Politique

MINES : Etain, l’Est de la RDC derechef dans les viseurs des prédateurs

L’Union européenne s’est accordée jusqu’en 2021 pour faire appliquer une réglementation vigoureuse sur l’étain. Dans l’entretemps, il s’observe des transactions pas toujours clean entre l’Est de la RDC et le Rwanda. Qualifiés pourtant de forces négatives, des groupes armés auraient été mis  en contribution pour évacuer des minerais. La mine Bisié, dans le territoire de Walikale, au Nord Kivu, a produit 2 345 tonnes d’étain au cours du troisième trimestre 2019, selon la firme Alphamin Bisié Resources mining qui l’exploite depuis mi-2019. Cette production représente une hausse de 269 % par rapport à celle du second trimestre de l’année en cours.  Alphamin Bisie annonce qu’elle est entrée en phase de production commerciale depuis le troisième trimestre 2019 et elle vise, pour le dernier trimestre de l’année, une production variant entre 2 000 et 2 200 t d’étain. En d’autres termes, l’Etat devrait tirer de substantiels revenus de l’étain, en termes des recettes fiscales et parafiscales, comme du temps de l’âge d’or de Zaïre-Etain ou encore de la Sominkivu.  Le projet Bisié est un partenariat entre le canadien Alphamin Resources, le gouvernement de la RDC et le groupe financier sud-africain Industrial Development Corporation (IDC). Selon l’Association internationale de l’étain (ITA), la demande du métal dans l’industrie des batteries lithium-ion devrait exploser dans 10 ans, avec un volume annuel de 60 000 tonnes. La firme Aphamin Bisié,  qui a mis la main sur l’un de plus fabuleux gisements de l’étain au monde, influera surement sur le marché mondial. Mais certains analystes rappellent que le territoire de Walikale est une région en proie à l’instabilité et aux menées subversives des groupes armés voilà pratiquement 20 ans. Cela pourrait influer sur la production de la mine de Bisié à moyen ou long termles, à moins que l’autorité de l’Etat s’installe dans la durée, dans la région. Du temps où il était Premier ministre, Adolphe Muzito avait dû rebrousser chemin alors qu’il tenait à se rendre compte de ses propres yeux de l’étendue des activités minières artisanales à Bisié. Il semble que, pour éviter des MINES Etain, l’Est de la RDC derechef dans les viseurs des prédateurs bastions réputés des groupes armés, Alphamin a percé, à travers la jungle de Walikale, une route, entière asphaltée, partant de Bisié à walikaleville pour atteindre Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Et contrairement à Banro, Alphamin se serait également allié les quelque 5.000 creuseurs et exploitants artisanaux qui opèrent dans la région. Les sociétés d’Etat d’étain éteintes Depuis l’extinction de grandes sociétés parapubliques comme Zaïre-Etain et Sominkivu, dans les années troubles 1990-1997, quelques privées ont, par la suite occupé les mines du Comité des producteurs d’étain du Congo-Belge et du RwandaUrundi, qui s’étendaient des régions actuelles du Kivu au Tanganyika, et au-delà du lac Kivu. Il s’agit notamment de Banro, Cométain, Compagnie des mines d’étain de la Belgika ou encore de Congo-étain qui est une société d’exploitation minière dans la province du Tanganyika. Congo-étain exploite les gites de pegmatite dans le territoire de Manono comprenant des réserves de plus de 165000tonnes d’étain. La région grouille également de lithium et fait l’objet de convoitises internationales. Le lithium entre dans la production des piles et des batteries rechargeables ou à haute tension, des lubrifiants spéciaux, le traitement de l’air vicié par le gaz carbonique.  Il est aussi utilisé dans la métallurgie, l’industrie du caoutchouc et des thermoplastiques, la chimie fine ou encore dans l’industrie du verre et des céramiques Les réserves mondiales de lithium étaient estimées en janvier 2018 à quelque 16 millions de tonnes et l’ensemble des ressources identifiées à 53,8 millions de tonnes. Mais ces statistiques pourraient vite évoluer d’autant plus que cinq ans plus tôt, l’on estimait à 13 millions de tonnes seulement le stock mondial don t 58% pour la seule Bolivie  et 27% à la Chine. La RDC n’a jamais été citée comme potentiel producteur  à l’échelle mondiale  par les grandes agences comme l’ USGS. Quant à la production, elle s’est chiffrée à 43000 tonnes en 2017 au monde hormis les Etats-Unis qui n’ont guère daigné  publier leurs productions pour des raisons stratégiques. De cette