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SURENCHERE POLITIQUE : Lamuka, FCC et UDPS prêts pour 2023

Reportée à maintes reprises, la remise et reprise entre le coordonnateur sortant de Lamuka, l’ancien 1er ministre Adolphe Muzito, et l’entrant Martin Fayulu, a finalement eu lieu lundi 12 octobre dernier au siège du parti de Muzito à Gombe. La procrastination créée par les rendez-vous manqués du passage de témoin entre les deux hommes avait donné lieu à toutes sortes de spéculations dans la capitale congolaise. D’aucuns faisaient croire par exemple que les vraies raisons des reports étaient à rechercher dans des dissensions internes entre les 4 leaders de l’opposition Lamuka. Ils annonçaient que l’antagonisme entre les membres du présidium de Lamuka rendait improbable la remise et reprise dès lors que la plateforme de Genève n’avait plus d’avenir en raison des velléités irrédentistes de ses leaders.
Mais du côté du cabinet du coordonnateur sortant, Steve Givwata, le porte-parole de Muzito on justifiait les reports par la recherche d’un consensus nécessaire au sein du présidium au sujet de la déclaration de circonstance.
Selon une source proche du dossier, l’axe Fayulu-Muzito était favorable au plan de sortie de crise de Fayulu incluant des réformes institutionnelles à tous les niveaux et des élections générales anticipées. Ce à quoi le duo Katumbi-Bemba, réaliste appelait à se projeter vers 2023 après les réformes attendues de la loi électorale et la dépolitisation de la CENI.  La poire aura finalement été coupée en deux comme en témoignage l’exégèse de la déclaration officielle du présidium de Lamuka.
Signé par les 4 leaders de Lamuka deux jours plus tôt, le communiqué du présidium de l’opposition sanctionnant le passage de relai entre Muzito et Fayulu a été solennellement rendu public le 12 octobre 2020 en présence des 2 concernés. Absents de Kinshasa, Bemba et Katumbi ont été représentés respectivement par la secrétaire générale du MLC Ève Bazaïba et le secrétaire général ai d’Ensemble pour le Changement Christian Mwando.
L’affiche à elle-même suffisait à faire taire les supputations sur l’éclatement de Lamuka. L’organisation paraissait toujours soudée et revigorée par le consensus malgré les divergences d’approches de ses principaux sociétaires.
Même la longévité du mandat de 9 mois de Muzito a d’entrée de jeu obtenu une excuse de taille: «le présidium de Lamuka remercie le coordonnateur Muzito d’avoir assuré son mandat trimestriel à la tête de Lamuka, nonobstant le glissement de six mois dû au cas de force majeur imposé par les mesures sanitaires liées à la covid-19», lit-on en liminaire, comme pour dissiper tous les nuages. Le cas de force majeure invoqué justifie la révision de la convention de Lamuka, notamment dans les dispositions se rapportant à la durée du mandat du coordonnateur et la passation de pouvoir. «La durée du mandat du coordonnateur de Lamuka passe de 3 à 6 mois; la prise de fonction par le coordonnateur entrant devient automatique», précise le communiqué. Finies donc les fastueuses cérémonies de remise et reprise, «la prise de fonction n’est plus sujette à une cérémonie de passation de pouvoir». Autre nouveauté : «les partis et regroupements politiques des membres fondateurs sont désormais reconnus comme membres adhérents de Lamuka». Ce qui laisse croire que la plateforme a encore de l’avenir devant elle et pourrait même de nouveau se muer en machine électorale. Un carton rouge a été décerné à Fatshi en guise d’apéritif des campagnes électorales à venir : «le présidium condamne énergiquement l’instrumentalisation du tribalisme et du régionalisme ainsi que les violences, les viols, les kidnappings, les menaces et les autres violations des droits de l’homme qui ne cessent de prendre de l’ampleur depuis janvier 2019». Les 4 leaders de l’opposition Lamuka indiquent ainsi que pour eux, le mandat de Félix Tshisekedi à la tête du pays n’est pas meilleur que celui antérieur de Joseph Kabila. De leur point de vue, toutes les tares constatées sous Kabila se sont «amplifiées» sous Fatshi, aggravées par «la présence inacceptable des troupes de certains pays voisins sur le territoire congolais». Par conséquent, à défaut de n’avoir pas obtenu de meilleures conditions de vie malgré la pompeuse promesse faite par Fatshi de «faire de la RDC l’Allemagne d’Afrique», ils promettent quant à eux de «mobiliser le peuple pour obtenir le vrai changement en 2023».
