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SANKURU : Après Mukumadi, tergiversations et réalisme politique

Ça s’agite ferme dans les états-majors politiques pour la succession en vue de Joseph-Stéphane Mukumadi à la tête de la province du Sankuru après près de trois ans chaotiques. En effet, c’est depuis le 28 octobre dernier que Mukumadi a été destitué de son poste de gouverneur du Sankuru par une motion de défiance de l’Assemblée provinciale. Quatorze députés provinciaux présents lors de l’examen de ladite motion, ont, à l’unanimité, voté pour son départ, en raison notamment de détournement de deniers publics.

Mukumadi qui s’est fendu d’un recours en inconstitutionnalité devant la Cour constitutionnelle, a été débouté par celle-ci mardi 30 novembre 2021, sa requête ayant été déclarée «recevable mais non fondée».

Fort de cet arrêt de la haute cour,  le ministre de l’Intérieur Daniel Aselo a, dans un télégramme daté du mardi 7 décembre,  désigné le vice-gouverneur Paul Tchyabilo gouverneur intérimaire du Sankuru jusqu’à nouvel ordre.

Depuis lors, les tractations sont en cours pour succéder à Mukumadi.

On sait que ce restaurateur lillois a accédé comme par hasard aux commandes de l’exécutif du Sankuru à cause de la haine que certains leaders de cette province natale de Patrice-Emery Lumumba à l’encontre d’un des leurs, le député national Lambert Mende, candidat à cette élection en 2019. Il était opposé à Mukumadi, un parvenu politique pour qui la maxime kinoise bien connue «chance eloko pamba» aura eu tout son sens. Même si la plupart des protagonistes ont dû par la suite se résoudre à leur corps défendant de faire face à l’incompétence mâtinée d’aventurisme de Mukumadi, la haine entre eux ne semble pas avoir disparu pour autant.

En dépit de l’annonce en sens contraire faite par l’interressé, quelques incorrigibles dans le landerneau sankurois ont des sueurs froides à l’idée que  Mende ou un de ses proches puisse prendre la tête de cette province exsangue de peur de voir le leadership de ce meilleur élu à toutes les trois législatives successives depuis 2006 dans cette province  se renforcer sur   fond d’une guerre d’influence et de positionnement auprès du chef de l’Etat Félix Tshisekedi à qui chacun se fait fort de promettre l’électorat du Sankuru en 2023.

C’est le genre de fissures artificielles qui apparaissent lorsque la réalité met à mal les illusions et que «ce qui est entre en collision avec  ce qui devrait être».

Peu après la chute prévisible de J-S Mukumadi, l’on  fait remarquer que les revers au Sankuru sont déconcertants pour ceux qui, à l’Assemblée provinciale  comme à l’Assemblée nationale, l’ont porté à bout de bras malgré ses nombreuses bévues et qui ne reconnaissent jamais leurs  erreurs.

À présent, il ne reste plus qu’à espérer que les leaders de cette province paupérisée au-delà de l’indicible parviennent à soutenir des candidats gouverneurs pour qui, élévation en dignité est avant tout synonime du devoir de servir une communauté et non l’acquisition du droit à l’arbitraire symbolisé par le slogan préféré de Mukumadi «Woolo weko !» (j’ai la force).

C’est dans ce contexte qu’un foisonnement de candidatures déferlent sur la toile. Chacun y va de son credo. Entre tergiversations, coups bas et réalisme politique, l’histoire risque ainsi de bégayer.

Le Sankuru risque de suffoquer à nouveau ! La capacité des leaders du Sankuru à faire preuve de cohésion idéologique au détriment d’un processus réflexif de pensée logique est remarquable mais pas surprenante. Des petits esprits  se considèrent trop souvent comme le centre des lumières politiques. Ils semblent d’autant plus vaniteux et suffisants qu’ils font partie de structure de pouvoir et d’influence qui produisent et perpétuent ces traits de caractère. «Il suffit d’avoir ce qu’il faut pour distribuer une cagnotte aux députés provinciaux, grands électeurs et ce sera mon tour de m’en mettre plein les poches», semble être leur leitmotiv  à l’instar du sortant que les mêmes députés provinciaux viennent de renvoyer à ses fourneaux à Lille  (France) si tant est que les dysfonctionnements de la justice congolaise lui permettent d’échapper à la responsabilité pénale inhérante aux lourdes prévarications financières dont il s’est rendu coupable au détriment du trésor public.

