Politique

PROBABLE DISSOLUTION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE Fatshi à l’épreuve de l’alternance démocratique

 

« Certains commencent à me donner des intentions que je n’ai pas. Ils disent qu’après une année, je vais dissoudre l’Assemblée nationale. Je leur dis que je ne peux pas dissoudre l’Assemblée nationale tant qu’il n’y a pas crise. Mais si je me rends compte qu’on commence à faire obstruction à la mission pour laquelle je suis à la tête du pays, d’être au service de mon peuple, je serai contraint, à la fin des comptes, de prendre la décision de dissoudre l’Assemblée nationale ». Cette étincelle lancée dimanche par le président de la République, Félix Tshisekedi devant la diaspora congolaise à Londres en marge du Sommet UK-Afrique n’a pas  cessé de faire couler encre et salive au pays de Lumumba.Plusieurs observateurs ont vu dans les propos de Fatshi l’usage de la preterition; une figure de style qui fait qu’en réthorique l’orateur nie ne pas vouloir dire ce qu’il a en fait déjà dit, d’autres encore y voient un conditionnel qui n’est qu’une mise en garde aux détracteurs qui,au sein même du gouvernement, tentent d’ankyloser la vision du chef de l’État. Quoi qu’on en dise, Félix Tshisekedi est à l’épreuve des acquis de l’alternance pacifique et démocratique obtenue au lendemain des élections législatives et présidentielles du 30 décembre 2018 à en juger par la virulence des réactions enregistrées à la suite de sa sortie médiatique à londonienne. La coalition FCC-CACH reste un des acquis des dernières élections en RDC. Ce qui a fait dire au député National  FCC Lambert Mende, dans son message lors des commémorations des martyrs de l’indépendance le 4 Janvier à Kinshasa que: «2019 fût une année charnière pour le processus de démocratisation de notre pays. Une alternance pacifique du pouvoir a vu le chef de l’opposition politique radicale succéder à un président de la République arrivé fin mandat après des élections apaisées. Le peuple Congolais a ainsi fait mentir toutes les prédictions pessimistes. Il a souverainement voulu par les urnes faire coaliser une majorité présidentielle avec une majorité parlementaire différente. Le président de la République Félix Tshisekedi chef de file de la plateforme CACH et le Président sortant Joseph Kabila, leader du FCC ont eu le mérite de se soumettre à cet implacable verdict des urnes pour sauvegarder l’intérêt supérieur de la nation au-delà des chapelles politiques contingentes. Cela n’a pas été facile et ils méritent nos encouragements». Une coalition FCC-CACH qui, à en juger par les propos du chef de l’État à Londres, ne fait pas l’affaire de tout le monde surtout lorsqu’il parle des rumeurs qui font état des initiatives de blocage de ses actions orchestrées par des membres du gouvernement malgré son appel à la sagesse et à la retenue exprimé  quelques semaines plutôt lors de son discours sur l’Etat de la Nation devant le parlement réuni en congrès: «Je voudrais saluer le courage de mon prédécesseur et frère, Joseph Kabila Kabange, qui a tenu à respecter son engagement constitutionnel, celui de permettre au peuple congolais de choisir librement ses nouveaux dirigeants. L’événement de ce jour est aussi le sien. Et j’espère vivement qu’ensemble, dans le cadre de notre Coalition, nous allons relever les défis qui s’imposent à nous tous en tant que citoyens de ce beau pays. Et ce, malgré les soubresauts relevés ces derniers temps qui, du reste, sont inhérents à toute nouvelle expérience politique. C’est pourquoi nous devons tous nous dépasser, transcender à tout moment nos divergences et évaluer régulièrement notre alliance pour des ajustements nécessaires  afin de réussir ensemble, la vision que nous avons en partage».

Que des réactions !