Lamuka n’entend pas le moins du monde briser son osmose du 30 décembre 2018 et veut maintenir en l’état les réseaux qui lui avaient permis de faire mouche: les mouvements citoyens, l’Église catholique, le CLC et autres ONG qui se nourrissent aux mêmes mamelles des néo-libéraux occidentaux qui avaient financé la création de la plateforme en novembre 2018 à Genève (Suisse) sont concernés par le clin d’oeil saugrenu du quatuor à «l’homme qui répare les femmes»: «le présidium apporte son soutien total au prix Nobel de la paix, le docteur Mukwege, au regard des menaces dont il fait l’objet. Le présidium saisit cette occasion pour remercier sincèrement la Monusco qui assure sa protection». Une incise qui tombe à pic après la piètre prestation du ministre UDPS de l’Intérieur Gilbert Kankonde qui, sur TV5 monde, s’était embrouillé en s’inscrivant crûment en faux contre les recommandations du gynécologue congolais, coqueluche des occidentaux.
Tous les groupes de pression qui ont fait leurs preuves en 2018 sont donc mis à contribution par Lamuka contre les institutions de la République afin de remettre à plat la loi électorale et la composition de la CENI sur de bases nouvelles : «le présidium exige des réformes institutionnelles, notamment celle de la CENI et de la loi électorale. Ces réformes doivent se faire de manière consensuelle entre les parties prenantes dans un cadre paritaire», martèlent les leaders de Lamuka qui réservent une fin de non recevoir au ballon d’essai de l’UDPS qui avance tous les prétextes possibles pour obtenir un glissement en 2023, notamment la crise née de la Covid-19 ou un préalable recensement général de la population devant s’étendre sur plusieurs années. Lamuka a été sans appel : «le présidium appelle la population à rester vigilante et en alerte pour la défense globale de la Constitution, spécialement en ses articles intangibles», ont déclaré les leaders de l’opposition.
Pour ceux qui croyaient que le discours de la «vérité des urnes» n’emportait pas l’assentiment de Bemba et Katumbi, et que c’était une affaire des seuls ressortissants de l’ancienne Léopoldville que sont Muzito et Fayulu, il convient de noter que la réserve de Bemba et Katumbi est une stratégie qui ne manque pas d’intelligence.
Se trouvant en exil larvé lors de la publication des résultats de la présidentielle, les deux opposants avaient joué la carte de la modération pour amadouer le nouveau pouvoir en vue de leur retour au pays. Au surplus, les intérêts économiques des deux compères en RDC étaient sous la menace d’une expropriation judiciaire. Il leur fallait donc lâcher du lest en échange d’un traitement de faveur devant les juridictions où les affaires étaient pendantes. Ce n’est pas un hasard si Katumbi est en passe de récupérer MCK/Mining aux dépens du Français Pascal Beveraggi et si avant lui Bemba a eu gain de cause dans les procès de succession l’opposant à sa fratrie et à la veuve de son père.
Cette étape passée, la circonspection astucieuse n’a plus sa place ainsi que l’indiquent les honneurs accordés dans le communiqué de Lamuka à celui qui se fait appeler «président élu» : «le présidium de Lamuka désigne son nouveau coordonnateur, pour l’exercice semestriel du 10 octobre 2020 au 10 avril 2021, en la personne du ‘PRÉSIDENT’ Martin Fayulu, le félicite et s’engage à lui apporter le soutien nécessaire pour la réalisation de son mandat».
