Politique

MEURTRE DE GEORGES FLOYD PAR LA POLICE US : Du racisme à ciel ouvert

Un homme noir âgé de 46 ans est mort à Minneapolis (Etat du Minnesota), aux USA le 25 mai 2020, victime d’une énième bavure policière. Il s’appelait Georges Floyd, il était africain-américain. Floyd a été tué par la police de sa ville selon le récit d’une vidéo diffusée sur internet et des médias. On y voit trois des quatre policiers Blancs impliqués dans son meurtre appuyer leurs genoux sur ses jambes, sa cage thoracique et son cou tandis que qu’un autre est debout à côté, insensible au drame qui se déroulait sous ses yeux et ce malgré les appels à l’aide de l’infortuné qui répétait : «Please, I can’t breathe»,(s’il vous plaît je ne peux plus respirer). Georges Floyd mourra asphyxié quelques minutes plus tard, comme Eric Garner en 2014 à New York qui disait aussi «I Can’t Breathe» quand les policiers étaient en train de l’étouffer.
Ce drame se déroule dans  « un monde libre» sans que les très médiatiques et «donneurs de leçons» aux dirigeants de la RDC Human rights watch (HRW), Amnesty international, International Crisis group, etc. ne s’en émeuvent et ne condamnent cette ignominie.
Il ne s’agit pas d’un incident tragique isolé. C’est un racisme systémique aux USA où on a 2/5 fois plus de probabilité d’être tué par la police quand on est Noir que lorsqu’on est Blanc (Étude basée sur les chiffres compilés par Fatal Encounters, un consortium de journalistes, et ceux du National Vital Statistics System, qui collecte annuellement toutes les données sur la mortalité aux Etats-Unis ; août 2019). Les cibles des crimes policiers sont essentiellement les jeunes hommes noirs. Le racisme, fruit de l’esclavage et des longues décennies de lois de ségrégation raciale, permet l’impunité d’une police américaine profondément fasciste mais qui est encore perçue par la majorité blanche comme une police protectrice qu’il s’agirait même de défendre.
A la suite de ce nouveau meurtre raciste de la police étasunienne, il a fallu attendre la clameur populaire par des dizaines de milliers des marches et émeutes à travers plusieurs États la semaine dernière à l’initiative des militants du mouvement «Black Lives Matter» ainsi que d’autres citoyens pour que la justice réclamée pour George Floyd voit ses premières interpellations. La famille de ce dernier qui n’a cessé de réclamer l’arrestation et la condamnation pour meurtre des quatre policiers impliqués, pas juste leur licenciement comme cela a été décidé auparavant par le maire de Minneapolis a finalement obtenu gain de cause.
Plus proche de nous, en Belgique, le racisme tue aussi : la petite Mawda en mai 2018, Mehdi en août 2019 – pour qui justice n’a toujours pas été rendue, Adil tué à Anderlecht le 10 avril 2020 par la police qui a essayé de mentir et d’intimider les témoins de la scène – et des dizaines d’autres cas les années précédentes. Pour la France, pays dit des droits de l’homme, on note une hausse significative de violences policières durant la période de confinement- spécialement dans les quartiers populaires où plusieurs jeunes hommes noirs ou arabes sont encore une fois les cibles. Il est curieux qu’après ce tableau, ces puissances occidentales ne se gênent pas de donner des leçons aux dirigeants congolais en matière de respect de droit de l’homme prêchant dans l’opinion l’incapacité de la RDC à protéger au mieux sa population. Le dernier rapport de HRW sur les massacres supposés des adeptes de Bundu Dia Kongo en mars et avril 2020 en est une illustration vectorielle.
Mike Hammer dénonce un acte raciste
Mike Hammer, ambassadeur des USA en RDC a dénoncé lundi un «acte raciste ayant entraîné la mort de George Floyd la semaine dernière. Un homicide orchestré par un policier qui était censé protéger Floyd, indépendamment de sa race. Le système a échoué à protéger l’un de nos citoyens, comme il l’a trop souvent fait à l’égard de tant d’Afro-Américains. Je partage votre peine, je partage votre colère, je partage votre indignation concernant cette mort et je partage votre désir de justice».
Le préambule de la Constitution des États-Unis appelle les Américains à se rassembler “pour former une union plus parfaite”. Ceci est la reconnaissance intrinsèque du fait que la démocratie n’est pas un état statique mais un processus continu. « Quand nous, en tant qu’Américains, défendions des idéaux de liberté et d’égalité qui ont fondé notre nation, nous nous sommes engagés dans le processus difficile, ouvert et franc consistant à identifier nos failles, à corriger notre trajectoire et à nous engager réellement à incarner l’intégrité et la décence de ces idéaux. Nous nous trouvons dans cette situation aujourd’hui (Sic)».
