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PORT ET CHEMIN DE FER DE MATADI : L’offre japonaise qui bouscule la France

Félix Antoine Tshisekedi a reçu des assurances du 1er ministre japonais, Shinzo Abe, sur l’apport financier de Tokyo pour la réhabilitation des diverses infrastructures en marge de la 7ème édition de la TICAD, fin août 2019.
Si la presse présidentielle s’est focalisée sur les travaux de réparation du groupe G 24 d’Inga II ou l’élaboration de la cartographie minière de la RDC et du système de surveillance des ressources forestières, d’autres sources notamment à la SCTP ex-Onatra font état de la volonté du gouvernement japonais de moderniser le réseau ferroviaire et son pendant fluvial. On rappelle que la France s’est inspirée de Tokyo pour moderniser le métro parisien.
En RDC, l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA) se serait ainsi engagée à financer la construction du nouveau port fluvial de Kinshasa à Maluku, à 50 Km du centre-ville, ainsi que la voie ferrée qui reliera cette banlieue Est de la capitale au centre-ville. Ce projet s’ajouterait aux visées japonaises sur le principal port maritime du pays, Matadi. Les pourparlers sur le montage financier pour l’exécution de cette entreprise seraient même très avancés avec la JICA, assure-t-on à la Société commerciale des transports et des ports (SCTP).
La coopération japonaise serait, en effet, très intéressée par la modernisation du port de Matadi et du chemin de fer Matadi-Kinshasa. Pour mémoire, du temps de Mobutu déjà, le groupe français Bolloré avait tenté un partenariat qui fut rejeté par l’alors premier ministre Kengo Wa Dondo. En 2011, Bolloré est revenu à la charge et a essuyé le refus du banc syndical de l’ex-Onatra.
Toutefois l’Agence française de développement (AFD) a financé à hauteur de 1 million d’Euros les études de faisabilité de divers partenariats au sein de la SCTP. Le ministère du Portefeuille a depuis lancé un appel d’offres pour la mise en concession de l’ex-Onatra en pièces détachées (ports, chemin de fer, immobilier).
Une firme sud-africaine se serait proposée de reprendre la voie ferrée Kinshasa-Matadi. Le dossier n’a guère évolué, selon les syndicalistes. Par ailleurs, aucun chiffre n’a été avancé par la partie nippone sur la probable reprise du chemin de fer et des ports ex-Onatra. Seule certitude: une mission d’inspection japonaise pour élaborer une étude de faisabilité du projet.
De l’avis des experts, les deux projets – port et chemin de fer de Maluku s’inscrivent dans l’ambitieux projet d’intégration régionale chère au Nouveau partenariat pour le développement (NEPAD). Il consiste en la construction d’une route, d’un pont de chemin de fer combiné entre Brazzaville et Kinshasa et la connexion au futur chemin de fer Kinshasa – Ilebo.
La RDC compte, en effet, parmi les Etats africains par lesquels le Japon envisage d’augmenter sa présence en Afrique pour contrer l’influence chinoise et occidentale ici. C’est ce qu’a annoncé le site d’information Nikkei Asian Review, citant des sources officielles.
Cette nouvelle stratégie de l’Etat japonais passera par la création d’un conseil conjoint permanent entre le gouvernement et le secteur privé japonais dont la mission sera de promouvoir les investissements en Afrique. Une nouvelle conférence de responsables gouvernementaux et d’hommes d’affaires africains devrait également être créée. Baptisée B-TICAD, elle devrait se réunir deux ou trois fois par an.
Les investissements japonais en Afrique restent marginaux face à de plus gros concurrents comme la Chine et les Etats-Unis. D’après les chiffres de la CNUCED publiés en 2015, le Japon investit par exemple 7 fois moins en Afrique que les USA et 6 fois moins que la France. Il reste encore loin de la Chine, qui s’est imposée en 2017 comme premier partenaire commercial de l’Afrique pour la 9ème année consécutive avec un volume d’échanges de 170 milliards USD.
D’après Tokyo, plus de 440 sociétés japonaises seraient présentes en Afrique contre environ 10.000 chinoises répertoriées par le cabinet McKinsey. Pour faciliter l’installation de ses entreprises dans les pays du continent, le Japon envisage de nouveaux accords de coopération.
POLD LEVI MAWEJA

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