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TIRS CROISÉS SUR MALONDA ET LE FCC : Propagande hargneuse

Que de déclarations politiques incendiaires, appels à manifester, et des satires pamphlétaires à l’endroit de Ronsard Malonda et du front commun pour le Congo (FCC), famille politique de l’ancien président de la RDC, Joseph Kabila. Les abberations qui ne seraient pas possibles sans une manipulation haineuse voire tribale. Les germes de la discorde s’invitent une fois de plus dans le processus électoral en RDC qui commence par la désignation des gestionnaires de la CENI.
Tout est parti de la volte-face de l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo et son allié circonstanciel, le Dr. André Bokundoa de l’Eglise du Christ au Congo (ECC) après la désignation par élection de Ronsard Malonda au poste de président de la centrale électorale par la majorité de leurs pairs des confessions religieuses. Depuis lors, et surtout depuis l’entérinement de cette désignation par l’Assemblée nationale, le vice-président de la Cenco a multiplié des déclarations belliqueuses relayées par des militants de l’opposition Lamuka en quête d’une crise qui provoquerait des mouvements populaires à l’issue incertaine. Malgré l’interdiction mardi par le gouvernement, par respect de l’état d’urgence sanitaire des rassemblements de plus de 20 personnes, des marches anti-Malonda envisagées d’une part, par l’Udps-Tshisekedi le jeudi 9 Juillet, Lamuka du tandem Katumbi-Fayulu-Bemba-Muzito le 13 et le comité laïc de coordination (CLC) le 19 et d’autre part, les marches pro-institutions pour la défense des acquis de l’alternance pacifique du FCC du 8 au 10 juillet ainsi que la société civile et les associations des jeunes, les deux semaines risquent d’être explosives.
On se demande pourquoi les églises catholique et protestante n’ont pas exigé la réforme de la loi électorale avant de siéger avec les autres confessions religieuses pour désigner le président de la CENI. Autre question : si un de leurs candidats, MM. Eale ou Ebotoko avait gagné, ce seraient-elles ainsi déployées pour une réforme préalable à la désignation du patron de la centrale électorale ? Il est clair que Ambongo et Bokundoa ont donné de la légitimité au processus qui a abouti à la victoire de Ronsard Malonda, technicien-maison de la CENI.
On se perd en conjectures sur les raisons qui poussent l’UDPS/Tshisekedi à s’opposer à la désignation de Malonda qui avait pourtant défendu avec brio les résultats de l’élection présidentielle grâce auxquels l’actuel président de la République a triomphé face à Fayulu et Shadary devant la Cour Constitutionnelle.
Comment expliquer que les Congolais se détournent de questions aussi sérieuses que l’invasion du pays par au moins six armées étrangères, la multiplication des groupes armés locaux, la lutte contre la Covid-19, l’inflation galopante etc ?
Même ceux qui pensent être imperméables à la propagande des médias globaux s’excitent lorsqu’une campagne de presse bien coordonnée les fait sortir de leurs gongs. De telles campagnes médiatiques agissent comme de la publicité et engendrent des comportements de mimétisme qui jouent souvent sur des biais inconscients ou des peurs purement irrationnelles. Exemple: la crainte que le président de la CENI déciderait seul du résultat des élections en lieu et place du peuple souverain en dépit de ses collègues du bureau, de l’Assemblée plénière de la centrale électorale et in fine du juge électoral auquel revient du reste le dernier mot.
On se retrouve face à des messages de haine et de manipulation attisés par l’exemple des autres et nos propres peurs. Il importe donc de se méfier de nous-mêmes autant que de ces nombreux appels à la chienlit et garder la tête froide, car ces campagnes peuvent nous entraîner à décrocher de la réalité.
Pour l’instant, l’opposition Lamuka de Moïse Katumbi bien au-delà des prélats Ambongo et Bokundoa qui fustigent Ronsard Malonda sont dans un agenda dont on connaît l’extraversion depuis l’échec du plan de Genève en 2018. Katumbi, un ploutocrate qui s’érige en champion du ‘‘peuple’’ contre le FCC dont il est le produit tout en encourageant une sociopathie propre aux impérialistes est manifestement celui qui veut aider ses maîtres à faire main basse sur la RDC 60 ans après l’indépendance. Même Fayulu est un élément (conscient ou inconscient) de son dispositif. Le hold-up que Lamuka veut réaliser sur la CENI ne peut s’expliquer que par la peur de ses commanditaires de voir les résultats des élections de 2023 leur échapper à nouveau.
Il est dès lors aberrant que des sociétaires de l’UDPS/T., un parti qui a sauvé le pays d’une recolonisation programmée s’y prêtent aussi allègrement.
Propagande et manipulation pour le chaos
Comment en est-on arrivé au point où la compétition électorale pour diriger la RDC nous fasse oublier les véritables priorités pour notre peuple? Un certain nombre de facteurs corroborent le fait que le seul qui puisse par exemple garantir aux impérialistes la révision du nouveau code minier, c’est Katumbi et son Lamuka. Le facteur principal comme en 1960 avec Mobutu et son groupe de Binza est la propagande et la manipulation des médias nationaux. Ainsi a-t-on vu dès le lendemain de la désignation dans les règles de Malonda par les confessions religieuses, la presse ‘‘globale’’ afficher un parti pris peu professionnel contre ce technocrate en lui inventant de toutes pièces des liens avec le FCC de Joseph Kabila qui ne s’est trouvé ni de près ni de loin impliqué dans le processus de sa désignation. Si la coalition FCC-CACH avait bénéficié d’une couverture médiatique normale, en qualité et en quantité, pour une gestion efficiente du pays, elle aurait sans doute contré cette manipulation à grande échelle de l’opinion publique congolaise. Nier que les messages médiatiques biaisés ont un effet équivaudrait à nier que la publicité, une industrie qui pèse des millions de dollars, a un effet.
