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RD CONGO – France : Hollande se rattrape, les USA tempèrent. Le Chef de l’Etat de Français s’en remet à l’UA sur la RD Congo

Il n’est jamais trop tard pour se rendre à l’évidence ? Quelque 72 heures après la sortie médiatique de la Belgique et du bureau de la délégation de l’Union Européenne en RD Congo, qui ont abruptement pris position contre la nomination d’un nouveau 1er ministre en RD Congo conformément au dialogue dit de la St Sylvestre, la France se rebiffe. Et fissure sérieusement et non sans pertinence la position voulue européenne rendue bruyamment et intempestivement publique par Bruxelles et ses ramifications sur le vieux continent. Mardi 11 avril 2017, le Président de la République française s’est quasiment désolidarisé de ses pairs manifestement circonvenus par Bruxelles et les libéraux au pouvoir au Royaume de Belgique à travers un tweet. Le posting est court et concis comme on ne peut mieux, mais présente l’avantage de clarté : « Je fais confiance à l’Union pour médiation en rdcongo », déclare le socialiste, que les réalités contraignent à davantage de réalisme politique, précisément. Hollande s’était en fait publiquement exprimé devant la presse, au terme d’une audience accordée à Alpha Condé, le nouveau patron de l’Union Africaine avec qui il venait de s’entretenir de la situation rd congolaise, entre autres.
Rétropédalage
L’affaire ressemble à un rétropédalage qui ne dira jamais son nom. Parce qu’en matière de médiation au pays de Patrice E. Lumumba et Mzee Laurent-Désiré Kabila, on n’en est plus à une tentative près. Surtout, s’agissant de l’Union Africaine (UA), l’opinion se souvient que l’organisation continentale offrait encore ses bons offices à la RD Congo, peu après la mi-octobre dernier. Qui ont été sanctionnés par un accord politique dit global conclu sous les auspices de l’ancien 1er ministre togolais, Edem Kodjo, diligenté express par la Commission de l’UA pour ce faire. Le document, fruit d’âpres et intenses négociations, est connu sous la dénomination d’Accord politique global de la Cité de l’OUA. Il a été signé par la majorité au pouvoir à Kinshasa et une partie de l’opposition politique locale, et balisait le chemin vers l’organisation aussi consensuelle et concertée que possible de scrutins électoraux d’ici la mi-2018, autant qu’il réitérait la ferme volonté des parties prenantes de ne guère modifier la constitution en vigueur au pays et de co-gérer la période pré-électorale et électorale. Pour rassurer tout le monde.
La solution africaine au problème rd congolais avait été saluée par la quasi-totalité des organisations politiques sous régionales intéressées et liées au problème rd congolais depuis un autre accord, continental celui-là, l’Accord d’Addis-Abeba qui prône la sécurisation de l’ensemble de la sous-région de l’Afrique Centrale que les problèmes sécuritaires et économiques rd congolais sont loin de laisser indifférent. La mission onusienne en RD Congo, la plus importante jamais déployée à travers le monde, l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’Union Européenne, etc., n’avaient pas manqué d’être associées aux assises facilitées par Edem Kodjo à la Cité de l’UA à Kinshasa. Mais rien n’y a fait.
Union Européenne complotiste
Avec un bel et complotiste ensemble, les puissances occidentales ont choisi de torpiller l’œuvre de l’UA malgré l’accord du 18 octobre 2016, en instrumentalisant leurs préposés au néocolonialisme locaux. Principalement, une frange de l’opposition radicale rassemblée vaille que vaille et pièces par pièces par les soins des libéraux au pouvoir en Belgique, affublée de la dénomination de Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement (RaSop), ainsi que l’église catholique romaine de la RD Congo représentée par les évêques de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO). Alors que les parties prenantes au dialogue de la Cité de l’OUA cheminaient laborieusement mais fermement vers une entente rassurante autour de la tenue de scrutins crédibles qui assurent une transition pacifique au sommet de l’Etat rd congolais, les calottes sacrées catholiques rd congolaises désertèrent bruyamment la barque afro-africaine menée avec maestria par l’ancien secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, au motif que ces assises n’étaient pas complètement inclusives, la frange de l’opposition rafistolée à Genval en Belgique en juin 2016 n’y ayant pas pris part à l’instigation des puissances de l’UE, précisément.
Force aura donc été de convoquer un nouveau dialogue, facilité par de prélats de l’église catholique romaine rd congolaise nantis de l’onction occidentale. Au centre interdiocésain de Kinshasa, l’enfer des négociations au duré plus d’un mois avant d’aboutir à un nouvel accord dit de la St Sylvestre, hélas un peu trop détourné des préoccupations électoralistes, et donc de transition pacifique au sommet de l’Etat, pour aboutir. Un trimestre après la conclusion de l’accord le 31 décembre 2016, les évêques catholiques n’avaient pas réussi à concilier les ambitions des protagonistes à l’accession au pouvoir hic et nunc, et ont dû rendre le tablier au milieu d’une cacophonie qui n’a de pareille que la légende biblique de la Tour de Babel, pourtant bien connue.
Rappel de l’UA
La déclaration et le tweet révélateur de François Hollande, qui surviennent 6 mois après la signature de l’accord de la Cité de l’OUA à Kinshasa, sont une sorte de retour à la case départ, qui rappelle qu’à cette entente entre une partie de la classe politique faisait défaut un élargissement de l’assiette consensuelle. Pas une nouvelle course vers une chimérique inclusivité parfaite.
Est également proche de cette prise de position française, et donc fort éloignée des postures comminatoires et néocolonialistes occidentales, la position de l’Administration Trump rendue publique par l’Ambassade américaine à Kinshasa, mardi 11 avril 2017. Ici, point de condamnation ni de prise de position favorable à l’une ou l’autre fraction d’acteurs politiques rd congolais. Les américains, qui rappellent le problème politique essentiel que les Occidentaux s’évertuent à occulter ostentatoirement, soulignent la nécessité impérieuse d’élections, seules susceptibles d’assurer une transition pacifique au sommet de l’Etat. « Les États-Unis encouragent les dirigeants de la coalition du Rassemblement de l’opposition à travailler avec le Conseil des évêques catholiques et d’autres signataires de l’accord du 31 décembre vers l’objectif des élections et un transfert pacifique et démocratique du pouvoir. Les États-Unis exhortent à la fois le gouvernement de la RDC et les dirigeants de l’opposition politique à s’abstenir de toute déclaration ou action susceptible d’inciter à la violence. Les États-Unis restent prêts à imposer des restrictions aux individus – qu’ils soient du gouvernement ou de l’opposition – qui sapent les institutions démocratiques de la RDC », lit-on sur ce communiqué largement diffusé sur les réseaux sociaux. On est loin, bien loin de la condamnation unilatérale des autorités de la RD Congo, assortie de menaces de sanctions du même ton, qui ignorent superbement la responsabilité des acteurs politiques de l’opposition dans l’enlisement et la chienlit qui a tendance à s’installer à Kinshasa.
J.N.

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