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RECONFIGURATION DE LA MAJORITE PARLEMENTAIRE : La position de Kabila

En appui à l’idée de la recomposition annoncée de la majorité parlementaire issue des élections de décembre 2018 autour du président de la République Félix Tshisekedi, des missi dominici de l’UDPS sont fébrilement occupés à réaliser l’OPA agressif lancé contre ladite majorité acquise aujourd’hui à son prédécesseur Joseph Kabila. Nos confrères du quotidien kinois Le Potentiel ont fait fuiter de larges extraits d’une correspondance y relative de ce dernier à des chefs d’Etats et de gouvernement partenaires de la RDC à la suite de l’hebdomadaire franco-africain Jeune Afrique. C’est un niet sans équivoque.
Déjà, dans son message aux membres de la haute direction de son FCC réunis en retraite politique du 6 au 8 novembre à Safari Beach à N’Sele, Kabila avait annoncé qu’il avait saisi les ambassadeurs représentant les chefs d’États témoins de son accord de coalition avec Tshisekedi (Afrique du Sud, Égypte et Kenya) ainsi que l’Algérienne Leïla Zerrougui, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies, cheffe de la Monusco, pour les alerter sur cette situation qui, à son avis menace gravement la paix et la stabilité de la RDC. «À ce jour, ils n’ont pas réussi à faire revenir le président de la République sur la voie du respect de la Constitution, ainsi que des règles et principes convenus dans l’accord de coalition», a-t-il écrit.
Parti pris et fanatisme
Pour le chroniqueur du Potentiel qui s’interroge sur «l’intérêt du peuple  dans tout ça», comme si les Congolais avaient un quelconque intérêt à voir leur volonté fixée dans le marbre de la constitution de 2006 être foulée aux pieds par l’initiative présidentielle, «dans l’arène de cette nouvelle guerre diplomatique, si les acteurs politiques – en l’occurrence le FCC de Joseph Kabila – veulent en découdre avec son frère-ennemi, le CACH, ce sera sans compter avec la volonté du peuple qui, pour rien au monde, n’est plus prêt à cautionner un coup de force, d’où qu’il vienne». Et d’ajouter que «si le pouvoir de Kabila, qui émane d’un lointain coup de force de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) de 1997, ceux qui aujourd’hui au sein du FCC sont encore hantés par une réminiscence de mauvais goût, se tromperaient d’époque. Les temps sont révolus et les circonstances ne s’y prêtent pas. Pendant que Tshisekedi consulte, Kabila, lui, s’active sur le front diplomatique. Depuis plusieurs semaines, en effet, l’ancien président a initié une intense campagne auprès de plusieurs représentations diplomatiques en RDC, chez les parrains de l’accord de coalition qui le lie à Tshisekedi, mais aussi auprès de la Monusco. Non seulement qu’il accuse son successeur de ne pas respecter les clauses de l’accord de coalition qui les lie, Joseph Kabila et son FCC promettent le pire si jamais leurs revendications ne sont pas prises en compte par le chef de l’État». De quoi s’agit-il au juste ?
Marché de dupes
Dans sa restitution de la deuxième retraite politique du FCC à Safari Beach faite samedi dernier, le député national Lambert Mende Omalanga, membre de la conférence des présidents de la plateforme kabiliste a expliqué sommairement les turbulences actuelles au sein de la coalition FCC-CACH. «Cette coalition constituée après les élections générales de 2018 et l’alternance démocratique subséquente au sommet de l’Etat qui fait la fierté de la RDC aujourd’hui en Afrique bat de l’aile depuis peu suite à sa brutale remise en cause par le président de la République lui-même sur fond de sérieux dysfonctionnements institutionnels et politiques révélés notamment par une inacceptable campagne de haine entreprise contre le FCC par des extrémistes au sein du parti du chef de l’Etat», a-t-il indiqué.
La campagne de sape initiée par des responsables de l’UDPS pour discréditer leurs ‘’partenaires-rivaux’’ du FCC a pris des proportions telles que le très discret ministre des Finances José Sele Yalaghuli, un membre du front de Kabila a déposé une plainte en bonne et due forme auprès de la justice contre Augustin Kabuya, secrétaire général du parti présidentiel qui l’avait accusé devant des activistes chauffés à blanc de «bloquer les rémunérations des soldats des FARDC pour les opposer au chef de l’Etat».
Pour Lambert Mende, «au départ, d’aucuns pensaient que la coalition FCC-CACH était compatible grâce notamment à la proximité des orientations idéologiques sociales-démocrates de leurs partis phares respectifs (PPRD et UDPS). Malheureusement le lynchage de la part de quelques va-t-en-guerre de l’UDPS contre le FCC et son chef a pris des proportions allant jusqu’à des véritables appels au meurtre qui ont ému même la communauté internationale», allusion à un communiqué du Bureau conjoint des Nations-Unies aux Droits de l’Homme appelant «les responsables des formations politiques à veiller à ce que leurs membres s’abstiennent de tels propos et les services compétents de l’Etat à les sanctionner pénalement». L’élu de Lodja a précisé que les propos aigres-doux entre les deux composantes de la majorité parlementaire avaient dégénéré «avec la convocation des deux chambres du Parlement en Congrès pour statuer conformément à l’article 119 de la Constitution sur l’état d’urgence sanitaire nécessitée par la pandémie à Covid-19, lorsque Jean-Marc Kabund, président a.i. de l’UDPS, alors 1er vice-président de l’Assemblée nationale avait affirmé que cette séance allait coûter au Trésor public 7 millions USD et qu’elle était destinée en réalité à destituer le chef de l’Etat. Sommé de s’expliquer, il avait refusé de le faire et fut déchu de ses fonctions suite à une motion initiée par l’honorable Jean-Jacques Mamba. Contrarié, il avait promptement saisi un juge administratif qui fit sceller le palais du peuple par la police alors que selon la loi, l’enceinte du siège du parlement est une zone neutre et inviolable dans laquelle aucune autorité administrative, judiciaire ou militaire n’est autorisée à exercer ses prérogatives».
