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PRÉSIDENT, HÔTEL DE VILLE, ACGT : Le cauchemar des chantiers kinois

Vivement une structure pour harmoniser les différents projets de modernisation de la ville de Kinshasa, afin d’éviter d’en faire une ville capharnaüm, chaque institution porteuse d’un projet n’en faisant qu’à sa tête.
Dans son allocution du jour anniversaire de l’indépendance de la RDC, le chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi, s’est félicité de l’avance¬ment de différents chantiers, notamment les sauts de mouton à Kinshasa. Ces ouvrages sont, d’après lui, un remède approprié contre des bouchons qui congestionnent la circulation.
Pour sa part, le gouverneur de la capitale, Gentiny Ngobila, compte consacrer 42% de son budget quinquennal, soit 2.087.598,50 USD, à la modernisation et la construction des infrastructures.
Par ailleurs, l’Agence congolaise de grands travaux (ACGT) envisage de redessiner la capitale avec 5 nouveaux échangeurs à travers un contrat BOT. Selon nos informations, trois entreprises chinoises étaient en compétition à savoir, Sinohydro Corporation, China Jiang Xi International Economic and Technical Corporation et China Communication Company CCC.
Une autoroute en forme de viaduc sera donc construite du rond-point Sergent Moke (Safricas) à l’aéroport de N’djili sur 25 Km. Selon l’ACGT, cette autoroute express comprendra des échangeurs aux croisements des avenues de la Libération ex-24 Novembre et Nyangwe, des Huileries et Kabambare, et du rond-point Kabambare au quartier Bon-marché, à l’entrée de l’avenue des Entrepôts B.A.T ainsi qu’à la sortie de la future autoroute, au niveau de l’avenue Ndjoku, sur le boulevard Lumumba. Autres constructions : une série de 5 ponts à savoir Leza, Petit pont, Grand pont N’djili, Grand pont Nsanga et Sosider ainsi que des postes de péage sur portique à chaque entrée de l’autoroute.
Par ailleurs, la société belge Preferails a élaboré, sur demande du gouvernement de la RDC, un projet d’implantation d’un tramway à Kinshasa. Le Rond-point Victoire constituera la principale gare du RER, réseau express régional kinois. La capitale compte¬rait 4 lignes de tramway dont Rond-point Victoire-aéroport de N’djili, Rond-point et Victoire-Kintambo Magasin. Il ne faut pas nécessairement être un expert ès urbanisme pour démontrer que tous ces projets n’iraient pas sans casses sinon sans s’enchevêtrer en se torpillant confusément. A moins de recourir à des expropriations en masse avec le risque de susciter un mécontentement populaire.
Le projet de la Corniche de Kinshasa, légué à Ngobila par Kimbuta n’est pas non plus sans problème. Il s’agit d’un ouvrage immobilier et d’urbanisation à usage mixte sur une superficie totale de 187 hectares divisé en quatre zones. La zone I qui part de la résidence actuelle de l’ambassadeur de France jusqu’à la clôture du Palais de la Nation s’étend sur une superficie de 24,56 ha, dont 9,02 sur terre ferme et 15,54 à gagner sur le fleuve. En clair, c’est dans une zone de haute sécurité… que l’Hôtel de ville sous Kimbuta et certains privés non autrement identifiés ont convenu de construire des commerces, des logements collectifs et de luxueuses maisons individuelles. La zone II s’étend du Palais de la Nation à l’embouchure de la rivière Gombe sur une superficie de 33,07 ha, dont 11,80 sur la terre ferme et 21,07 à gagner sur le fleuve. Il y sera érigé également des commerces, un hôtel et des logements collectifs. La zone III, la plus importante de toutes, va de la rivière Gombe au chantier naval de Chanimétal au niveau de la baie de Ngaliema sur une superficie de 77,79 ha, dont 67,86 sur la terre ferme et 9,93 à gagner sur le fleuve. Elle comprendra des bureaux, des commerces, un hôtel, un River Club, des logements collectifs, des maisons individuelles, un parc thématique de 45.000 m2 et un théâtre. Enfin, la zone IV s’étend du chantier naval de Chanimétal au collecteur situé au Mont Ngaliema, soit une superficie de 52,23 ha, dont 24,71 sur la terre ferme et 27,52 à gagner sur le fleuve. Elle comprendra des bureaux, des commerces, un hôtel, des logements collectifs et un centre culturel. En d’autres termes, la commune administrative et centre des affaires de la capitale sera en large partie rasée suite à tous ces projets.
Le plan d’aménage¬ment de la province relève de la compétence exclusive des autorités municipales selon l’article 204 de la constitution, l’article précédent (203) aligne cependant l’aménage¬ment du territoire et la protection de l’environnement sur une liste de matières relevant de la compétence concurrente du pouvoir central et des provinces.
Kinshasa a certes le statut de province, mais la ville a ceci de particulier qu’elle est la capitale du pays et le siège des institutions nationales. Ainsi des experts convient les pouvoirs publics à une harmonisation des plans de différents projets en cours et à venir, dont la délocalisation programmée du camp Kokolo.
La plupart des projets en rajoutent davantage à l’asphyxie de la capitale, car ils s’exécuteront dans Kinshasa de tout temps, pour ne pas dire la vieille Kinshasa, sur les 10% aménagés de sa superficie (9 965 km2) où se concentrent 12 millions d’habitants, selon de récentes estimations.
Pourtant, les experts du Bureau d’étude d’Aménagement et d’Urbanisme (BEAU) recommandent de décongestionner la capitale avec des extensions vers son faubourg Est.
Les effets socio-environnementaux de ces projets n’ont jamais fait l’objet d’une réelle étude approfondie. Et particulièrement pour le projet Corniche qui va s’étendre le long du fleuve. On déplore l’absence d’une véritable carte de la capitale. Même Google Maps est déboussolé.
Parmi les mégapoles africaines qui grossissent chaque année sans savoir comment accueillir leurs nouveaux habitants, Kinshasa est la plus folle. La capitale de la République démocratique du Congo (RDC), troisième ville d’Afrique en démographie, est une cité-Etat à l’administration fantôme, sur laquelle nul n’a de véritable emprise. En 1995, Eléonore Wolff et Virginie Delbart, chercheurs à l’Université libre de Bruxelles ont eu recours à des images satellitaires pour esquisser les grandes lignes de la morphologie de ce monstre.
Pourtant, grâce à la coopération française, la capitale a été dotée d’un Plan particulier d’aménagement (PPA) de la partie Nord de la ville de Kinshasa ainsi que d’un Schéma d’orientation stratégique de l’agglomération kinoise (SOSAK) rendus publics en août 2015. Quatre ans après, la mise en application de ce plan continue à poser problème.
POLD LEVI MAWEJA

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