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UE/RDC : L’appui à la CENI conditioné

Il n’y a rien pour rien dans ce monde. Ceux des Congolais qui croient en la bonne volonté de l’Occident font preuve de naïveté.
Adam Smith, auteur du livre « La richesse des nations », qui explique tout le sérieux dans l’activité économique par la quête de l’intérêt égoïste, a de nombreux adeptes en Europe occidentale. En général, on ne s’y mêle de la politique congolaise que pour les intérêts des donneurs de leçons qui tiennent à imposer leurs hommes de paille au pouvoir à Kinshasa. On vient ainsi d’apprendre que tout soutien européen au processus électoral en République Démocratique du Congo est soumis à la mise au pouvoir de certaines personnalités qui réagissent comme des automates à la priorisation des élections par lesquelles l’Europe Occidentale espère assurer le mieux ses intérêts dans le pays paradis qu’est la RDC.
Si la RDC veut que l’Union européenne (UE) appuie l’organisation de ses élections, elle doit mettre en place le nouveau gouvernement dont le Premier ministre sera issu du Rassemblement de l’Opposition tel que conclu dans l’Accord de la CENCO. Telle est la substance de l’annonce du jeudi 23 mars 2017, faite par l’Ambassadeur de l’UE en RDC, Bart Ouvry. A en croire celui-ci, les Etats membres de l’UE se préparent à apporter un appui important à l’organisation des élections en RDC, mais à la condition expresse qu’il y ait, au-préalable, la formation d’un nouveau gouvernement d’union nationale, à travers la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016. L’UE n’en démord pas dans cette exigence et en fait un préalable pour l’octroi de l’aide dans la mesure où, déjà, dans sa résolution du 2 février dernier, elle avait exprimé son inquiétude quant à la crise électorale en RDC, qui, selon elle, menacerait la stabilité de la région d’Afrique centrale. Elle s’est alors dite engagée à soutenir la conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), afin que les élections soient organisées conformément à l’Accord de la Saint Sylvestre. Un véritable pied de nez à l’Union Africaine dont l’Accord du 18 octobre obtenu avec la médiation de cette organisation continentale africaine, avait été voué aux mille diables par les chancelleries européennes à Kinshasa.
Les observateurs se perdent en conjectures face à cette conditionnalité qui en dit long, à se fier à leurs analyses, sur la nature des liens existant entre l’UE et le fameux Accord de la Saint Sylvestre dont elle exige la mise en œuvre. Cet accord prend de plus en plus les allures d’un diktat européen pour, dans le contexte de l’après échec d’activation du protocole de révolution de couleur, s’assurer de la présence de leurs complices et collaborateurs dans les instances de prise de décisions en RDC afin que ces pays pèsent de tout leur poids pour que les élections, qui doivent être organisées le plus vite possible, consacrent la victoire électorale d’une marionnette de lignée pure des Européens à la présidentielle ; tout en leur assurant une confortable majorité parlementaire afin qu’il n’y ait pas d’obstacle parlementaire à toutes les actions en faveur des intérêts du vieux continent qu’elle aura à initier.
Ces observateurs s’attardent sur toute l’importante que ces anciens colonisateurs qui reviennent manifestement à leurs instincts prédateurs, accordent aux élections législatives nationales et présidentielle. Pour que la prédation réussisse bien, les lois qui seront votées au Parlement doivent faciliter le primat des intérêts multisectoriels des Européens rapaces et bénéficier de la facilitation d‘exécution par un président de la République totalement sous contrôle et docile qui ne fera pas le faux pas de collaborer avec les puissances émergentes regroupées dans les BRICS (Brésil, Inde, Inde et Afrique du Sud).
A se fier à l’analyse de ces observateurs, les impérialistes affirment eux-mêmes que tout pouvoir dans ce pays africain émane d’eux qui l’exercent par la pression sur des dirigeants qui ne seront que leurs marionnettes et qu’aucun organe ne peut s’en attribuer l’exercice. Dans l’exploration à fond de la matière, les mêmes observateurs soutiennent que tout pouvoir ou gouvernement établi par ces prédateurs est légal, légitime et démocratique, mais que tout autre pouvoir ou gouvernement qui n’émanerait pas d’eux (ou qui ne bénéficierait pas de leur accord ou bénédiction) est illégal, illégitime et « dictatorial », quelle que soit sa forme et sa légitimité. Pour eux, tout pouvoir qui oppose la moindre résistance à leurs injonctions perd ‘ipso facto’ sa légalité, sa légitimité et sa crédibilité et doit donc disparaître.
