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RELAIS DU CLC, LA DCUD LE PRESENTE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE : Monsengwo sort du bois

Pas de démenti formel de l’information qui circule depuis le week-end dernier, jusqu’au moment où Le Maximum mettait sous presse. La candidature à la prochaine présidentielle du cardinal Laurent Monsengwo archevêque de Kinshasa, seulement supposée et supputée jusque-là, est en voie d’officialisation.
La Dynamique Chrétienne pour l’Unité et le Développement (DCUD), un regroupement de l’opposition politique rd congolaise, a rendu publique une pétition plébiscitant la candidature du prélat, ancien président de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) sous le Maréchal Mobutu. A la différence du Comité Laïc de Coordination (CLC), sorti des manches de soutane du cardinal kinois fin décembre 2017 pour affronter le pouvoir sous le couvert des fidèles catholiques, la DCUD se prétend « le fruit des prières des fidèles catholiques, protestants, salutistes, pentecôtistes et évangéliques » qui se seraient regroupés au sein d’organisations officielles des laïcats. En fait, le nouveau mouvement monsengwiste tente de rectifier le tir manqué par la CLC du fait de sa limitation à la seule sphère des fidèles catholiques qui, aucunement consultés avant d’être engagés dans l’opposition anti-kabila, n’ont guère suivi les mots d’ordre insurrectionnels lancés par l’archidiocèse de Kinshasa. Odette Babandoa Etoa, ancienne ministre des transports de Mzee Laurent-Désiré Kabila, présentée comme la secrétaire nationale du nouveau mouvement, se dit convaincue que la RD Congo a besoin d’une personnalité intègre, compétente, qui rassemble et rassure les rd congolais. « Nous nous engageons derrière un seul candidat, et nous croyons que le candidat qui peut faire le consensus de tous les leaders politiques et sociaux, c’est le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya », explique-t-elle à la presse à Kinshasa. En se contredisant malencontreusement lorsqu’elle révèle que le prélat conduirait une période de transition politique, qui implique qu’elle précède les élections pourtant fixées au mois de décembre prochain. « Le Cardinal Monsengwo n’est pas un acteur politique qui va chercher à arriver au pouvoir pour s’y cramponner. C’est un homme de Dieu. Que la période de son passage au pouvoir soit une période de transition pour asseoir la démocratie, reconnaître la renaissance de l’Etat, le respect des textes qui va nous préparer à accéder aux élections d’une manière démocratique », poursuit-elle au cours d’un point de presse qui a également servi de lancement de la pétition pour récolter des signatures favorables à la candidature à la présidentielle du prélat le plus politicailleur que la planète terre ait sans doute jamais enfanté.
Du déjà vu et entendu
Dans l’opinion à Kinshasa, et sans doute également à l’intérieur du pays, où la foi des fidèles catholiques a été plus que sollicitée pour combattre ce qui était présenté comme le « mal biblique », l’annonce d’une éventuelle candidature du cardinal kinois a fait place à un silence lourd de gêne. Même si, ci et là, des observateurs attiraient l’attention depuis belle lurette sur les motivations exclusivement politiciennes des incursions de certains prélats de l’Eglise catholique romaine rd congolaise dans l’arène politique. Parce qu’elles ne pouvaient que diviser fidèles catholiques, croyants chrétiens en général et populations rd congolaises. L’adoubement du cardinal kinois par un obscur regroupement politique ne change rien à ces perspectives pour le moins bizarres.
Elargir l’assiette des contestataires
Quoique la DCUD prétende ratisser plus large que le CLC, vendredi dernier, c’est à peine si un leader politique, Martin Fayulu Madidi, a été entraperçu chez Odette Babandoa. L’un et l’autre ne pèse guère autant que le boucan médiatique dont ils sont capables. En fait de carrière politique, Babandoa a commencé par voir grand, très grand, en convoitant rien moins que le top job : la présidence de la République donc, au milieu des années ‘2000. Avant de renoncer et de rétrograder, puisqu’on la retrouve au cabinet du ministre des Transports et Communications sous le gouvernement dit du 1 + 4, dirigé par Joseph Olenghankoy. A l’issue des premières élections libres et démocratiques de 2006, Odette Babandoa n’a pu arracher le moindre siège, ni à l’élection des députés nationaux, ni à celle des provinciaux, et encore moins à celle des sénateurs. On retrouve néanmoins cette originaire de la province du Haut Uélé parmi les cadres de l’UNC de Vital Kamerhe, quelques années plus tard. Avec un certain nombre de cadres, Odette Babandoa claque la porte de cette formation politique en 2016 et remets sur pieds son propre parti. Ce qui lui attire des quolibets de la part de ses anciens camarades pour qui s’afficher à la tête d’une fantomatique structure politique, même prétendument chrétienne, ne change rien à l’équation démographique qui s’impose lorsqu’on ambitionne les sommets.
Martin Fayulu Madidi, l’invité d’honneur de Babandoa à la signature de la pétition pro-Mongengwo ne pèse guère mieux, lui aussi. Des scrutins électoraux organisés en 2006 et en 2011 ont révélé que le restaurateur kinois a plus de succès devant ses fourneaux à repas bourgeois que dans les rues chez les consommateurs invétérés de « Malewa » (prêts à manger populaires et très prisés à Kinshasa). L’Engagement Citoyen pour le Développement (Ecidé), son parti politique, n’a jamais aligné plus de deux élus, dont sa propre personne.
Caravane des perdants
A la DCUD, tous semblent donc avoir intérêt à ce que ne se tiennent point d’élections dont ils sortiront battus à plate couture, et donc à souhaiter une période de transition politique qui repousse les échéances électorales. Ne signeront la pétition de la DCUD que ceux des acteurs politiques terrorisés par la sanction des urnes en décembre prochain. La pétition en faveur de Monsengwo est une pétition anti-électorale tout court, qui affrontera sur le terrain politique quelques 40 millions de pétitions favorables aux scrutins qui ont d’ores et déjà été exprimées sous forme de cartes d’enrôlement. Encore qu’il n’est pas exclu que le rusé cardinal, « écoutant la voix des fidèles de l’Eglise » relayée puissamment par son neveu l’Abbé Donatien N’Shole, ne sorte bientôt du bois pour faire « don de sa personne » à la Nation, selon l’expression du tristement célèbre Maréchal Pétain mettant la France sous les bottes des nazis de Hitler en 1940. Comme il tenta de le faire vers la fin des années Mobutu en rempilant outrageusement à la tête du Haut Conseil de la République-Parlement de Transition (HCR-PT). “Qui a bu boira”, dit un adage.
J.N.

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