Les actes odieux qui ont ôté la vie de M. Floyd et les policiers qui les ont commis font l’objet d’un examen par le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’Etat concerné aux États-Unis. Après une vague de protestations qui a gagné tout le pays et même d’autres en Europe notamment, l’un des policiers a été arrêté puis ses trois autres comparses, tous accusés de meurtre et de complicité de meurtre. Comme quoi, la vraie justice ne peut être rendue que si tous les gouvernements respectent les droits de tous les citoyens, indépendamment de leurs race, religion, genre ou orientation sexuelle. Nous avons tous la responsabilité de faire notre part, de parler franchement et d’agir pour entraîner un changement positif – pacifiquement et par des moyens démocratiques; c’est à ce prix seulement que le monde peut devenir meilleur a renchéri Hammer. Comme le leader des droits civiques Martin Luther King, Jr l’a écrit de sa cellule dans une prison de Birmingham, après s’être fait arrêter pour avoir conduit une manifestation pacifique, « une injustice où qu’elle soit menace la justice partout…Tout ce qui affecte quelqu’un directement, affecte tout le monde indirectement».
La rue gronde et presse la justice américaine
A Minneapolis, capitale du Minnesota, la situation est assez tendue plus d’une semaine après les faits. Pendant plusieurs jours consécutifs, des manifestations s’y sont déroulées et la fumée s’élevait encore de bâtiments incendiés lors d’échauffourées entre la police et les manifestants. Plusieurs villes américaines dont Los Angeles (Californie), New York et la capitale Washington étaient toujours le théâtre de manifestations antiracisme. Selon les dernières statistiques,1.000 personnes sont tuées par an aux USA. Les manifestants contre les violences policières visant les noirs portaient des pancartes sur lesquelles étaient écrits «La vie des noirs est également importante » et « Arrêtez de tuer les noirs».
Au Minnesota, plusieurs postes de police et des véhicules ont été attaqués par des manifestants. Les voitures de la police ont tenté de quitter les lieux des manifestations malgré le blocage des routes. Le mouvement soudain de l’une des voitures a cependant fait tomber un manifestant qui était sur le capot. La chaîne de télévision locale NBC 4 basée en Californie a par ailleurs rapporté que l’homme avait été transporté à l’hôpital par des pompiers.
Forces impérialistes et leurs caisses de résonance en RDC
Des groupes de Congolais stipendiés se prêtent à cette campagne contre leur propre peuple. Dans le livre de Valérie Lecasble et Airy Routier «Forages en eau profonde» publié chez Grasset en 1998, Loïk Le Floch-Prigent, ancien PDG de Elf, expliquait la floraison de tels groupes dans les pays d’Afrique francophone par la guerre du pétrole qui se gagne «avec de l’argent liquide à la clef». Au rang des bénéficiaires, figurent bien des activistes de la société civile congolaise qui prétendent défendre les intérêts nationaux. L’ACAJ du très bruyant Georges Kapiamba, l’ASADHO de Jean Claude Katende devenu allié politique de l’évêque star du ‘‘porno’’ Pascal Mukuna dans l’«Éveil patriotique» dont il est le second, la Voix des Sans Voix ainsi que des mouvements citoyens comme la Lucha et Filimbi…La liste n’est pas exhaustive. Dans la foulée, ces ‘‘militants des droits de l’homme’’ sont devenus les stars des médias globaux hégémoniques et politisés dans leurs efforts de discréditer les gouvernements africains qui défendent leurs Intérêts Nationaux.
Cette société civile est faite de bons grains et d’ivraie. Pire, elle est politisée et/ou infiltrée à la fois par des prédateurs internes et externes. Faute de clarté, la plupart de ces ONG sont accusées de jouer le rôle de couvertures en échange de financement étranger en vue de la déstabilisation des États africains pourtant souverains. L’opinion hostile dénonce une nouvelle stratégie d’ingérence internationale dans les affaires internes des États africains. Les témoignages d’anciens acteurs de la Françafrique ou de la CIA l’illustrent. Par exemple, dans l’affaire Elf, Alfred Sirven avait «un budget pour acheter le calme social» qui lui permettait de «subventionner» indifféremment les associations, les syndicats et les partis politiques en Afrique avec des missions inavouées. Aussi, la RDC fit-elle fermer à un moment l’agence belge de développement basée à Kinshasa ainsi que la Maison Schengen parce que la Belgique préférait traiter avec les ONG dont le Comité laïc de coordination (CLC) et d’autres. Les responsables de ces groupes prenaient un malin plaisir à exagérer le nombre de victimes (morts) lors des marches organisées par le CLC pour empêcher la tenue des élections. Ils le faisaient pour justifier ces financements étrangers destinés à déstabiliser le régime de Joseph Kabila, coupable d’avoir fait reviser le code minier de 2002 truffé de clauses léonnines. Quel gâchis ! En Angola, des coopératives et établissements de microcrédits auraient aussi servi aux trafics et blanchiments de fonds pour l’acquisition d’armes pendant une guerre de 27 ans qui a causé plus de 200.000 morts.