production,  la Chine en était à 7%, l’Argentine a fourni 13% de la production mondiale, contre 33% pour le Chili et 43% ! pour l‘Australie. Sans doute qu’avec le projet Lithium Manono, l’Australie veut maintenir sa position dominante dans le marché de ce minerai qui n‘existe pas à l’état natif dans le milieu naturel. L’intérêt pour la RDC s’expliquerait par la croissance prévue des ventes de véhicules électriques qui augure déjà des perspectives d’augmentation de la consommation d’autres matières premières comme le lithium, le graphite ou encore le nickel. L’étain, principalement utilisé pour faire de la soudure dans l’industrie électronique, fait l’objet de nouveaux usages notamment dans les matériaux d’électrodes d’anodes à haute capacité, mais aussi à l’état solide et dans les cathodes. Demande mondiale La demande pour chacune de ces trois technologies de matériaux anodiques mises en évidence pourrait atteindre entre 10 000 et 20 000 tonnes d’ici 2030 si elles gagnent des parts de marché dans un marché hautement concurrentiel. Cela pourrait au moins doubler d’ici 2050.», confient les experts. Si l’ l’Association internationale de l’étain n’a pas donné de prévision pour la consommation globale du métal en 2030, elle prévoit une demande de 357 000 tonnes pour 2019. L’organisme s’attend à un excédent de 500 t d’étain cette année, comparativement à un déficit de 7 500 t en 2018, principalement en raison de la faiblesse de la demande sur le marché chinois de pointe. Mais des observateurs redoutent la recrudescence des groupes armés dans l’Est r-dcongolais dont la seule visée serait de constituer des circuits ténébreux d’exportation de l’étain ou du lithium. Selon Human Rights Watch, depuis 2010, la loi Dodd-Franck sur les minerais provenant des zones de conflit impose aux grandes sociétés américaines de rendre traçable la chaîne d’approvisionnement des minerais entrant dans la fabrication de leurs produits. Une loi qui permet de contrôler que le coltan, l’or ou l’étain qu’elles achètent ne financent pas des groupes armés qui pullulent encore par dizaines dans l’Est de la RDC. Mais l’ONG déplore que la règle américaine n’empêche pourtant pas certains minerais de sortir illégalement du pays, notamment par le Rwanda ou l’Ouganda, et de revenir dans le marché « légal » en étant acheminés en Asie via les pays du Golfe. Mais la loi Dodd-Franck a tout de même permis des avancées notables dans la traçabilité des minerais « douteux » et mettre en place des circuits certifiés et des coopératives fiables en RDC. L’étain compte avec le tantale, le tungstène et l’or parmi les minerais ciblés par l’Union européenne pour faire l’objet d’une rigoureuse réglementation d’exportation. L’UE a, en effet, adopté une nouvelle réglementation visant à lutter contre les « minerais de sang », qui proviennent notamment de la région des Grands lacs. Le texte qui n’entrera en vigueur qu’en 2021, obligera les entreprises à pratiquer un « devoir de diligence raisonnable » avant d’importer des minerais. Les sociétés européennes concernées auront l’obligation légale de vérifier leur chaîne d’approvisionnement. D’après la Banque Mondiale, trois pays africains faisaient partie du top 13 des plus grands producteurs d’étain au monde en 2018, en l’occurrence la RDC, le Nigéria et le Rwanda. D’autres nations du continent possèdent de l’étain, notamment la Namibie ou encore le Maroc. Selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur les perspectives du marché des matières premières, le top 3 des plus grands producteurs d’étain du continent africain, en 2016, est constitué de la RD Congo (9e mondial), du Nigéria (11e) et du Rwanda (12e). La surprise de ce classement est le Nigéria qui ravit au Rwanda sa place de 2e producteur du continent. Le rapport indique que le pays ouest-africain, a produit 3 800 tonnes d’étain, en 2016, contre 2 600 tonnes pour le Rwanda, la RD Congo étant en tête avec 4 100 tonnes. En ce qui concerne la production d’étain raffiné, le Nigéria est le seul pays africain figurant dans le classement avec 600 tonnes produites, en 2018. La RD Congo, quant à elle, aura à cœur, de garder son rang de premier producteur africain du métal, et pourquoi pas, de ravir au Vietnam sa place de 8e producteur mondial. La Chine demeure l’incontestable leader de l’étain en matière de production et de consommation.

PL

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