Le maillage politique de Lamuka
Après avoir repris sa liberté de parole, Muzito s’est pour sa part lancé dans la polémique politicienne autour de la commune de Minembwe. Quant au nouveau coordonnateur de Lamuka Martin Fayulu, il n’a pas attendu plus de 48 heures pour renouer avec ses habituelles bravades, notamment à travers une marche dite «de l’unité nationale et de la défense de l’intégrité territoriale». Partie de Kingasani à 7h45’, cette marche interdite par l’autorité urbaine a paralysé l’Est de la capitale congolaise. Jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, les fanatiques de Fayulu n’ont battu en retraite qu’à la place de l’échangeur où un imposant dispositif policier les avait debandés, après avoir crevé les 4 pneus de la jeep 4×4 de Fayulu.
Poursuivant son show retransmis en direct sur les réseaux sociaux, Fayulu conduit sous bonne escorte au poste de police de l’échangeur a exigé et obtenu la réparation des pneus de sa voiture avant de rentrer chez lui.
Il comptait sur la mise en alerte maximale de ses partisans qui continuaient à camper aux alentours. Interrogé sur le bilan de cette manifestation, Devos Kitoko, un proche de Fayulu a parlé de 8 blessés par balle et d’un militant de son parti tué par des jeunes se réclamant de l’UDPS. «L’un des bourreaux a pu être appréhendé par nos militants et présenté à la police. Décidément, le parti présidentiel qui a fait de l’état de droit son slogan ne comprend toujours pas que le droit aux manifestations publiques est garanti à tous par la Constitution et qu’il n’est pas son apanage à lui seul», a fulminé Prince Epenge de Lamuka.
On rappelle que lors de la marche de soutien aux institutions à l’initiative du FCC en juillet dernier, une véritable chasse à l’homme avait été organisée à la 10ème rue, devant le siège de l’UDPS contre les marcheurs du FCC dont des militants revenant de la marche furent lynchés par des jeunes se réclamant des forces du progrès de l’UDPS.
Toutes ces victimes dont certaines ont été grièvement blessées n’ont jamais obtenu réparation, à l’instar d’autres victimes du vandalisme et des émeutes occasionnés par les différentes marches violentes de l’UDPS tolérées par les forces de police.
Pendant ce temps, Jean Pierre Bemba est en tournée dans l’ancienne province de l’Équateur. À Budjala (Sud-Ubangi), il a demandé à ses partisans d’être en alerte pour de grandes mobilisations à venir. Selon le député Christian Mwando qui s’exprimait à Kinshasa après la remise et reprise à la tête de Lamuka, Moïse Katumbi prépare la sortie officielle de son parti prévue le mois prochain à Kisangani.
Pour ce qui est de l’état d’esprit actuel de l’ex-gouverneur du Katanga, Mwando a fait part à la presse de sa «satisfaction que tout se soit passé dans la concorde et dans l’unité entre les membres de Lamuka, contrairement à toutes les spéculations du fait des reports qui étaient dûs au travail intense que faisaient les leaders de Lamuka dans l’ombre». Il ajoute que «le président Félix Tshisekedi doit veiller à ce que le rendez-vous de 2023 soit respecté. Un probable report des élections ne sera pas toléré par Lamuka».
UDPS dans les nuages, FCC en ambuscade
Sous l’ivresse du pouvoir après 37 ans d’opposition, l’UDPS ne semble pas toujours prendre la vraie mesure des enjeux politiques du moment. Ses caciques qui multiplient les incidents qui les aliènent leurs principaux alliés de l’UNC et du FCC, ne font aucun effort pour élargir leur cercle d’influence. Ils se contentent d’opérations de débauchage à la petite semaine de quelques gouverneurs en délicatesse avec leurs Assemblées provinciales ou la loi.
Ainsi, déchus régulièrement comme l’indique des arrêts de la Cour constitutionnelle, Atou Matubuana du Kongo-Central et Joseph-Stéphane Mukumadi du Sankuru continuent à diriger par défi les provinces en dépit de la clameur publique qui poursuit leurs malversations en arborant les couleurs de l’UDPS qui, sans aucun élu parmi les députés provinciaux de ces deux provinces, prend ainsi l’allure d’un repère des prévaricateurs.
