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PROCES DES 100 JOURS : Les témoins au cœur des enjeux ?

La troisième audience du procès dit du programme des 100 jours mettant aux prises le ministère public à Vital Kamehre, directeur du cabinet présidentiel ainsi que ses comparses Samih Jammal, patron de Samibo et Jeannot Muhindo, chargé de l’import -export à la présidence de la République est entré dans sa vitesse de croisière les 3 et 4 juin 2020. Au delà de la rhétorique hautaine dont il a fait montre à l’audience du 25 mai, Vital Kamehre n’a pas empêché le tribunal présidé désormais par Pierrot Bankenge Mvita en remplacement du juge président Raphaël Yanyi Ovungu décédé le 27 mai de découvrir les mensonges et contradictions du principal inculpé, qui a été accablé par la plupart de témoins clés même s’il essayait de les amadouer par ses compliments à peine voilés et ses synthèses improvisées de leurs déclarations qui ont fait bondit plus d’une fois le président du tribunal. Le juge Pierrot Bankenge Mvita a été désigné il y a moins d’une semaine pour présider le procès dit des 100 jours.Ce magistrat du tribunal de grande instance de Kinshasa-Gombe est depuis plusieurs années à la tête de la Solidarité pour la défense des droits, de la dignité et des intérêts des magistrats, (SODIMA), un syndicat de la magistrature.
Répondant à l’invitation du TGI de la Gombe, Justin Bitakwira, ancien ministre du Développement Rural, intervenant comme témoin assermenté a confirmé avoir signé, sur instruction de l’ancien premier ministre, Bruno Tshibala, le contrat avec la société Samibo de Samih Jammal en avril 2018 pour 900 maisons préfabriquées, dans neuf provinces, évaluées à 26.500.000 USD.
Dans la foulée, Bitakwira a indiqué «que ce contrat avait reçu le visa de la Direction Générale de Contrôle des Marchés Publics (DGCMP) et a été approuvé par le premier ministre» avant d’ajouter que «ce contrat devait être payé en trois tranches et la première tranche qu’on avait demandé était de l’ordre de 7 millions 250 mille USD. Donc de Janvier jusqu’à décembre 2018, l’Etat avait dit qu’il n’avait l’argent dans le trésor pour payer ce montant». Il ressort que l’avenant au contrat initial n’en était pas un car n’ayant respecté aucun préalable de la direction générale de contrôle des marchés publics (DGCMP). Pire, ce supposé avenant au contrat initial n’a été signé qu’après le financement de 57 millions USD de façon irrégulière. Une thèse confirmée par Michel Ngongo Salumu, le directeur général a.i de la DGCMP qui a ému l’auditoire en signalant qu’il avait fait l’objet de menaces de mort par un des prévenus s’il n’acceptait pas d’occulter la vérité.
L’ancien ministre du Développement Rural a fait remarquer que lors de l’avènement du nouveau président de la République Félix Tshisekedi, il a appris par le canal de son secrétaire général que le projet Samibo avait été récupéré par l’administration présidentielle que dirigeait Kamerhe pour faire partie du programme de 100 jours. C’est donc avec surprise qu’il recevra plus tard une nouvelle facture des maisons qui en faisaient partie.
« Il (Kamerhe) m’a demandé en invoquant une instruction du président de la République de changer le contrat puisque tout a changé. J’ai la correspondance. Ce n’était plus 900 maisons mais 1.500 pour 5 provinces et ce n’était plus 26 millions 500 mille USD mais 57 millions USD», a-t-il dit. Pour le DG de la DGCMP, la procédure était irrégulière car les lois en la matière n’autorisent qu’une augmentation de 15% en cas de modification d’un contrat initial alors que dans le cas d’espèce, il s’agissait d’une augmentation de 225%.
L’ancien ministre du Développement rural a confirmé pour sa part que Vital Kamehre avait ‘‘privatisé’’ la gestion du projet des 100 jours et n’y avait pas associé le ministère du Développement rural comme il le clamait. «Quand j’ai documenté le projet, j’ai constaté que le ministère du Développement rural ne figurait pas parmi les ministères qui étaient retenus dans l’exécution dudit projet. Le directeur de cabinet le sait, il a payé les primes à tous ceux qui figurent dans la Commission et pas à nous parce que nous n’y figurions pas», a déploré Justin Bitakwira.
Face à la volonté d’occulter la vérité par le prévenu Kamehre, plusieurs autres témoins comme l’ancien ministre d’Etat en charge du Budget, Pierre Kangudia, le gouverneur de la Banque centrale Déogracias Mutombo et l’ambassadeur initérant du chef de l’Etat Nicolas Kazadi sont allés dans le même sens. Ce procès a révélé en outre que l’homme d’affaires libanais Samih Jammal a offert un terrain d’une valeur de 100.000 USD dans la baie de Ngaliema à Soraya Mpiana, belle fille du prévenu Kamerhe. Pour le ministère public, ce cadeau est une preuve de corruption.
AM

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