Au cours d’une  cérémonie d’échange de vœux à Kinshasa, la présidente de l’Assemblée Nationale Jeannine Mabunda Lioko a, face à la presse, réagi à ce qui est apparu comme une menace du chef de l’État de dissoudre l’Assemblée nationale: «Ce processus obéit à un certain nombre de préalables constitutionnels et la situation actuelle ne s’y accommode pas», a-t-elle dit à la presse. «Lundi 13, nous avons eu, comme le veulent les pratiques institutionnelles en RDC, un long entretien de 2 heures 30′ avec le président de la République Félix Tshisekedi. J’étais accompagnée de mon collègue du sénat, le président Alexis Thambwe Mwamba. Nous avons fait un tour d’horizon complet sur des sujets qui sont des points d’alerte, sur des sujets qui peuvent mettre le citoyen congolais mal à l’aise, sujets qui peuvent diviser ou ne pas faciliter la cohésion nationale. Aussi bien la dissolution (du parlement) que des crises dans les provinces…», a-t-elle ajouté. Sur la question de la dissolution du parlement, Mme  Mabunda a fait allusion à l’article 148 de la constitution, préalable à toute dissolution du parlement. «Il ne faut pas jeter les articles de la constitution en pâture à des malentendus ou des incompréhensions. L’article 148 parle bien de la dissolution du parlement mais dans des cas précis : il faut qu’il y ait crise, persistante, entre le gouvernement et la chambre basse du parlement, ce qui pour le moment n’est pas le cas puisque le budget et le programme du gouvernement ont été votés au-delà de notre propre majorité parlementaire pour preuve.Par ailleurs, le président de la République est invité dans le cas de cette crise à consulter le premier ministre, le président de l’Assemblée nationale et le président du sénat», a-t-elle expliqué. Sans ces préalables, prévient la présidente de la chambre basse du parlement, le président de la République tombera dans une «violation des textes. Et la violation des textes est régie par l’article 165 de la constitution qui dit que toute personne qui méconnaît notre loi fondamentale peut-être exposée au cas de haute trahison pour violation intentionnelle de la constitution». Menace de destitution du chef de l’État ? Certains membres de l’UDPS, comme André Mbata ou Peter Kazadi en sont convaincus et ne décolèrent pas. Réputé pour ses positions centristes, le député National Henri-Thomas Lokondo, prévient que la dissolution de l’Assemblée nationale ne peut intervenir qu’en cas d’un conflit persistant entre le gouvernement et la chambre basse du Parlement.« Cette matière est réglée par l’article 148, qui stipule qu’en cas de crise persistante entre le Gouvernement et l’Assemblée nationale, le président de la République peut, après consultation du premier ministre et des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale. Le texte ne parle pas de conflit entre le gouvernement et le chef de l’Etat, encore moins entre l’Assemblée nationale et le chef de l’Etat », a-t-il précisé avant de souligner que la dissolution de l’Assemblée nationale passe par la confirmation par le premier ministre et des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat avant de recommander au chef de l’État un bon conseiller en communication. Pour le député National PALU Patrick Muyaya, c’est un vrai faux débat propre à la comédie congolaise. Son collègue CCU Lambert Mende tranche en rappelant que la constitution place le chef de l’État en arbitre et qu’il faut toujours éviter de le mêler à des débats partisans.

