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NOUVEAUX VISAGES DU NEOCOLONIALISME EN AFRIQUE : Des ONG qui émasculent l’Afrique au pilori

Les lumumbistes qui ont souvent l’impression d’être bien seuls dans l’interpellation des consciences congolaises contre les saillies néocolonialistes de certaines multinationales occidentales impénitentes voient enfin leur souci partagé dans la sphère globale. La guerre des tranchées menées aux peuples anciennement colonisés du continent noir par des groupes d’intérêts nostalgiques de l’époque coloniale vient d’être prise en relai par une banque africaine qui a choisi de ne plus courber l’échine devant une poignée d’ONG internationales qui, sous le couvert de principes fourre-tout comme le droit d’ingérence humanitaire ou la « due diligence » s’efforcent depuis des années de maintenir l’Afrique et les Africains en bas de l’échelle.
C’est un véritable sursaut de la part de ceux qui sont déterminés à en découdre avec toute velléité de revivifier les structures économiques de l’ère coloniale avec des méthodes malicieusement et hypocritement policées. Victime de ces pratiques immorales et illégales utilisées par des ONG internationales qui s’évertuent à étouffer toute perspective concrète de la souveraineté octroyée aux États africains sur leurs ressources naturelles, une banque rd congolaise a saisi les cours et tribunaux à Paris pour exiger réparation de la part de l’organisation britannique Global witness et de l’une de ses alliées dénommée «Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique» (PPLAAF), manifestement créée pour les besoins de la cause par le sulfureux avocat français Gabriel Bourdon Fatal bien connu pour son implication dans une multitude de révélations pour le moins scabreuses sur ses liens présumés avec les Émirats Arabes Unis et le Quatar qui sont tout sauf des parangons en matière de respect des droits de l’homme qu’il se targue de défendre.
Une plainte révolutionnaire
Les ONG dites de défense des droits de l’homme avaient pris l’habitude de déployer un rouleau compresseur d’anathèmes à l’encontre de toute personne morale ou physique dans les pays africains qui avait tendance à faire obstruction aux intérêts stratégiques des États du cercle « central » (occidental) ou des sociétés multinationales qui les missionnaient. Avec une rare violence, des rapports au vitriol souvent parsemés de demi-vérités, de mensonges, d’affabulations calomnieuses et de diffamations grossières provenant de ces ONG sont largement relayés par les médias globaux qui tétanisent ainsi leurs cibles sans qu’aucune victime n’ose exiger justice et réparation. C’est désormais chose faite. En effet, depuis le 1er juillet dernier, Eric Moulet, avocat – conseil d’Afriland First Bank CD est passé à l’acte en déposant en bonne et due forme une plainte qui fera date dans les annales judiciaires contre Global Witness et son complice PPLAAF pour des faits peu banals. Il s’agit rien moins que de « vol, abus de confiance, chantage, dénonciation calomnieuse, corruption privée, recel de biens privés, violation des secrets bancaires, faux et usage de faux avec circonstances aggravantes de la bande organisée ».
Dans un communiqué rendu public le 4 juillet 2020, trois jours après le dépôt de sa plainte à Paris, Afriland First Bank CD a expliqué qu’elle avait fait l’objet « depuis le mois de mars 2020 de harcèlement de la part de ces deux organisations qui (nous) ont menacé très explicitement de publier des faits parfaitement diffamatoires et ont tenté d’obtenir (de nous) des informations confidentielles et protégées par le secret bancaire ». Le dossier judiciaire à charge des deux ONG agissant comme des véritables organisations criminelles et terroristes est d’autant plus documenté qu’Afriland First Bank CD affirme disposer de de preuves indiquant sans le moindre doute possible que des fichiers lui appartenant avaient été volés par quelques anciens salariés à la solde de Global Witness et de PPLAAF. À en croire son communiqué, la banque « dispose également de documents troublants, attestant de pratiques tout à fait singulières dans la recherche des preuves à travers le recours à des menaces explicites envers des tiers, des propositions financières à des agents privés, des manipulations de témoignages et le chantage à la publication dans des organes de presse à diffusion internationale » communiqués au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Paris dans le but d’obtenir réparation des préjudices subis.