Quiconque envisage la possibilité d’un véritable renouveau au Sankuru est souvent perçu comme un oiseau de mauvais augure, le devant de la scène étant réservé à ceux qui affichent leur arrogance et leur mépris des autres.

Plusieurs candidats, anciens et actuels députés, professeurs d’Universités, hommes et femmes d’affaires, se déclarent sans le moindre projet de reconstruction de cette entité abandonnée à elle-même. Ils s’aiguisent et déguisent leurs intentions sournoises en noyant le public sous une avalanche de promesses dont certains ne connaissent même pas le sens. Les mêmes causes risquant de produire les mêmes effets, il est impérieux qu’à travers un large consensus, les grands électeurs (députés provinciaux) fassent amende  honorable en donnant cette fois-ci à la province du Héros National, Patrice Emery Lumumba, les chances de se développer comme toutes les autres en donnant leurs suffrages à un candidat gouverneur capable de réaliser cet objectif dans les deux ans qui restent à cette législature.

La gestion chaotique et irresponsable de l’imposteur Mukumadi a gravement nui à la réputation des élites de  cette province, tant au niveau national qu’international.

De nouvelles initiatives fortes destinées à redorer le blason terni du Sankuru pour réécrire un narratif plus positif de cet espace s’imposent plus que jamais.

L’histoire renseigne que c’est le propre des empires en phase de décadence de produire des dirigeants incompétents, égocentriques et clivants qui accélèrent parfois involontairement la chute des entités dont ils ont la charge. Il est temps que les représentants des sankurois remontent la pente déclinante dans laquelle ils avaient plongé leur province en 2019.

La corruption endémique et les systèmes d’alliance contre nature du genre «tout sauf X ou Y» ainsi que la prostitution politique qui consiste à «acheter» les voix des élus grâce aux espèces sonnantes et trébuchantes au profit de certains affairistes qui ne savent que ceuillir sans contre-partie les ressources de ceux qui commettent l’erreur d’entrer dans leur jeu doivent être définitivement bannis.

La reconfiguration du paysage géopolitique au Sankuru et une saine évolution des rapports de force nécessitent une réévaluation correcte des réalités et des priorités. Maintenant qu’on attend le successeur de Mukumadi, la question est de savoir si le choix des élus provinciaux sera réellement le mieux adapté aux défis auxquels cette malheureuse province est confrontée.

L’on oubliera pas que dans ses  glorioles emperruquées, le sortant avait porté un coup fatal, non seulement aux capacités de développement et d’émergence de ses concitoyens mais également à leurs droits et libertés fondamentaux.

C’est tout honneur pour la presse, quatrième pouvoir, d’avoir été en l’espèce un incessant lanceur d’alertes qui ont fini par éveiller l’attention des plus hautes autorités de la République, notamment le président de la République Félix Tshisekedi dont le malfrat osait se réclamer dans ses turpitudes ainsi que la justice qui en fin de compte l’a débouté et dont on attend  qu’elle aille jusqu’au bout en lui faisant rendre gorge à lui-même et à ses complices terrés dans différentes institutions de la province et de la République (Assemblée provinciale et Assemblée nationale).

Entre les mains de cette engeance, le Sankuru a perdu trois ans. Il faut qu’il se rattrape !

Dans une logique décevante mais pas surprenante du «bon ou mauvais, c’est mon bloc», le caucus des élus nationaux du Sankuru s’est abstenu jusqu’à présent de toute critique à l’égard de ses quelques membres qui ont été jusqu’au bout les piliers de cette œuvre de dépossession de leur province par sieur Mukumadi.

Il est temps pour eux aussi de faire amende  honorable.

CHARLES OKANDJU,

analyste politique

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