Entre goût d’émancipation et instinct de conservation

En RDC, le droit de dissoudre l’Assemblée nationale est certes reconnu au président de la République  par l’article 148 de la constitution. D’où, la tentation d’y recourir au moindre incident de parcours pour le président Fatshi que l’on sait sollicité de toute part par de bruyants partisans plus royalistes que le roi qui veulent le «sécuriser» face au trop influent ancien président Kabila indiquent plusieurs analystes politiques. Un goût d’émancipation du système Kabila d’une part et d’autre part se dessine un instinct de conservation et de jouissance d’un pouvoir de type impérial au-delà des contraintes de consultations inhérentes à toute coalition. Par crise persistante entre l’Assemblée nationale et le gouvernement, il faut entendre un désaccord total entre le gouvernement composé de partisans tshisekedistes et kabilistes et la majorité parlementaire présentant la même configuration. Rien jusqu’à ce jour n’a créé  un blocage susceptible de menacer le fonctionnement régulier du gouvernement. C’est juste une probabilité. A vrai dire, au delà des supputations  et des états d’âmes qui provoquent la levée de boucliers observée à la suite de la sortie médiatique du chef de l’État devant la diaspora congolaise de Londres, rien ne prouve à l’heure actuelle que  l’ancien président Joseph Kabila et son successeur, le président Félix Tshisekedi aient l’intention de créer un scénario de crise inter-institutionnelle qui ferait voguer l’avenir du Congo vers des rivages incertains. Aucun  des deux ne sortirait vainqueur d’une pareille confrontation même si de multiples partisans de leurs camps respectifs se crêpent le chignon à qui mieux mieux. Mais comme le disent les sages, les conseilleurs ne sont pas toujours les payeurs. C’est le moment d’en appeler à la sagesse pour que l’élite congolaise s’attèle au mieux aux priorités de notre pays à savoir l’éradication de l’insécurité à l’Est, la gratuité de l’enseignement de base, le développement qui passe par la maximisation des recettes par la mise en oeuvre volontariste du nouveau code minier, la paix, les infrastructures…

Alternance politique en RDC, an 1

24 janvier 2019-24 Janvier 2020, un an depuis que la RDC expérimente pour la première alternance politique et pacifique du pouvoir entre un président sortant arrivé fin mandat,Joseph Kabila Kabange  et un nouveau président entrant issu de l’opposition radicale, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Une distinction historique pour le Congo qui en est sorti grandi contrairement à la pratique courante dans la sous-région où la plupart des présidents en place tripotent les constitutions de leurs pays pour se maintenir indéfiniment au pouvoir. De quoi faire des jaloux. La coalition FCC-CACH qui en a résulté n’a pas été de tout repos à tel point que des quatre coins du monde ‘‘global’’, monte une rengaine destinée à faire dresser ses alliés inattendus sur leurs ergots : «dissolution! destitution !» et tutti quanti

La coalition FCC-CACH a sûrement encore de beaux jours devant elle. Mais les rouleurs de mécaniques  inconscients et inconséquents n’ont pas encore dit leur dernier mot. Récemment, le premier vice-président de l’Assemblée nationale, par ailleurs président a.i de l’UDPS/CACH Jean-Marc Kabund a Kabund, a boycotté la cérémonie d’échange de vœux entre la chambre basse du parlement et la presse congolaise, organisée par la présidente de cette chambre, la PPRD/FCC Jeannine Mabunda.

Tout est parti des urnes

En période électorale, les yeux étaient plus braqués sur l’alternance au sommet de l’État et un peu moins sur les législatives. La surprise fut agréable pour ceux qui voyaient la fin du régime Kabila avec l’élection de l’opposant radical Félix Tshisekedi. La coalition formée par ce dernier avec son prédécesseur  Joseph Kabila, grand vainqueur des législatives, sera pour tous les Congolais une véritable ‘‘surprise des chefs’’. L’exécution en dents de scie du programme d’urgence de 100 jours du président Fatshi de même que les affaires relatives aux dossiers des  15 millions USD à la présidence, des 200 millions USD à la Gécamines, des ordonnances de nominations retardées à la tête de la  SNCC et de la Gécamines ne sont que des épiphénomènes pouvant être réglés en interinstitutionnel et ne sont pas de nature à être assimilés à une crise persistante entre le gouvernement et l’Assemblée nationale. En RDC aussi, le régime semi-présidentiel accuse ses limites comme ailleurs où la majorité parlementaire n’a pas appartenu à la famille politique du président de la République. Les problèmes sus-mentionnés ne sont ni les premiers, ni les derniers entre partenaires de la coalition FCC-CACH sur laquelle repose le développement et l’émergence de  la RDC qui sont plus importants que les égos surdimentionnés des uns et des autres.

AM

 

 

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