Sans entrer dans le fond de l’affaire qui met aux prises le milliardaire israélien Dan Gertler et des multinationales occidentales concurrentes de son holding, les opinions africaines vont pour une fois être édifiées sur les méthodes cyniques utilisées par certaines ONG internationales qui se targuent de défendre les droits des plus faibles alors qu’elles agissent en réalité comme des entreprises maffieuses dans le style des colons ou des esclavagistes. Leur objectif est en effet le même que celui d’engeances vouées aux gains faciles et au pillage éhonté du patrimoine d’autrui. Leur mode opératoire pour y parvenir est similaire. Ils avancent masqués et balayent tous les principes qu’ils prétendent défendre. Ce ne sont en réalité que des bandits de grand chemin, des crapules qui écument le continent noir afin de baliser contre de juteuses prébendes le chemin de l’impérialisme occidental qui peut ainsi contourner allègrement la souveraineté et l’indépendance d’États théoriquement souverains en violation des principes élémentaires du droit international.
Quelle que soit l’issue de la procédure judiciaire qui va opposer Afriland First Bank CD à deux géants de la nébuleuse de l’urgence humanitaire néocoloniale, elle a le mérite de montrer à de nombreux africains impressionnés par les pressions multiformes qui se sont abattues sur des générations entières de leurs compatriotes qu’il est possible de résister à leurs offensives menées tambour battant pour couvrir l’accaparement des ressources naturelles africaines quasiment sans contrepartie même lorsqu’ils se cachent derrière des déguisements de moralistes tartufes en croisade pour les droits de l’homme. Les révélations qui vont être faites à travers les médias à la faveur du procès dévoileront bien que ce que ces croisés de l’humanitaire ont à offrir aux Africains est un enfer pavé de bonnes intentions guère différent de ce que leur avaient apporté les missionnaires « civilisateurs » d’avant les indépendances qui étaient venus en Afrique faciliter la tâche à des colons génocidaires et tortionnaires.
L’Afrique déterminée à en découdre
Au chapitre des réactions à la saga judiciaire à venir qui met sur la sellette les auteurs du énième rapport de 46 pages intitulé « des sanctions, mine de rien », publié par Global witness et PPLAAF au lendemain du dépôt de la plainte d’Afriland First Bank CD, figure celle musclée du mouvement citoyen souverainiste « Dynamic Governance Action Opportunity for DRC » (DGAOD) de Henry Mutombo qui n’a pas mis de gants pour fustiger « l’utilisation rédhibitoire des droits de l’homme qui est devenu tout un symbole de statut, une sorte de peau d’agneau qui sert à dissimuler les appétits voraces des prédateurs les plus dangereux qui doivent désormais être traités comme tels par les Africains de tous bords ». Ce mouvement citoyen patriotique engage les dirigeants actuels à constituer « un front commun des élites africaines à l’image de celui des années 1950 contre la colonisation qui devrait davantage les inspirer, dès lors qu’il est établi que certaines ONG de défense des droits de l’homme dont la vraie mission est de poursuivre la colonisation font prospérer dans nos pays leur perfidie grâce à l’instrumentalisation des divisions conjoncturelles entre dirigeants africains qu’ils mettent un point d’honneur à opposer les uns aux autres ». Et de souligner qu’en RDC, le dicton belge «diviser pour mieux régner» a inspiré ceux qui réussirent dès l’aube de l’indépendance à opposer diamétralement le premier ministre Patrice Lumumba et le président de la République Joseph Kasavubu afin pérenniser l’entreprise coloniale. « Soixante ans plus tard, les mêmes acteurs avec leurs suppôts nationaux défenseurs des droits de l’homme stipendiés s’affairent à séparer coûte que coûte le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de son prédécesseur Joseph Kabila qui a remporté la majorité parlementaire dans le but malsain d’empêcher par tous les moyens le réveil du géant congolais qui risque d’avoir un effet d’entraînement irréversible pour l’émancipation du continent africain tout entier », peut-on lire dans le posting publié par cette organisation.
Pour Mutombo, « la RDC qui vient de célébrer ses 60 ans d’indépendance va découvrir au travers de ce scandale Bourdon (Gabriel Bourdon Fatal, l’avocat français fondateur de PPLAAF, NDLR) que rien n’a changé, que les nostalgiques du colonialisme sont à la manœuvre et essayent de revenir à la charge sous une autre forme avec la casquette des ONG qui veulent contrôler leur vie politique, économique et sociale pour les intérêts des impérialistes ». Une situation inacceptable pour le peuple congolais qui, selon lui, « a été victime des sévices, humiliations de tout genre, et du pillage de ses ressources naturelles depuis 1887. Fort et résilient, il s’est battu au prix du sang contre le colonialisme. C’est en prétendant défendre nos intérêts que les colons belges ont coupé les mains de nos aïeux, dont un grand nombre ont été vendus et déportés. Nos richesses ont servi à construire le pouvoir colonial et leurs pays. En 1960, nous nous sommes affranchis de ce joug. Indépendants et souverains, les pères fondateurs du Congo indépendant avaient pris l’engagement ferme de ne plus jamais tolérer une quelconque forme d’asservissement… Le peuple congolais doit, à son corps défendant, garder allumée la flamme de la résistance à toute forme de néocolonialisme afin de protéger ses intérêts et ses richesses, contre toute prédation et toute tentative de diktat. Hélas, plusieurs ONG internationales en ont fait leur lit et s’agitent pour imposer l’agenda de nouveaux colons en RDC », se désole-t-il.
