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NECOTRANS – MCK : Le fisc Congolais floué par Moïse Katumbi ?

Plutôt surprenante, l’information qui a fait la Une des organes de presse intéressés le 9 et le 10 novembre 2013. Necotrans, une entreprise française spécialisée dans la logistique, a annoncé l’acquisition de MCK (Mining Company Katanga), l’entreprise-phare de Moïse Katumbi Chapwe, l’ancien gouverneur de l’ex. province du Katanga, passé depuis quelques mois à l’opposition. Surprenante ? Partiellement sans doute. Les initiés, en République Démocratique du Congo et ailleurs à travers le monde, pouvaient s’y attendre : Moïse Katumbi, c’est cet homme d’affaires qui s’est scandaleusement enrichi en mettant à profit sa position de gouverneur de la province cuprifère du Katanga et qui s’est forgé une image de dirigeant magnanime du plus grand club de football du pays, le Tout Puissant Mazembe.

Ecarté du pouvoir

Mis à l’écart du pouvoir depuis sa démission quasi forcée de la tête de l’ex. province du Katanga, à la suite du démembrement de celle-ci en 4 nouvelles provinces par le flegmatique Joseph Kabila, conformément aux prescrits d’une constitution adoptée par référendum populaire en 2005, Katumbi n’a pas tardé a révéler les faiblesses de la cuirasse qu’il s’était confectionnée : sans le monopole commercial de la sous-traitance minière impliquant aussi bien l’importation des biens et équipements des miniers que l’exportation de leur production, et sans les privilèges douaniers que ses fonctions lui permettaient de s’adjuger le plus illégalement du monde, les affaires du big boss katangais ne rapportaient plus de bénéfices. Vendre au premier venu semblait aller comme de soi, même si l’opération ne manquait pas de risques.

Katumbi et ses entreprises ne payaient aucun rond à l’Etat en RD Congo en général et au Katanga en particulier au titre d’impôts ou de redevances. En plus du fait que nombre des sociétés de son « empire » semblent avoir été acquises par des méthodes plus que questionnables.

Voir Moïse Katumbi Chapwe, ex. « Roi du Katanga », bazarder son empire commercial n’est donc pas si surprenant, au finish. Ce qui étonne, c’est l’apathie de l’Etat rd congolais, qui est manifestement driblé dans les transactions de l’ancien gouverneur politiquement désacralisé. Il aurait suffi que la DGDA (douanes) et la DGI (fisc) fouinent pour découvrir le pot-aux-roses dont tout le Katanga est au courant.

Necotrans acquiert un monstre

Lorsqu’il annonce son acquisition de MCK à un coût qu’il se garde de communiquer, Necotrans fait état d’une flotte forte de quelque 500 engins et camions, en plus d’un personnel estimé à quelques 1900 agents. Des engins qui ont permis à Katumbi de s’imposer dans le secteur des transports en tous genres, d’extractions minières, etc. Dans les milieux d’affaires katangais, il se dit que tous les engins de marque australienne Bell dont l’ancien gouverneur était importateur seraient entrées en RD Congo au nom du gouvernorat de l’ex.province du Katanga. Et de ce fait n’auraient été frappés d’aucune obligation d’acquitter la moindre taxe douanière. Dans une de ses lettres ouvertes au Gouverneur du Katanga, Jean-Claude Muyambo, un avocat d’affaires local avec lequel Katumbi s’est rabiboché depuis, rapporte que « … commandés par le Gouvernement du Katanga, un mois après ils (engins) sont enregistrés au nom de la Mining Company Katanga ».

Nébuleuse MCK

Nébuleuse maffieuse, MCK en est manifestement une. L’entreprise qui a récemment changé de propriétaire, Moïse Katumbi l’ayant finalement fait enregistrer au nom de son épouse, de nationalité zambienne, a été créée dans des circonstances on ne peut plus opaques. On annonce sa création officiellement en 1997, mais nombre d’observateurs en doutent, non sans pertinence. Pour la bonne et simple raison que 1997 marque l’année de la victoire de l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila sur les Forces armées zaïroises du défunt Maréchal Mobutu. Dans le domaine des affaires, fournisseur de poissons et autres vivres frais à la Gécamines, Moïse Katumbi en était encore alors à se débrouiller tant bien que mal pour surnager économiquement.  Au point d’escroquer le nouvel homme fort du moment, Laurent-Désiré Kabila, dans une scabreuse affaire d’achat d’armes et de munitions, et de se voir contraint à un exil en Afrique du Sud, dont il ne reviendra qu’en juillet 2003 pour reprendre la tête du TP Mazembe, se faire élire député provincial et national avant de prendre le gouvernorat du Katanga avec la bénédiction du président Joseph Kabila, convaincu de l’utilité de l’homme d’affaires sulfureux par son homme de confiance, Augustin Katumba Mwanke.

