Politique

TSHIMBULU DANS UN COMPLOT D’EMBRASEMENT GENERAL ? Mpandi Kamuena Nsapo ne voulait pas de perquisition chez lui

Le mouvement insurrectionnel né au début de la semaine dernière à Tshimbulu, importante escale sur la voie ferrée Kananga – Lubumbashi au Kasai Central a été finalement maîtrisé le week-end. Samedi 13 août à Kananga, le vice-premier ministre et ministre en charge l’intérieur, Evariste Boshab, a présidé une cérémonie funéraire en l’honneur des agents de la Police Nationale Congolaise tués par la milice du chef Mpandi Kamuena Nsapo lors d’affrontements à Tshimbulu. Ils étaient 11 dans l’ensemble : onze des vingt cercueils emmenés au stadium de Kananga ont effectivement reçu les honneurs des officiels et de la population rassemblée-là. 9 autres cercueils, contenant les corps des miliciens et de leur gourou Kamuena Nsapo, tué lors des mêmes accrochages sont restés dehors et n’ont pas été ouverts malgré les sollicitations d’une population chauffée à blanc par les récits troublants de la brutalité de ce chef coutumier.
Ainsi ont pris fin des incidents que l’on a du mal à nommer, aussi bien dans l’opinion que parmi les plus hautes autorités. On se perd en conjectures quant à savoir quelle mouche a piqué ce respectable dignitaire coutumier, médecin de formation de surcroît, qui a succédé à son géniteur sur le trône familial, Mpandi Kamuena Nsapo pour se livrer à de telles excentricités. Tout semble avoir été fait pour réduire les incidents de Tshimbulu à un conflit coutumier comme il s’en manifeste de plus en plus à travers la RD Congo. Sans réussir à répondre aux interrogations objectives qui assaillent les esprits : comme celle de savoir comment et pourquoi un chef coutumier a pu se constituer une milice suffisamment agressive pour s’attaquer aux forces de l’ordre plusieurs semaines durant, au point d’imposer des renforts en hommes en provenance de Kananga ; ou encore pourquoi, malgré des incidents qui avaient déjà provoqué morts d’hommes, le chef Mpandi Kamuena Nsapo avait pu continuer à exercer le commandement de ce groupe armé qui a affronté les forces de police dans la dernière attaque contre les éléments de la police nationale congolaise, avant d’y trouver lui-même la mort ?
Toutes ces questions prennent un relief particulier lorsqu’on tient compte de l’emplacement stratégique de la gare de Tshimbulu, par rapport à la riche région minière katangaise dont dépend l’économie de la RD Congo.
Une partie de l’opinion soutient que le chef Mpandi Kamuena Nsapo aurait justifié l’insurrection de ses hommes (sur ses ordres) par le fait que les services de sécurité auraient perquisitionné un de ses domiciles en son absence et y auraient commis des abus. L’argument ne tient pas la route sur le plan légal, parce qu’un chef coutumier n’est pas au-dessus de la loi. Il n’est prescrit nulle part qu’une autorité judiciaire attitrée doive attendre le retour de vacances d’un sujet soupçonné d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat pour procéder à des perquisitions chez elle. Ni, encore moins, que lorsqu’elle est courroucée, une autorité coutumière ait le droit de s’attaquer aux forces, de police ou de l’armée de son pays. C’est de la rébellion, manifestement préméditée, puisque Mpandi Kamuena Nsapo entretenait manifestement une milice à Tshimbulu.
L’importance stratégique de la localité de Tshimbulu, dont il avait la gestion des hommes et des biens, incite certains observateurs à conclure que le chef Mpandi Kamuena Nsapo fomentait un coup plus sérieux qu’on ose le dire contre la sécurité intérieure de la RD Congo. Ainsi que le relevait Le Maximum dans son édition du vendredi 12 août dernier, la gare de Tshimbulu au Kasai Central, est un véritable nerf dans le circuit économique actuel de la RD Congo. Le pays tire, on le sait, l’essentiel de ses revenus du secteur minier, au bas mot 2 milliards de dollars l’an. L’ex Katanga ex-Shaba en demeure encore la mère nourricière en dépit de la descente aux enfers de la Gécamines. Des centaines d’unités minières opèrent dans la région, qui dépendent de l’énergie électrique fournie par la célèbre ligne Inga-Shaba. A Tshimbulu est installé la dernière grande station de la THTCC (Très Haute Tension Courant Continu) Inga-Shaba. Que des insurgés s’en emparent ou les sabotent et les industries minières du Katanga ferment du jour au lendemain. On peut s’imaginer la catastrophe financière qui en découlerait. Mais ce n’est pas tout.
A défaut de pouvoir faire bénéficier la population kasaienne du courant Inga-Shaba, le gouvernement de la RD Congo s’est rabattu sur un projet plus facile à réaliser : la construction d’une centrale hydroélectrique à près de 30 Km de Tshimbulu, à cheval entre les villes de Kananga et de Mbuji-Mayi. C’est la centrale de Katende.
Le coût de l’ensemble des ouvrages de production et de transport de la centrale hydroélectrique de Katende, dans la province du Kasaï Central, s’élève à 399 millions USD, a récemment indiqué le ministre de l’Energie et Ressources hydrauliques, Matadi Nenga. Malgré la réduction drastique des dépenses de l’Etat dans le budget révisé 2016, le gouvernement a, tout de même, consenti à décaisser quelque 40 millions USD pour le projet Katende. Le reste, soit 359 millions USD, est financé par Exim-Bank of India. La centrale de Katende dont la capacité installée est de 64 MW alimentera les villes de Kananga et de Mbuji-Mayi ainsi que les centres de Bunkonde et Tshimbulu, dans l’ancienne province du Kasaï-Occidental. Selon Matadi Nenga, la centrale a déjà été construite à 60 %. Fort probable, au dernier quadrimestre 2017, Katende sera déjà opérationnel. Pour bien faire, et à temps, les choses, le ministère de l’Energie a convenu avec l’Office des Routes de travaux de réaménagement et de l’entretien des routes d’accès au site du Grand katende ainsi que l’entretien de l’axe routier gare ferroviaire de Tshimbulu-chutes de Katende long de 89,5 Km dans le Kasaï Central pour un montant de plus de 580 millions FC.
Dans ces conditions, toute menée subversive à l’instar de l’aventurisme récent ( ?) du chef tribal Kamwena Nsapo n’est guère de nature à rassurer les partenaires de la RD Congo. A Tshimbulu, il n’y avait rien d’autre à faire que de mettre hors d’état de nuire un « roitelet » exalté et manifestement écervelé, pour l’intérêt supérieur des Kasai et de la nation rd congolaise toute entière.
J.N.

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