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TOLLE DEPLACE CONTRE L’ESCLAVAGE DES SUBSAHARIENS : Les occidentaux pyromanes-pompiers

Un seul reportage de la puissante chaîne de télévision américaine CNN montrant des séances de vente aux enchères d’immigrants subsahariens aura suffi pour faire chavirer l’Afrique noire toute entière et sa diaspora dans un concert assourdissant d’indignations, non sans faire réagir l’establishment mondial qui y est allé de ses condamnations rituelles des plus hypocrites. Mais à y regarder de près, le reportage de CNN a tout d’un sacré « coup de com » qui vise autre chose que la compassion vis-à-vis des nègres en détresse. Tout porte à croire que la chaine américaine n’a pas diffusé son reportage vieux de plus d’un semestre dans l’unique but d’informer. CNN semble avoir misé sur la crédulité et l’émotivité de l’opinion africaine afin de mettre le vieux continent européen à l’abri de l’invasion des immigrés dont la porte d’entrée privilégiée en Europe via la Méditerranée semble être la Libye, ce pays fantôme sans Etat depuis l’assassinat par l’OTAN de son leader Mouammar Kadhafi.
Noirs toujours naïfs
« La raison est hellène et l’émotion est nègre », martelait Léopold Sédar Senghor. Même si cette assertion a une connotation typiquement philosophique destinée notamment à spécifier les rationalités propres au logos grec et au pathos noir africain, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle a eu un tout autre écho dans l’imaginaire collectif. Beaucoup ont préféré voir dans la formule de l’écrivain sénégalais une distinction génotypique entre la race noire et la race blanche. On utilise donc volontiers cette déclaration d’un des noirs les plus célèbres de l’espace francophone pour alléguer que les blancs sont naturellement cérébraux, pendant que les noirs, eux, ont une inclinaison incurable à la sensiblerie. Tous ces clichés anthologiques semblent être entrés en ligne de compte dans la diffusion du reportage de CNN et dans l’effet de mode escompté par ce dernier.
Convaincus de la superficialité de l’opinion négro-africaine, les experts en communication de CNN doivent se frotter les mains face aux sirènes d’indignation et de colère qui ont suivi la diffusion du reportage sur la vente aux enchères des migrants noirs en Libye. Tout s’est passé comme si tout le monde devrait afficher le plus ostensiblement possible son coup de sang pour prouver sa « négritude ». Une aubaine pour des célébrités négro-africaines en mal de popularité qui en ont profité pour se rappeler aux bons souvenirs de leurs anciens fanatiques… Par cette diarrhée verbale dans un contexte de constipation d’idées, bon nombre des meneurs de la symphonie d’épidémie anti-esclavagiste n’ont jamais réussi à résister à la tentation de l’autoflagellation en distribuant des anathèmes aux dirigeants subsahariens, une stratégie contreproductive présentant l’inconvénient de laver les vrais coupables de tout soupçon.
Lieu commun
Ne peut être surpris des allégations d’esclavage ou de traite des noirs dans le Maghreb que celui qui voudrait révéler à la face du monde son ignorance crasse de cette partie boréale du continent noir. Les africains du nord à la peau blanche se sont toujours montrés d’un mépris viscéral vis-à-vis de de leurs congénères à la peau noire et aux cheveux crépus. « Même l’Allemagne au faîte du nazisme n’avait jamais fait étalage d’un racisme aussi bestial que celui que l’on entend scander en chœur dans les stades maghrébins lors de confrontations sportives contre des équipes de l’Afrique noire », s’indignait un entraîneur très connu en République Démocratique du Congo qui s’étonnait de la « réaction tardive de l’opinion négro-africaine ». Il sera par ailleurs rejoint par cet autre étudiant congolais à l’université de Tunis qui évoquait à son tour le calvaire des noirs dans cette ville pourtant la plus élitiste de l’Afrique arabe.
Qui peut le plus sérieusement du monde prétendre ignorer le drame d’esclavagisme qui continue à sévir au sein des populations noires d’un pays comme la Mauritanie où plusieurs milliers des noirs mauritaniens se retrouvent toujours privés de nationalité ? Il n’y a donc rien de neuf sous le soleil libyen. A la seule différence qu’un bédouin dénommé Mouammar Kadhafi, panafricain dans l’âme, a effectivement fait figure d’exception en devenant le principal protecteur des populations noires dans son pays.Et pourtant, le guide de la Jamahiriya libyenne avait prévenu les envahisseurs de l’OTAN emmenés par le proconsul français Nicolas Sarkozy, alléché par le pétrole libyen, que l’Union Européenne risquait à terme d’être submergée par des vagues d’immigrés africains en cas de chute non concertée du régime libyen finalement obtenue par les faucons de l’OTAN.
Les vrais coupables
D’aucuns s’amusent à souscrire à une certaine mode qui veut que l’Etat libyen paie l’addition, notamment par des rappels intempestifs des ambassadeurs en poste au pays de Kadhafi. Ce qui semble avoir échappé à toutes ces réactions épidermiques, c’est qu’en Libye il n’y a plus d’Etat. L’Etat Libyen a bel et bien été sacrifié sur l’autel des appétits voraces de tous ceux que les africains sont entrain disculper en noyant leur turpitude dans un flot d’apitoiement béat.
Les seuls vrais coupables de ce que tout le monde déplore en Libye, ce sont tous ces donneurs de leçons qui ont ensevelis la Libye prospère de Kadhafi sous les bombes de l’OTAN et qui continuent par leur interventionnisme scélérat à travailler à la déstabilisation d’autres Etats africains qui essaient tant bien que mal de reprendre du poil de la bête. Au lieu de perdre du temps et de l’énergie dans des slogans creux contre des coupables fictifs du scandale libyen, il est temps que l’opinion négro-africaine pointe ses armes sur l’impérialisme interventionniste de l’occident en Afrique qui n’en est ni à sa première ni à sa dernière forfaiture. Les mêmes causes risquent de produire les mêmes effets si l’on continue à condamner des innocents à la place des seuls vrais coupables connus. Pour l’heure, force est de constater, hélas, que l’Afrique n’est pas encore sortie de l’auberge dès lors que ses bourreaux continuent à courir les rues avec des stratégies de diversion comme celle consistant à susciter l’émotion des négro-africains en vue de décourager les candidats à l’immigration par la Libye ou ramener au bercail ceux qui s’y trouvent déjà. A malin, malin et demi.
JBD

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