Politique, foot et finances : les bons scores

Le strapontin de gouverneur de la riche province minière occupé, Moïse Katumbi mêlera habilement sa nouvelle puissance politique à ses intérêts financiers. Il s’érige notamment en arbitre des conflits miniers de la région, non sans en tirer profit sans vergogne. D’abord en se sucrant sur la Gécamines grâces à des complices bien placés. L’entreprise d’Etat se retrouve, aussi curieux que cela puisse paraître, redevable de millions de dollars à Katumbi, qui sont convertis en actions. Et lorsqu’apparaît MCK au portillon, le gouverneur nomme Ignace Kitangu Manzembe, un ancien dirigeant de la minière étatique, au poste de Directeur Général. La nouvelle entreprise peut ainsi obtenir sans coup férir trois gisements jusque-là propriété de l’Etat Congolais : Kinsevere, Tshilufia et Nambulwa au nord-est de Lubumbashi. L’affaire est conclue sous la forme innocente d’un partenariat : 20 % pour l’Etat contre 80 % pour MCK. Mais peu après, en consentant un contrat d’amodiation d’une durée de 25 ans avec MCK, l’Etat se retire définitivement de l’affaire. « C’est dans cette confusion que Moïse Katumbi Chapwe revend 70 % de l’exploitation à Anvil Mining. L’association MCK-Anvil Mining est désormais AMCK. Anvil Mining paie à Katumbi $US 2, 3 millions. De cette somme, 1 million devaient revenir à la Gécamines en trois tranches : $ US 800.000 à la ratification du contrat d’amodiation par le Gouvernement ; $ US 100.000 à la remise des gisements et $ US 100.000 quatre mois après le début des opérations. Pendant le restant des 25 années de location, la Gécamines devait percevoir des royalties de 1,75 % variant entre 35 et 70 tonnes de cuivre. On retrouve les caractéristiques des contrats léonins », écrit encore l’avocat Jean-Claude Muyambo, qui répète presque mot pour mot les propos d’un certain Nestor Kisenga (« Pillage minier de la RD Congo. Moïse Katumbi empoche 61,3 millions de dollars sur les mines de la Gécamines au Katanga »).

Au ministère rd congolais des mines, où sont gérés les investisseurs dans ce domaine en pleine croissance, MCK, c’est l’ancienne entreprise du président du TP Mazembe avant l’exil sudafricain, qui s’occupait jusque-là de poissonnerie, qui verse dans les mines. MCK sollicite de la Gecamines un permis d’exploitation minière, et tout roule, vite. C’est l’arnaque MCK – Anvil Mining, relatée plus avant, au bout de laquelle Anvil Mining Company devient amodiateur de concessions Gécamines pour 25 ans. La commission de revisitation des contrats miniers estimera, un peu plus tard, que la Générale des Carrières des Mines (GECAMINES) avait été habilement driblée par le président du TP Mazembe.

MCK, passif fiscal ?

Les sources contactées par Le Maximum pour obtenir des renseignements sur le passé fiscal de l’entreprise-phare de Katumbi n’ont rien donné. Contacté au téléphone mercredi 11 novembre, Necotrans s’est manifestement défilé en faisant prendre l’appel par un certain Monsieur Sébastien, qui a prétendu se trouver à Kananga et ne rien savoir du passif dont l’entreprise a hérité. Les services de Luzolo Bambi, le tout nouveau conseiller spécial du Président de la République en charge de la lutte contre la corruption, n’ont pas été d’un meilleur concours à invitant Le Maximum à lui apporter les éléments dont il pouvait disposer sur la transaction  Necotrans-MCK.

Pourtant, ce ne sont pas des preuves qui peuvent faire défaut. Dans les tiroirs des services du Procureur Général de la République, Flory Kabange Numbi, moisit au moins un dossier qui peut s’avérer révélateur. Il y a deux ans, en avril 2013, le gouvernement décidait d’y voir plus clair dans la fraude douanière au Katanga. Une mission mixte d’audit interne diligentée par le Procureur Général de la République sur instruction de Madame la ministre de la justice, fut dépêchée à Lubumbashi et à Kasumbalesa. La mission est couverte par une réquisition d’information, dont l’exécution est confiée à un magistrat, l’Avocat Général Simon Nyandu. Le représentant du PGR est secondé par un autre magistrat de renom, l’Avocat Général Mokola, récemment nommé Procureur Général près  la Cour Constitutionnelle. Des inspecteurs judiciaires et des experts de certains ministères intéressés par le dossier font aussi partie de cette mission qui sera écourtée. Et pour cause.

Au troisième jour de la mission, l’équipe du magistrat Simon Nyandu en était à la pose de scellés sur certains magasins et entrepôts d’opérateurs économiques véreux de Lubumbashi, avant de s’attaquer à la pieuvre de la fraude à la frontière de Kasumbalesa. Parmi ces entreprises, des firmes d’intouchables comme Psaro, Chemaf, Sabit International, etc., toutes connues comme membres d’un conglomérat de cleptomanes qui régente les circuits financiers de l’économie katangaise.

En trois semaines de travail, la commission Nyandu en était arrivée à un constat sans équivoque : le manque à gagner à recouvrer par l’Etat auprès d’entreprises prises en flagrant délit se chiffrait à quelque 700 millions USD au bas mot, soit un dixième du budget de la République de l’époque.

Selon les éléments de l’enquête, des marchandises convoyées (à l’import) par au moins 2620 véhicules (trucs) n’avaient jamais été déclarées. Mais plus grave, les statistiques des minerais convoyés à l’export étaient totalement inexistantes. Or, tout Katangais le sait, à lui tout seul, Moïse disposait d’un nombre impressionnant de ces trucs de marque Dell. Comment donc MCK peut-il changer allègrement de mains sans préalablement rendre compte au fisc  rd congolais ? Mystère d’Etat.

J.N.

 

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