Jacques Attali, mis en cause, s’était vu confier une mission sur le microcrédit en Angola contre paiement de 200.000 USD par le trafiquant d’armes Pierre Falcone.
Par conséquent, dans la psychose des révolutions démocratiques sur le continent, la réception des financements étrangers est synonyme de collusion avec certains services de renseignement étrangers dont la CIA. Dans sa politique expansionniste, les États-Unis sont accusés d’opérer à travers des agences et ONGs comme l’USAID, le NDI, le Freedom House, Human Rights Watch etc. L’actualité des guerres expansionnistes de l’Occident au Moyen-Orient ou en Libye démontre que ces organisations ont pris des positions pro-impérialistes aujourd’hui discutables. D’autres sont accusées de développer une «idéologie des droits de l’homme» et une «philanthropie hégémonique» qui seraient en fait la prolongation de la «mission civilisatrice» de l’Occident devenue néo impérialiste. Cette «élite des droits de l’homme» est accusée de conflits d’intérêts et de collusion avec divers hommes d’affaires et financiers comme Georges Soros ou Maurice Bidermann cités dans plusieurs affaires scabreuses en Afrique. Du caoutchouc à la guerre du coltan du sang en RDC, ces ONG abusent parfois des immunités diplomatiques pour convoyer les armes en faveur des groupes terroristes comme le CNDP de Laurent Kunda, le M23 et plusieurs autres groupes armés à l’Est de la RDC, le Boko Haram au Nigéria et au Cameroun. C’est ce qui expliquerait que les combattants de ces groupes apparemment incultes soient toujours en possession d’un armement sophistiqué qui leur permet de résister à des armées régulières comme les FARDC.
« L’instrumentalisation politique de certaines ONG ne suffit pas pour dénaturer le rôle de la société civile dans le développement. Le problème est moins le travail des ONG que la propagation de la prédation qui profite de l’absence de la reddition des comptes et de la transparence. Pour discerner les mauvais grains, il convient d’exiger la publication des comptes des ong congolaises pour couper la chaîne de l’instrumentalisation et la promotion de la pensée néo coloniale à travers les ONG», a plaidé un chroniqueur kinois. En effet, le financement étranger ne tombe pas qu’entre les mains des prédateurs. Par exemple, il a permis à beaucoup de think tanks de participer activement à l’éveil des consciences et au renforcement des capacités des Congolais en particulier et des africains en général. Par conséquent, le contrôle vertical du peuple sur la gestion publique s’est renforcé, ce qui fait l’affaire des profiteurs de la gestion patrimoniale des pays africains. Cette lutte contre l’ignorance ne peut être que salutaire dans un monde où la jouissance des bienfaits de la démocratie repose sur la capacité d’en comprendre les enjeux ainsi que les intérêts et forces en présence.
Si l’on veut éviter « l’ingérence» impérialiste dans les affaires intérieures de la RDC et la dérive politique qui s’ensuit du fait des exigences de gratitude des Ong bénéficiaires des financements impérialistes envers leurs donateurs, il importe d’améliorer la gouvernance de la Res publica. Les attentes de la population congolaise vis-à-vis des autorités issues des élections de 2018 sont assez claires à ce propos pour ne plus donner matière à ces ONG à cette quête morbide du sensationnel pour désorienter l’opinion.
De nos jours, l’espace public est de plus en plus ouvert et il serait contreproductif qu’au moment où d’autres gouvernements du monde entier s’activent pour trouver des investissements et des financements nécessaires à leurs économies post Covid-19 que les Africains s’enferment dans la peur et le rejet de l’autre en marge de tout raisonnement logique. Dans cette partie du monde où la sagesse populaire dit que «l’argent n’a pas de couleur », il convient de contrôler aussi bien les sources des financements des ONG congolaises que l’usage qu’elles en font. Somme toute, un système de transparence et de bonne gouvernance doit être établi sur ces financements étrangers des ONG afin que le pays puisse en tirer pleinement profit en évitant les velléités de prédation.
Alfred Mote

Hits: 97

Partagez cet article