvernement ». En outre, il gère la province avec deux gouvernements provinciaux, le sortant et l’entrant (qui n’est jamais entré en fonction) sur fond d’allégations persistantes de prévarications, d’abus de pouvoirs et de détournement de deniers publics. C’est ce qui a justifié sa mise en accusation devant la Cour de cassation, une procédure entraînant ‘’ipso facto’’ sa démission selon un arrêt d’interprétation de la Cour constitutionnelle rendu le 6 février dernier dans lequel il a été rappelé que la mise en accusation du gouverneur de province par l’Assemblée provinciale appelle « démission dans les 24 heures après adoption de la procédure conformément aux prescrits de la Constitution, des Lois de la République et du Règlement Intérieur. Passé ce délai, le gouverneur est réputé démissionnaire ».
En conclusion
A l’évidence, le Sankuru traverse un moment d’instabilité qui menace gravement les digues de la paix sociale avec risque d’irruption des fantômes communautaires provoqués par les brutales maladresses de M. Mukumadi qui a attisé des haines surannées en évoquant à tout bout de champ « la protection » dont il jouirait de la part des hautes autorités de la République ressortissantes du Grand Kasaï. Pour la convivialité du Grand Kasaï ces actes délictueux doivent être punis avec diligence et célérité pour que force reste à la loi afin de ne pas donner une impression de « deux poids, deux mesures »..
M. Mukumadi ayant précipitamment quitté le Sankuru ce jour avec ses complices pour rentrer à Kinshasa après le décès du chef Okitolenga, nous suggérons qu’un procès public soit organisé à Lodja pour envoyer un signal de non-impunité aux communautés meurtries par sa cruauté. Il faudra en même temps résoudre la crise interinstitutionnelle qui paralyse la province par la désignation d’un gouverneur intérimaire au sein de l’exécutif sortant en attendant l’entrée en fonction d’un éventuel nouveau gouverneur après élection. Seule la primauté du droit ramènera la paix des cœurs. Toute solution qui ne reposerait que sur le seul son de cloche de M. Mukumadi conduira aussitôt à des situations difficilement maîtrisables.
La société civile du Sankuru sollicite l’implication de S.E. Monsieur le président de la RDC, chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, en sa qualité de garant de la Nation pour faire cesser les souffrances infligées depuis de longs mois par cet individu à la population du Sankuru.

Fait à Lodja, ce mercredi 9 septembre 2020
Pour la société civile du Sankuru

Maître Benoît Savin DANDJA
Président

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