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PREMIERES GRENADES LACRYMOGENES POUR RETABLIR L’ORDRE PUBLIC : Fatshi, sanctionner ou gracier ?

Le parti présidentiel, l’UDPS/T., a violemment manifesté le week-end dernier dans certaines villes de la RD Congo, pour contester les résultats des élections sénatoriales qui se sont tenues le 15 mars 2019. A Kinshasa la capitale, à Mbujimayi, le fief du parti, mais également à Bukavu et à Goma à l’Est du pays, les manifestants ont cassé, pillé, tué et parfois incendié.
Mécontents des résultats obtenus par le parti à Kinshasa où les 12 élus provinciaux ont préféré les candidats sénateurs d’autres partis et regroupements politiques, voire des indépendants à ceux de l’UDPS/T., les « combattants » ont bruyamment manifesté vendredi et samedi dernier, brûlant des pneus sur la chaussée, paradant à motos à travers la ville avant un sit in au Palais du peuple, siège du parlement, entre autres. Ils s’en sont pris en outre au siège de l’interfédérale du PPRD sur avenue Sendwe dans la commune de Kalamu, qu’ils ont littéralement saccagé. Contraignant ainsi pour la première fois les forces de police à user de gaz lacrymogènes pour disperser … des manifestants du parti au pouvoir.
Posture inconfortable
C’est tout dire de la posture extrêmement inconfortable dans laquelle ces « combattants » à qui on n’a jamais inculqué que la violence comme mode d’expression place le patron de leur parti devenu président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi. A Mbujimayi où les élus UDPS/T ont également réussi l’exploit de laisser se glisser l’un ou l’autre candidat sénateur de l’ancienne majorité présidentielle entre les mailles du filet, les dégâts enregistrés furent plus énormes : des résidences d’élus provinciaux systématiquement pillées, des stations de radiodiffusion vandalisées, et un agent de police molesté jusqu’à ce que mort s’ensuive. C’en était trop.
De partout se sont élevées des voix pour condamner et appeler au respect de l’Etat de droit face à ces manifestations partisanes à l’extrême. « Quelqu’un doit répondre de la mort de ce policier … une affaire de discipline interne au sein d’un parti ne peut dégénérer et causer la mort d’un innocent … justice doit être rendue. Etat de droit, svp », lisait-on sur un posting rageur, samedi dernier. « Est-ce normal que le Congo soit le pays où les membres du parti du président de la République tuent les policiers ? », s’indignait un autre.
Victime d’actes de vandalisme perpétrés par les combattants de ce parti pourtant désormais allié, des acteurs politiques de l’ancienne majorité au pouvoir ont, eux aussi, donné de la voix. « Je condamne avec force la méthode utilisée par certaines personnes pour manifester leur mécontentement. La rue ne peut gouverner un pays. Aux responsables politiques de prendre leurs responsabilités et de s’assumer devant leurs partisans », assénait le FCC Félix Kabange Numbi. Qui ne semble guère avoir été entendu.
Silence sur les victimes
Samedi 16 mars 2019, le cabinet du président de la République a réagi à travers un communiqué signé du directeur de cabinet, Vital Kamerhe, sur du papier volant non officiel. Qui annonçait qu’en guise de réaction à la vague destructrice qui déferlait sur le pays en réaction à la publication des résultats de la sénatoriale, le président de la République s’était entretenu avec le président de la cour constitutionnelle ainsi que les président et vice-président de la CENI « sur la situation qui prévaut dans certaines villes du pays ». Que le chef de l’Etat avait reçu les délégués des militants CACH/UDPS « frustrés par le comportement de leurs députés provinciaux pour les inviter au calme … ». Et annoncer la tenue d’une importante réunion interinstitutionnelle « … à l’issue de laquelle d’importantes mesures seront annoncées, dans le respect de la constitution et de la loi électorale, pour préserver la crédibilité du processus électoral et la paix sur l’ensemble du territoire national ».
Sur les dégâts humains et matériels causés par les combattants, pas un mot de compassion ni de condamnation du sommet de l’Etat. Rien. Il a fallu attendre 48 heures, le 17 mars dans la soirée, pour entendre le président a.i. du parti présidentiel, Jean-Marc Kabund, bredouiller des excuses … à l’endroit des alliés du PPRD dont le siège de Kalamu avait été saccagé. Et menacer de quelque chose qui ressemble à l’enfer les élus provinciaux convaincus de traîtrise.
Incivisme caractéristique

Pneus brûlés sur la chaussée à Kinshasa

Les manifestations du week-end dernier ont pourtant révélé aux yeux de l’opinion l’incivisme caractéristique des combattants de l’UDPS/T., à l’instar de ceux de la plupart des partis politiques rd congolais qui se réclament de l’opposition depuis l’ère mobutiste. En même temps que l’étendue du travail d’éducation civique et citoyenne à entreprendre, qui n’aurait pas dû attendre l’accession à un pouvoir d’Etat auquel on aspire depuis plusieurs décennies. Sur le sujet, les observateurs se demandent par où le nouveau pouvoir, placer entre l’enclume et le marteau, va commencer.
Les signaux émis jusque-là par la présidence de la République font craindre que pour entretenir une image conformiste et « politiquement correcte », Fatshi ne verse dans une sorte de « paternalisme démocratique et libertaire » dont les effets boomerang seront inévitables. Après tout, le président de la République n’a-t-il pas pris des mesures de grâce, un peu à la hâte et sous la pression de divers partenaires (dont les Occidentaux) au terme desquels des acteurs politiques comme Moïse Katumbi Chapwe, Frank Diongo, agitateurs de masses devant l’Eternel, sont désormais libres de tout mouvement en RD Congo. Les mesures de grâce et autres décisions présidentielles du même ton font désormais de l’opposant Martin Fayulu Madidi, un acteur économique dispensé sans aucune forme de procès de ses obligations fiscales dès lors que son établissement hôtelier, le Faden House, fermé sur décision contraignante du service des contributions a été rouvert sur ordre de la présidence, apparemment.
Afficher du changement à tout prix
Cette volonté affichée de « changer » coûte que coûte le répertoire infractionnel et d’activités répréhensibles aux yeux du nouveau pouvoir apparaît comme un encouragement, voire, une sorte de gage d’impunité pour des manifestants qui du BA BA du comportement citoyen et politique ne connaissent que la casse et la destruction des biens privés et publics.
La présidence de la République comprend « la frustration des combattants déçus ». Les combattants, eux, sont persuadés que réagir violemment à une frustration est, de ce fait, un … droit démocratique à ranger parmi les droits de l’homme dont leur parti s’est fait le héraut depuis plusieurs décennies. Et qu’ils devraient donc bénéficier d’une sorte de grâce anticipée que l’absence de condamnation des actes posés le week-end dernier est de nature à conforter. Une véritable quadrature du cercle dont les effets boomerang ne tarderont pas à se faire sentir.
J.N.

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