L’analyse de ces observateurs va dans le même sens que ce que la théorie moderne des mécanismes de domination impérialiste enseigne. En effet, selon Bertrand Badie, ces mécanismes sont mieux perceptibles à travers les relations entre les Etats patrons et les Etats- clients ou dominés, ainsi que dans les captations de la souveraineté de ces derniers. La dépendance suppose un échange des faveurs : l’Etat – patron alloue à l’Etat – client des biens indispensables à sa survie. Ce dernier apporte les faveurs les plus diverses notamment : l’usage de son territoire, l’usage de son pouvoir symbolique sur la scène internationale ainsi que le mimétisme institutionnel. Selon ce dernier mécanisme, soutient l’auteur, le fait pour l’Etat-client de changer de partenaire lui crée des ennuis, car il peut occasionner l’asphyxie interne de ses institutions et la mise au ban de la « communauté internationale ». C’est ce qui arrive à la RDC sous Joseph Kabila, accusé de se défaire de la tutelle de l’Europe occidentale sous le bouclier du souverainisme et de se tourner vers les BRICS, d’après une révélation de Gauthier de Villiers. Le régime Kabila est jugé comme opposé aux diktats principalement américains, français, britanniques et belges. Aussi les USA, Le Royaume-Uni, la France et la Belgique comptent-ils parmi les pays occidentaux les plus hostiles au régime Kabila et qui pèsent de tout leur poids pour l’écrouler, en empêchant tout ce qui, démocratique fût-il, peut lui permettre de durer au pouvoir.
La conditionnalité pour financer les élections n’est qu’une vieille rengaine.
L’on se rappellera que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) avait publié le mercredi 12 février 2015 à Kinshasa, le calendrier global des élections. L’opinion se rappellera aussi qu’avant cette publication, la communauté internationale, la classe politique congolaise surtout les opposants, les ONG de défense de droits de l’homme de même que la société civile congolaise réclamaient à cor et à cris les élections. La communauté internationale, particulièrement, conditionnait son aide financière, au processus électoral en RDC, à la publication du calendrier global des élections.
L’Ambassadeur de l’Union européenne d’alors, Jean Michel Dumond, estimait que c’était une bonne chose que la publication avait rencontré leur insistance sur le processus électoral en RDC, soulignant que l’Union européenne avait des programmes d’assistance à la CENI et à la société civile pour l’observation électorale citoyenne, estimée un élément très important du processus électoral. Depuis ces belles promesses, l’UE n’a rien versé. Les USA d’Obama avaient quant à eux, promis une petite aide de 20 millions USD. Puis, les deux se sont mis à orienter les débats électoraux vers la minimisation du coût électoral en ne privilégiant que la présidentielle et les législatives nationales. Puis s’en est suivi un dialogue de sourds jusqu’au début du dialogue de la cité de l’Union africaine(UA) qui a résolu cette question à travers des dispositions, après moult débats des experts nationaux et internationaux éminents qui ont déterminé la séquence et la chronologie réalistes des élections. Selon l’accord du 18 octobre, on n’avait plus besoin de cette aide financière qui risque d’empiéter sur la souveraineté congolaise. Mais cet accord a été rejeté tant par la CENCO, une partie du Rassemblement de l’Opposition, créé en (et par la) Belgique et très acquis aux thèses des Européens de même que par le noyau dur des prédateurs occidentaux. Ils maniganceront un scénario visant le sabotage de ce dialogue dont ils n’ont jamais voulu et talonneront le pouvoir congolais pour confier la mission de bons offices à la CENCO afin qu’il soit organisé le dialogue du centre interdiocésain dont le point d’orgue a été la signature le 31 décembre 2016 de l’accord dit de la Saint Sylvestre.
La CENCO, qui se comporte de plus en plus comme une excroissance du Rassemblement de l’Opposition ainsi que le cercle intransigeant des prédateurs occidentaux ont imposé, via leurs complices à ce dialogue, leurs oukases coulés sous forme des dispositions de cet accord, profitant de l’épouvantail d’un inévitable chaos en cas de la non-coopération du régime congolais après les sanglantes manifestations du 19 au 20 septembre 2016 qui ont un connu un lourd bilan tant en pertes en vies humaines qu’en infrastructures. La mort d’Etienne Tshisekedi, le 1er février dernier, a compliqué la mise en œuvre de cet accord. Mais le noyau dur des prédateurs ne trouve pas mieux à faire que d’intensifier la pression sur les Congolais afin qu’ils appliquent coûte que coûte l’Accord de la Saint Sylvestre dans les conditions défendues becs et ongles par leurs ouailles congolaises. C’est ainsi qu’il sied de comprendre la dernière déclaration de l’ambassadeur de l’UE qui a cru de la sorte enfoncer davantage le clou et favoriser la mise en œuvre de l’Accord de la Saint Sylvestre. Cette annonce servira désormais aussi d’argument pour inculper le pouvoir de ne pas s’investir pour la tenue d’élections alors que la mise en œuvre de l’accord du 18 octobre avait déjà fait acquérir au train des élections une vitesse de croisière. Si donc on ne tient qu’aux élections, pourquoi ne pas capitaliser ce que gagne déjà le pays avec la mise en œuvre de cet accord ?
Samy BOSONGO

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