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« TESTAMENT DE TSHISEKEDI » : Lumbi contredit par Utembi. C’est la parole d’un chef-flic contre celle d’un prélat. Pierre Lumbi affirme, Mgr. Marcel Utembi infirme. Qui ment ? Qui dit vrai ?

« Etienne Tshisekedi n’a pas donné d’instruction directe aux évêques ». Tel un couperet, la dépêche est tombée des ondes de la très sérieuse radio « Top Congo Fm », mise en ligne le 23 février 16h23. L’auteur écrit : « Etienne Tshisekedi n’a pas donné d’instruction directe aux évêques (CENCO). Dans leur rapport remis au chef de l’état sur la mission des bons offices de la CENCO, les évêques ont déclaré ne pas avoir vu Etienne Tshisekedi avant son décès à Bruxelles, le 1er février 2017 ». Pourtant, le même 23 février à 14h32, la même radio venait de mettre en ligne la dépêche intitulée « Le président Tshisekedi a laissé une lettre avec le nom du premier ministre (Pierre Lumbi)». Le président en exercice du G7, président du Msr/Rassemblement et candidat à la succession du lider maximo à la tête de « Rassop » déclare à ce propos : «J’affirme que le président (Tshisekedi) a bel et bien laissé une lettre avant son voyage pour la Belgique, lettre signée de sa propre main et dont nous avons parlé avec lui du contenu». Il prend à témoin l’abbé Théo Tshilumba, secrétaire particulier du Sphinx de Limete…