Une longue litanie d’incidents a caractérisé les rapports entre les deux groupes. Notamment des agressions répétées contre des parlementaires et cadres du FCC par des activistes de l’UDPS mobilisés pour les intimider alors qu’ils s’apprêtaient à examiner les propositions de lois des honorables Aubin Minaku et Garry Sakata  ainsi que l’interpellation par le parquet général près la Cour de cassation du ministre FCC de la Justice au motif qu’il avait transmis au nom du gouvernement à l’Assemblée nationale des avis favorables non délibérés en Conseil des ministres sur lesdites propositions de lois. Le 1er ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba était sorti de son silence pour protester contre cette violation des immunités de poursuites couvrant les membres du gouvernement car, à son avis, l’acte du ministre n’était tout au plus qu’une faute administrative méritant une sanction disciplinaire, pas une infraction pénale passible d’une procédure en flagrance devant la Cour.
Sur le fond, en matière d’indépendance de la Justice, une révision constitutionnelle intervenue en 2011 avait établi un distinguo entre les juges et le parquet pour lequel fut institué le pouvoir d’injonction positive du ministre de la Justice comme en France ou aux Etats-Unis où le ministre de la Justice est en même temps procureur général de la République. Les propositions des députés Minaku et Sakata concernaient l’application de cette révision de 2011 et n’étaient guère destinées à réduire l’indépendance de toute la magistrature contrairement aux dénonciations en ce sens de l’UDPS pour qui l’essentiel semblait être de casser du sucre sur le dos de Kabila.
Ingratitude
L’entérinement par l’Assemblée nationale du candidat président de la CENI, sélectionné par les confessions religieuses a constitué un nouveau ‘’casus belli’’ entre FCC et CACH. « Il est inconcevable qu’un esprit objectif normalement constitué se laisse aller à reprocher la désignation du président de la centrale électorale à la majorité parlementaire alors qu’en l’espèce, l’Assemblée nationale n’a qu’une compétence liée, la désignation du numéro 1 de la centrale électorale relevant exclusivement des confessions religieuses», s’est insurgé à ce sujet Néhémie Mwilanya, coordonnateur de la plateforme FCC avant de rappeler, entre autres incidents «montés de toutes pièces par nos amis de CACH» celui du contreseing apposé sur les ordonnances présidentielles du 17 juillet 2020 par le vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur Gilbert Kankonde (CACH) en lieu et place du 1er ministre qui a dénoncé cet acte comme attentatoire aux textes en la matière et celui de la prestation de serment au forceps des juges constitutionnels dont la nomination est considérée illégale par le FCC ainsi que l’instrumentalisation politicienne systémique des conflits entre quelques gouverneurs de provinces et leurs Assemblées provinciales par le même ministre de l’Intérieur qui s’appuie tantôt sur l’autorité du chef de l’Etat, tantôt sur la police ou les services de sécurité pour zapper les exigences élémentaires de la démocratie représentative et fabriquer des ressorts artificiels de légitimation en marge des normes en vigueur.
Dans sa lettre aux témoins de l’Accord de coalition, Kabila stigmatise «la transformation du cabinet du président de la République en un gouvernement parallèle» et accuse Tshisekedi de vouloir «écarter le FCC du jeu politique».
L’artiste populaire Tshala Mwana, proche de Joseph Kabila et son FCC, a immortalisé dans un opus intitulé «ingratitude» le sentiment des membres de cette plateforme à l’égard du président Tshisekedi. Ambiance…
La communauté internationale prise à témoin
Après les altercations au vitriol par gros bras extrémistes interposés, les dirigeants les plus influents d’autres Etats sont désormais mis à contribution par JKK et Fatshi. Pointilleux comme à l’accoutumé, Joseph Kabila a, selon Jeune Afrique magazine, fait parvenir en ampliation sa lettre aux dirigeants de certains pays de la SADC comme l’Angola, le Zimbabwe, la Zambie, la Namibie et la Tanzanie ainsi qu’au nonce apostolique.
Bien que ses proches le démentent, la démarche de Kabila ressemble à s’y méprendre à un procès contre les consultations initiées par le président Tshisekedi en vue de former son «Union sacrée de la nation».
Fermeté et intransigeance
Le 4ème président rd congolais prend la communauté internationale à témoin et prévient qu’en cas d’instabilité – ce qu’il prédit indirectement – il n’y sera pour rien.
«Mon intention, à ce stade, est d’informer [sur] cette déplorable situation», dit-il, priant ses interlocuteurs «de prendre action dans le sens [qu’ils jugeront] approprié en vue de nous aider à parvenir à un fonctionnement des institutions conforme à la Constitution et à l’accord de coalition. Ce qui éviterait à notre pays la perspective d’une instabilité aux conséquences incalculables».
De l’avis des membres de son premier cercle, Kabila est furieux et prêt à toute éventualité, quoiqu’il arrive et quoiqu’il en coûte. La conclusion de sa correspondance est claire, lorsqu’il évoque sans ambages les derniers rendez-vous infructueux avec Félix Tshisekedi et l’échec des négociations du comité de suivi de l’accord de coalition à ce sujet.
Le Maximum

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