A Matadi (Kongo-Central) Jean-Claude Mvuemba, le complice de Matubuana, auteur d’un coup d’Etat contre le Dr. Anatole Matusila a, dans un communiqué, informé le plus officiellement du monde ses collègues députés provinciaux du report des travaux de la plénière du lundi 12 octobre 2020, en raison – tenez-vous bien – «de la présence de la distinguée première dame, madame Denise Nyakeru Tshisekedi, dans notre province». Au lieu d’être consacrées au développement, les ressources économiques et financières de ces 2 provinces sont littéralement siphonnées au détriment de leurs pauvres habitants qui sauront certainement s’en souvenir le moment venu.
Au FCC, l’heure est à la restructuration ainsi qu’il en été décidé lors du séminaire de Mbuela Lodge à Kisantu. Après l’acquisition d’un nouveau siège boulevard du 30 juin à Kinshasa, le FCC dont l’autorité morale a fait une sortie remarquée à la dernière rentrée parlementaire est déjà en ordre de bataille. Plusieurs erreurs du passé sont passées au peigne fin après la débâcle à la dernière présidentielle.
L’orage de l’hémorragie des cadres tant redoutée au début du mandat de Félix Tshisekedi semble être passé. Seuls quelques poids mouches sans envergures ont mordu à l’hameçon des débaucheurs de l’UDPS. Même les technocrates très policés comme Matata Ponyo s’invitent enfin dans l’arène avec des interventions au vitriol.
Ainsi, lors de la sortie de son bulletin quadrimestriel «Congo challenge» du 12 octobre dernier,  l’homme à la cravate rouge n’a pas épargné la gouvernance  actuelle. «L’économie est dans une tempête orageuse», s’est-il épanché devant une assistance surprise d’entendre ce nouveau professeur d’économie utiliser un ton aussi caustique. Et Matata d’enchaîner : «vous n’êtes pas venus ici entendre des belles paroles qui soient en contradiction avec la réalité. Lorsque les gens font 9 mois sans être payés, vous voulez qu’on vous dise que la demande globale se porte bien ? On vous dit la réalité qui est corroborée par la théorie économique. On vous dit aussi que l’accumulation des arriérés finance la stabilité des prix intérieurs. Ça aussi c’est la réalité. Comment est-ce qu’on va produire quand on ne sait pas vendre ? Nous ne pouvons pas dire autrement les choses qu’affirmer haut et fort que les recettes publiques aujourd’hui n’arrivent même pas à couvrir le fonctionnement et les salaires», a-t-il martelé avant d’ajouter que «tout le monde sait qu’il y a un ratio entre le salaire et le fonctionnement d’une part, ainsi que les recettes d’autre part. La norme veut que sur les recettes soit ponctionnée une moyenne de 30 à 35% pour assurer les rémunérations et le fonctionnement des institutions. Or aujourd’hui c’est presque 90% des recettes qui sont affectées aux salaires et au fonctionnement. L’économie est pour ainsi dire au bord de la récession parce que le pays ne dispose ni des fonds d’investissement ni des fonds d’aspiration de la dette intérieure. L’avenir économique est donc sombre».
Matata, toujours encarté dans le FCC, a dirigé le gouvernement pendant 4 ans sans faire la manche auprès des institutions financières internationales et sans appui budgétaire extérieur. Son analyse sans complaisance n’en est que plus intérressante et digne d’intérêt.
Pendant ce temps, dans le parti présidentiel, on se contente des débats stériles des ‘‘parlementaires debout’’ de combattants sans aucune vision, ni expérience de gestion. Les fatwa et autres promesses mirobolantes non tenues des dirigeants de l’UDPS cachent mal une indigence d’offre politique qui pourrait être fatale en 2023 à l’actuel locataire du palais de la nation.
JBD

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