Il faut être dupe pour croire que des petits bourgeois extrémistes, fanatiques, autoritaires et violents tels que Katumbi ou Fayulu sont représentatifs aujourd’hui de la conscience collective du peuple congolais chosifié depuis 60 ans par leurs maîtres à penser occidentaux.
Katumbi a été ce gouverneur kleptocrate du grand Katanga bien avant que les accusations de mercenariat et d’expropriation d’un immeuble d’un sujet grec à son encontre ne l’exposent à des poursuites judiciaires. Quiconque pose un regard objectif sur quelqu’un qui a dédié toute sa carrière politique à l’exploitation ultralibérale de la RDC, qui menace et achète des juges pour gagner en notoriété et crier au complot, qui promet aux impérialistes combattus par Lumumba, Mzee Kabila et Joseph Kabila un retour en force au Congo pour à nouveau piller les minerais de ce pays ne peut le considérer comme une alternative valable à la tête de l’Etat. Ce n’est que grâce à la capacité des médias globaux de construire une illusion de normalité que l’aberration d’un Katumbi patriote et nationaliste a été rendue possible. Le contôle par la classe ploutocratique des médias lui permet de persuader les gens de la normalité de l’extrémisme ubuesque par lequel des oligarques comme Katumbi proposent en guise de projet de société.
C’est le cas non seulement pour cette course aberrante à la présidence de la CENI, mais aussi pour toutes les autres aberrations comme les suspicions de caporalisation de la magistrature à travers les propositions des lois Minaku-Sakata ou encore des suspicions paranoïaques de mise en accusation du chef de l’État Felix Tshisekedi par les deux chambres parlementaires réunies en congrès, lesquelles ont poussé à la faute le député UDPS Jean Marc Kabund et provoqué son éviction de la première vice-présidence de l’Assemblée nationale.
Pendant ce temps, le Congo-Kinshasa fait face à des gouvernements et lobbies puissants qui attaquent, détruisent, affament et sapent ses populations pour satifaire leurs intérêts prédateurs. Le but est que les riches de l’hémispère Nord continuent à voler de plus en plus de richesses à une population congolaise de plus en plus pauvre. Il s’agit d’imposer ici un gouvernement fonctionnant dans l’opacité sans aucune transparence, ni redevabilité à l’égard de ses citoyens, une ‘‘coopération’’ où la réponse à une pandémie mondiale comme la Covid-19 ne vise pas à la vaincre, mais à faire avancer des programmes autoritaires préexistants et à préparer des plate-formes pour de nouvelles escalades de confrontation globale.
Dans «Le retour du Mwami : la vraie histoire des génocides rwandais », Bernard Debré parlait déjà de la guerre par procuration de l’Amérique et de l’Europe contre les Grands Lacs, en particulier contre la RDC. Pour lui, tout ce qui se passe dans les Grands Lacs et que subit le Congo n’a qu’un seul metteur en scène : l’impérialisme néocolonialiste occidental qui tient mordicus à décider de tout, contrôler tout en chosifiant un peuple tout en manipulant des chiens de garde, des nègres de service, des garçons de courses de toutes sortes, qu’ils renforcent en mettant à leur disposition divers moyens que leur propagande assure et maîtrise : presse, relations, argent, visibilité et gestion de pouvoir en vue de séduire les masses populaires crédules. «Tant que nous refuserons de parler de cela, et de cette manière, en désignant un adversaire commun ou en le considérant comme tel, je me demande pourquoi ne pas poser la question du rôle de ces élites du Nord que nous connaissons tous et que nous voyons à l’oeuvre dans tout ce qui se fait chez nous», indique à cet égard le Congolais Mufoncol Tshiyoyo.
À ce propos d’ailleurs, Frantz Fanon avait écrit: «Notre tort est d’avoir été légèrement confus dans nos démarches. Il est de fait qu’en Afrique, aujourd’hui, les traîtres existent. Il fallait les dénoncer et les combattre. Que cela soit dur après le rêve magnifique d’une Afrique ramassée sur elle-même et soumise aux mêmes exigences d’indépendances véritables ne change rien à la réalité. Des Africains, [des Congolais], ont cautionné la politique impérialiste au Congo, ont servi d’intermédiaires, ont cautionné les activités et les singuliers silences de l’ONU au Congo» (Fanon, Pour la révolution africaine, 1964). Il ne croyait pas si bien dire.
Notre avantage numérique et le potentiel économique dont le pays est pourvu peuvent constituer des atouts pour sortir de ce statu quo oppresseur mais ils ne nous seront d’aucune utilité tant que nous ne trouverons pas un moyen de nous libérer du lien psychique avec la machine de propagande impérialiste. Il faut se secouer pour trouver nous-mêmes le moyen de le faire. Mais à mesure que les choses deviendront de plus en plus étranges et imprévisibles, des angles morts s’ouvriront dans les schémas préexistants. Nous en sommes à un point où nous devons accepter courageusement cette réalité ou disparaître en tant que peuple.
A.M

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