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TGI/MBUJI-MAYI : Les autochtones Bakwanga veulent déguerpir la MIBA

Mauvais temps pour la MIBA. Alors que la commissaire au compte, Eliane Minkeni, a demandé au PCA d’enclencher la procédure de la mise en faillite de la Minière, les autochtones Bakwanga estiment que la MIBA a fait son temps, le bail étant arrivé à terme, elle doit vider les lieux. Le tribunal de Grande Instance de Mbuji-Mayi a été saisi de l’affaire.

Forminière à ses origines, la MIBA a été constituée du temps de la colonisation sous forme juridique d’une société à charte avec une durée de vie emphytéotique, 99ans. L’exploitation réellement industrielle du diamant a commencé selon diverses sources en 1906. Un siècle après, les autochtones Bakwanga tiennent à reprendre leurs terres. Pacta sunt servanda.

La concession de la Minière de Bakwanga est aussi étendue que le Rwanda, plus de 27.000 Km2, dont  8.135Km2 sur lesquelles la MIBA tient des permis de recherche et les 19.486 Km2 restant sont depuis des lustres en exploitation. Mais l’essentiel de l’activité minière se concentre dans son polygone, au cœur de Mbuji-Mayi, pays des descendants de la guerrière Anga. D’où le nom Bakwanga (gens de Anga en Ciluba, le parler local). Afin de contraindre la Minière à quitter le polygone, huit notabilités Bakwanga ont, en effet, déterré, non seulement d’anciennes dispositions légales sur la MIBA société à charte mais surtout une recommandation de la CNS, Conférence nationale souveraine (1991-1993),  qui selon eux affirmait  que le délai d’exploitation de la Minière de Bakwanga était déjà arrivé à échéance. Mais début septembre 2015, les 8 Bakwanga se sont retrouvés détenus à la prison centrale de Mbuji-Mayi suite à une plainte de la MIBA Sa qui a déploré la spoliation ses terrains situés dans les cités des employés de cette entreprise et la perturbation de la paix sociale. L’affaire a été portée devant le tribunal de grande instance de Mbuji-Mayi. Mais la date du début du procès n’a pas encore été fixée.

Des artisanaux font mieux.   

Depuis, l’acte de bravoure, dit-on à Mbuji-Mayi, posée par les huit autochtones Bakwanga fait des émules. L’on rappelle ici que c’est à cause de la MIBA que la région du Kasaï a été déclarée zone A,  toute autre activité industrielle y a été interdite depuis la colonisation. Ce n’est qu’en 2009, suite à la loi Denis Kambayi votée à l’Assemblée nationale, que ce régime de non-industrialisation du Kasaï a officiellement été levé. Gouverneur du Kasaï-Oriental et président de la FECODI, fédération des creuseurs d’or et du diamant, en fait des artisanaux miniers, Alphonse Ngoy Kasanji avait, en son temps, sollicité de l’Etat, l’ouverture d’un pan du polygone de la MIBA à l’exploitation artisanale. Sans succès. Pourtant, selon les statistiques de la division minière du Kasaï-oriental, les opérateurs artisanaux rapportent plus des gemmes que la Minière de Bakwanga : 20 millions des carats en 2014 contre 30.000 seulement à la MIBA. Mais cet agent de SAESCAM (service chargé de la petite mine) s’en montre plutôt dubitatif. «Doit-on encore parler de l’exploitation artisanale quand des gens s’amènent avec des dragues…ça n’est plus des pioches et des «mutshanga» (sorte de tamis)».  Comme le cours du diamant rassure, les gens veulent se relancer après la période des vaches maigres de2008 et 2009, drague ou mutshanga, l’important est que Mbuji-Mayi rattrape son retard d’urbanisation par rapport aux autres villes comme Goma, Beni ou même Kinshasa, fait comprendre le journaliste Vicky Kazumba. «Grâce à des initiatives privées, des immeubles sortent des terres…ce que la MIBA n’a pas pu donner à Mbuji-Mayi en 100 ans d’exploitation de son diamant».

Délocaliser.

Mais avis du BEAU, Bureau d’études d’aménagement et d’urbanisme, Mbuji-Mayi ne s’urbanise pas selon les normes. Chacun fait à sa tête sur un terrain peu approprié à la construction d’immeubles.

En octobre 2005, il y a dix ans jour pour jour, des quartiers entiers de Mbuji-Mayi étaient sous les eaux à la suite d’une pluie diluvienne. La piste de l’aéroport de Bipemba  a été prise en étau par des têtes d’érosion. L’option de délocaliser Mbuji-Mayi a derechef été levée. (Feu) Albert Kalonji Mulopwé s’y était fermement opposé. (Alors qu’il accordait, en 2005, une interview au journaliste Pold Levi Mawejà, il appelle aussitôt l’alors PAD de la MIBA, (feu) Gustave Luabeya Tshitala pour lui sommer de faire jeter des graviers dans la ville…). D’une petite bourgade de 2.500 gueules noirs de la Minière,  Bakwanga va compter en l’espace de quelques mois plus de 250.000 âmes du fait de l’opération Nkonga (rassembler, en Ciluba), lancée entre 1960 et 1961, par l’empereur autoproclamé et sécessionniste Kasaïen. Ainsi naquit Mbuji-Mayi, sans tracé urbanistique. La terre des Bakwanga est traversée par un impressionnant ravin qui donnerait naissance à plusieurs têtes d’érosions. C’est le Mbala wa Tshitolo de funeste mémoire. Et pourtant, pour  le géologue Nkankanda, Mbala wa Tshitolo, ce n’est que l’infime partie visible de l’iceberg, les érosions de Mbuji-Mayi sont plutôt souterraines, le sol s’affaisse. Et le géologue de confirmer les conclusions des études réalisées, depuis des lustres, par des ingénieurs de la MIBA: il faut délocaliser Mbuji-Mayi. Et ouvrir toute la ville à l’exploitation minière. Outre le diamant qui s’exploite même at home, en dépit de l’interdiction assortie d’une peine d’emprisonnement du gouverneur de la province, Mbuji-Mayi regorge également de l’or, du niobium, du cuivre et surtout du nickel.

RUTH BAKOMBA

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