Sans attendre les suites du dossier judiciaire, le verdict de cette affaire est sans appel dans l’imaginaire collectif des Congolais et des Africains. Comme le note Mutombo, « PPLAAF et Global witness sont des agents utilisés par les nouveaux colons pour imposer leur agenda au Congo. Il est clair qu’ils sont déterminés à écraser et à détruire systématiquement tous ceux qui refusent de se plier ou de courber l’échine devant eux. Ils ont en horreur les nationalistes et travaillent ardemment à détruire notre patriotisme, notre unité nationale, usant de la division entre nous pour atteindre leurs objectifs ». Voilà qui a le mérite d’être clair.
Unis par le sort, dans l’effort pour l’indépendance
Soixante ans après l’accession de la RDC à la souveraineté internationale, l’appel d’Henry Mutombo et de sa DGAOD tombe à point nommé au moment où l’opinion publique se déchire autour des controverses mineures qui sont systématiquement montées en épingle avec les encouragements de la communauté internationale (occidentale) et des médias globaux. C’est ce qui explique la dramatisation à outrance d’une affaire comme celle des trois textes de lois initiés par deux députés nationaux dont des diplomates et des ONG de droit américain se sont permis de chahuter en affirmant toute honte bue qu’ils menaçaient l’indépendance du pouvoir judiciaire par l’organisation du droit d’injonction positive du ministre de la Justice sur le parquet en mettant sous le boisseau le fait que dans leur propre pays (USA), le ministre de la Justice est en même temps procureur général de la République, c’est-à-dire le patron du parquet !
Il en est de même de la désignation des animateurs de la CENI, une institution indépendante budgétivore dont on aurait bien pu se passer pour confier l’organisation des élections au gouvernement par le biais du ministère de l’Intérieur comme dans tous les pays occidentaux.
Comme on peut le voir, le véritable enjeu est ailleurs. Il n’est plus concevable que pendant 60 ans, les Congolais soient empêchés de « bâtir un pays plus beau qu’avant » par ceux-là même qui font prospérer leurs industries grâce aux matières premières pillées systématiquement chez eux. Plutôt que de s’abîmer en querelles intestines stériles, les dirigeants congolais devraient avoir à cœur de créer des meilleures conditions de cohabitation pacifique et de cohésion nationale renforcée pour maintenir à flot le navire Congo qui est plus que jamais dans l’œil du cyclone.
Les raisons d’espérer existent pourtant, comme cette alternance pacifique obtenue au forceps, à la surprise générale fin 2018 et la mise en œuvre peu auparavant du nouveau code minier, deux événements majeurs qui vont dans le sens d’un développement autocentré de la RDC et qui expliquent la fébrilité de ceux qui se prennent illégitimement pour les maîtres du monde et qui sont inconsolables de se voir ainsi ôter le pain de la bouche par ces deux initiatives qui rapportent aux Congolais mieux que les miettes d’une coopération de type néocoloniale ringarde et contre-productive.
La lutte contre la pauvreté est l’idéal suprême qui devrait polariser les efforts de tous au sein d’un même front républicain. La RDC a eu tellement de rendez-vous manqués avec son émergence qu’il serait suicidaire d’écouter les chants des sirènes de ceux qui voudraient la ramener sur le chemin de Canossa.
Tous ceux qui ont la passion du Congo doivent méditer sur les révélations de l’affaire Bourdon et aiguiser leur vigilance.
Après une si longue histoire à rebondissements dramatiques, la répétition des erreurs du passé par les générations actuelles serait impardonnable.
Il ne suffit pas d’être riche et de proclamer sa foi en des valeurs sans les pratiquer. Encore faut-il rester unis pour réussir à combattre la pauvreté endémique qui les a si longtemps déshumanisé ce pays. Pour cela, ils doivent se mobiliser contre les prédateurs tapis dans certaines ONG internationales qui leur servent quotidiennement l’opium des fausses croisades philanthropiques pour les endormir et mieux les asservir, comme jadis leurs devanciers qui ont anesthésié leurs ancêtres avec la prétendue « civilisation universelle » qui a servi de socle philosophique à l’entreprise coloniale.
JBD avec Le Maximum

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