Société

VACCINS COVID : Faudra-t-il une troisième dose ?

Poussée par les laboratoires pharmaceutiques, l’hypothèse d’une troisième dose n’est pas validée par les autorités sanitaires qui jugent qu’il est trop tôt pour trancher. En France, la Haute autorité de santé préconise de la réserver aux «plus vulnérables et aux plus âgés».
Jamais deux sans trois, l’hypothèse qu’une troisième dose devienne nécessaire pour tous les gens vaccinés contre le Covid-19 fait débat, mais les autorités sanitaires jugent qu’il est trop tôt pour décider en ce sens, même si certains pays le font déjà pour certaines populations fragiles. En France, l a Haute autorité de santé (HAS) a indiqué le 16 juillet «qu’il n‘y a pas lieu pour le moment de proposer une dose de rappel en population générale, et qu’il faut suivre l’efficacité des vaccins dans le temps y compris sur les éventuels nouveaux variants qui pourraient apparaître».
Pourquoi l’idée d’une troisième dose ?
Le débat a pris corps quand l’alliance Pfizer/BioNTech a annoncé le 8 juillet vouloir bientôt demander l’autorisation pour une troisième dose aux Etats-Unis et en Europe. Selon ces laboratoires, cela a pour but d’assurer une protection immunitaire renforcée aux personnes déjà vaccinées avec deux doses. «Même si la protection contre les cas graves de la maladie reste haute durant six mois, un déclin dans son efficacité contre les cas symptomatiques au cours du temps et de l’émergence de variants est attendu», a fait valoir Pfizer/BioNTech, pour qui, «une troisième dose pourrait être nécessaire entre 6 et 12 mois après» la deuxième.
Dans la foulée, des représentants de Pfizer ont plaidé leur cause auprès des responsables sanitaires américains.Il s’agit de «se préparer à l’éventualité qu’on puisse avoir besoin d’un rappel», a commenté sur CNBC le conseiller médical de la Maison Blanche, Anthony Fauci. Mais il ne faut pas traduire ça par +On aura besoin d’un rappel et tout le monde en aura un+. Nous n’avons toujours pas injecté les deux premières doses à suffisamment de gens», a tempéré cet expert respecté.
Que disent les autorités sanitaires ?
A ce stade, elles n’envisagent pas de recommander une troisième dose de vaccin pour l’ensemble de la population qui en a déjà eu deux. «Il est trop tôt pour confirmer si et quand une dose de rappel pour les vaccins contre le Covid-19 sera nécessaire», ont souligné l’Agence européenne du médicament (EMA) et le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC) mercredi 14 juillet dans un communiqué. «Les campagnes vaccinales et les études en cours n’ont pas encore apporté assez de données sur la durée de protection apportée par les vaccins, d’autant qu’il faut prendre en compte la propagation des variants», selon ces deux instances, qui se disent toutefois prêtes à réagir si les connaissances évoluent.
Vendredi 16 juillet, la Haute autorité de santé française (HAS) a estimé qu’il n’y avait pas lieu de proposer une troisième dose à la «population générale», en dehors des «plus vulnérables et des plus âgés». «Aujourd’hui les données scientifiques ne justifient pas véritablement» l’injection d’une troisième dose, «si on considère la situation au niveau mondial», indiquait jeudi 15 juillet le président du Comité d’urgence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Didier Houssin. Selon l’expert français, cela pourrait même «aggraver l’inéquité dans l’accès aux vaccins» en privant de doses des pays qui ont déjà du mal à injecter les premières.
Le président hongrois Viktor Orban, lui, a annoncé qu’une troisième injection serait possible à partir du 1er août pour les personnes dont la deuxième date d’au moins quatre mois. Contrairement aux autres pays de l’UE, où ils ne sont pas autorisés, la Hongrie s’est largement appuyée sur les vaccins chinois Sinopharm et russe Spoutnik V pour sa campagne de vaccination.
Une troisième dose serait-elle utile pour les personnes fragiles ?
Si aucun consensus ne se dégage pour l’ensemble de la population vaccinée, des pays ont déjà commencé à injecter une troisième dose à une certaine catégorie de personnes: celles dont le système immunitaire est affaibli, en raison par exemple d’une greffe d’organe, d’un cancer ou d’une insuffisance rénale.
Chez ces patients, la réponse immunitaire est moins bonne que chez les personnes en bonne santé, ce qui peut potentiellement nuire à l’efficacité de la vaccination puisque son but est de provoquer cette réponse. Cette faiblesse immunitaire peut venir des problèmes de santé de ces patients, mais aussi des médicaments qu’ils prennent pour les résoudre. C’est par exemple le cas chez les transplantés, qui suivent des traitements destinés à abaisser les défenses immunitaires pour éviter le rejet de l’organe greffé.
Après la France, qui le faisait déjà, Israël a commencé lundi à injecter une troisième dose à ce type de patients. « Des données récentes ont montré que la réponse immunitaire anticorps suscitée après deux doses de vaccin était insuffisante chez les personnes sévèrement immunodéprimées», avait fait valoir en mai le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale française. Pour justifier sa décision, le ministère israélien de la Santé a invoqué «la hausse du nombre de cas ces dernières semaines et le risque élevé qu’elle pose pour les patients immunodéficients atteints de graves maladies».
Et pour les personnes âgées ?
La France a toutefois franchi une étape supplémentaire: le président Emmanuel Macron a annoncé qu’une «campagne de rappel» allait commencer «début septembre» pour les personnes vaccinées «en janvier et février». A cette époque, c›est essentiellement les personnes âgées, qu›elles vivent en Ehpad ou chez elles, qui étaient vaccinées en France. Emmanuel Macron s›est appuyé sur un avis du Conseil scientifique mis en place par le gouvernement pendant la pandémie.
Il faut «anticiper dès maintenant un rappel de vaccination chez les personnes de plus de 80 ans résidant en Ehpad ou à domicile», estime cette instance dans un avis rendu public le 9 juillet. «Les données scientifiques pour appuyer cette proposition sont encore limitées, mais compte tenu des premières études montrant une baisse du niveau des anticorps plus précoce dans cette population et l’impact important possible sur le système de soins, cette proposition parait raisonnable», poursuit le Conseil. Il conseille même «d’anticiper que l’on pourrait également évoluer vers un âge plus bas en fonction de la situation».
AVEC AFP

Vues : 36

Partagez cet article