“Cette lettre présente le nom du premier ministre désigné par toutes les composantes du Rassemblement, à transmettre à qui de droit via la CENCO (…). Cette lettre, nous l’avons remise le 17 janvier 2017 en mains propres, à Mgr Marcel Utembi, président de la CENCO, en présence de l’Abbé Théo Tshilumba, contre un accusé de réception”, poursuit-il en précisant : «nous avions tous un devoir de réserve et de confidentialité jusqu’à ce que cette lettre parvienne au destinataire. La vérité étant rétablie, il ne reste plus que la nomination du premier ministre ainsi présenté par le Rassemblement, conformément au point III.3.3, de l’accord du 31 décembre 2016».
Las, premier concerné puisque premier soupçonné, le président de la Cenco révèle au contraire que « la rencontre sollicitée par les évêques avec l’autorité morale du Rassemblement, le 21 janvier, n’a pas pu avoir lieu à cause des ennuis de santé de cette dernière (Etienne Tshisekedi) ». Cette déclaration a été faite par les évêques au Président Joseph Kabila, selon Aubin Minaku, le Secrétaire général de la Majorité Présidentielle et Président de l’Assemblée Nationale. Et Mgr Marcel Utembi d’ajouter : « Une autre rencontre prévue par les évêques devait se tenir à Bruxelles après le séminaire atelier de Suisse (du 31 janvier au 7 février 2017). Mais elle n’a pas pu avoir lieu à cause de la mort de l’interlocuteur visé, Monsieur Etienne Tshisekedi, le 1er février 2017 ».
Sans se démonter, Pierre Lumbi a réagi aux propos d’Aubin Minaku selon lesquels « le président Kabila n’a jamais reçu cette correspondance, même pas le jour où il a accordé une audience aux évêques ».
Il reste que c’est lui, Pierre Lumbi, qui apparaît comme l’homme qui a fait dire aux évêques de la Cenco ce que ces derniers démentent.
Six candidats se bousculent au portillon
Il faut reconnaître que cette tentative de rendre Mgr Marcel Utembi responsable du blocage du processus de désignation du Premier ministre s’est faite au mauvais moment. Entendez au moment où les membres de la plateforme du RassOp peinent à désigner le successeur d’Etienne Tshisekedi.
On sait que six candidats se bousculent au portillon : Bertrand Ewanga pour le compte de l’AR (Alternance pour la République), Joseph Olenghankoy Mukundji et Martin Fayulu pour la Dynamique de l’Opposition (désormais scindée en deux ailes), Jean-Pierre Lisanga Bonganga pour la CAT (Coalition des Alliés de Tshisekedi) et, évidemment, Pierre Lumbi pour le compte du G7. Le 6ème candidat, on s’en doute, est de l’UDPS, parti du défunt Etienne Tshisekedi. Ce parti s’estime en droit de revendiquer le poste occupé par son président disparu pendant qu’il est aujourd’hui sans président statutaire (selon l’article 27 de ses statuts), ni légal (issu du congrès extraordinaire qui devait être convoqué dès l’annonce du décès du lider maximo).
En guise de «campagne», c’est le grand affrontement sur les médias, les uns brandissant comme critère premier la longévité au sein de l’Opposition, les autres la présence constante aux côtés d’Etienne Tshisekedi, les autres encore la référence biblique à l’apôtre Paul qui a fait un travail de loin important comparé à celui des 12 disciples, même si lui-même n’en faisait pas partie.
Naturellement, le mensonge est au rendez-vous. Tel celui d’un candidat qui s’est éloigné du lider maximo entre 2003 et 2016. «Sans Genval, il ne se serait pas rapproché de l’opposant historique», fait constater un chroniqueur politique.
On court au devant un véritable choc…
Pierre Lumbi, pensait-on, est l’égérie du G7. Jusqu’à il y a peu conseiller spécial en matière de sécurité du Chef de l’Etat, il est celui qui, de ce fait, amasse le plus d’informations possibles. Il va de soi qu’il profite (abusivement selon ses rivaux) de ce que, pour nombre de ses interlocuteurs, lorsqu’il dit quelque chose, elle est supposée être vraie, fiable et viable.
Or, là, on est devant un véritable choc. Parole de «flic» contre parole de prélat. Lumbi affirme avoir vu Tshisekedi signer de sa propre main une lettre dont ils ont parlé du contenu. Mais il ne l’a pas vu remettre la lettre à Mgr Marcel Utembi président de la Cenco, encore moins à l’abbé Donatien Nshole secrétaire général a.i. et porte-parole de la conférence épiscopale. Malheureusement pour lui, le président de la Cenco affirme avoir manqué les deux rendez-vous avec le ‘lider maximo’.
Dans une interview à www.actualité.cd mise en ligne par «Forum des As» dans sa livraison du lundi 13 février 2017, le secrétaire général adjoint de la Cenco a clairement répondu aux deux questions suivantes. Première question : « Tshisekedi aurait communiqué aux évêques le nom de celui qui sera nommé Premier ministre. Est-ce vrai ? ». Réponse : « Avant son voyage, nous étions allés le rencontrer mais il n’était pas question de cela ». Deuxième question : « Un conseiller juridique nous l’a pourtant confirmé. Qu’en est-il ? ». Réponse : « Il faut peut-être se demander à qui l’information a été confiée. A mon niveau, je ne suis pas encore informé. Je ne suis qu’un porte-parole ».
La réaction de Mgr Marcel Utembi aux propos de Pierre Lumbi balaie désormais tout doute : le ‘lider maximo’ n’a pas adressé une lettre de désignation d’un candidat Premier ministre qui serait son fils Félix Tshilombo. Au demeurant, si la désignation avait été faite comme le déclare Pierre Lumbi, rien ne justifie l’initiative du « Rassemblement » de répéter cette procédure en déposant la candidature de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à la Cenco ! Devrait-on alors déduire que Pierre Lumbi a menti ?
A sa base, c’est le G7 !
C’est en se faisant contredire par la Cenco, supposée avoir reçu le « testament » en faveur de Félix que la crédibilité même de Pierre Lumbi est carrément hypothéquée. C’est à sa propre candidature qu’il vient de donner un coup de massue, avec effets collatéraux garantis sur son mandat de président en exercice du G7, et même de président du MSR. Et si le déshonneur avait été provoqué par les autres, il serait le premier à réclamer la démission du « menteur».
Ce qui est sûr, c’est qu’il ne rendra pas le tablier et ne lâchera pas le morceau, quitte à laisser le «Rassemblement» voler en éclats. Après tout, Genval n’a jamais été véritablement une initiative d’Etienne Tshisekedi. A sa base, c’est le G7, Moïse Katumbi et un quarteron de libéraux belges disposant d’intérêts en RDC !
Le Maximum avec Omer Nsongo die Lema

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