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LUBUMBASHI, KINSHASA, TSHIMBULU, BENI : Cartographie d’un schéma insurrectionnel à l’essai

A quelques mois de la fin du dernier mandat présidentiel de Joseph Kabila, le Président de la République et Autorité morale de la majorité au pouvoir en RD Congo depuis les élections démocratiques de 2006 et 2011, le climat politique est tout sauf serein. Après des premières élections jugées démocratiques, libres et transparentes, les scrutins de 2011, qui ont consacré la victoire de Joseph Kabila sur Etienne Tshisekedi de l’UDPS, furent entachés de plus ou moins graves dysfonctionnements, de l’avis même de Joseph Kabila lui-même, qui depuis le début de son dernier mandat électif, selon la constitution en vigueur, en appelle à des concertations pour consolider l’unité nationale et voire, baliser le chemin pour la poursuite du processus de démocratisation laborieusement engagé depuis 2003, après des années de rébellions et guerres fratricides.
Le microcosme politique rd congolais est, depuis 2011 donc, partagé entre ceux qui partagent les desseins de consolidation du processus de démocratisation de Joseph Kabila et ceux qui s’y opposent et ambitionnent de mettre un terme au système politique en gestation depuis la fin des guerres rd congolaises. Parmi ces derniers, qui se recrutent dans les rangs de ce qui constitue l’opposition politique rd congolaise actuellement, se distinguent les modérés, qui croient encore en l’organisation d’élections pour passer le cap de la fin du deuxième mandat de Joseph Kabila, et les extrémistes, qui prônent une forme de table rase et de recommencement d’un nouveau processus de démocratisation, carrément. Ce sont les partisans du schéma insurrectionnel, à l’image du schéma de la fin du règne de Blaise Compaoré au Burkina Faso à la fin de l’année 2014.
L’affaire est connue : le 31 octobre 2014, le Chef de l’Etat du Burkina Faso, Blaise Compaoré, avait quitté le pouvoir à la suite de manifestations populaires astucieusement organisées et présentées comme spontanées. A Ouagadougou, à l’initiative d’une organisation dite citoyenne, « Le Balai Citoyen », une cinquantaine de milliers de participants avait réussi à prendre d’assaut les principaux endroits stratégiques de la ville avant d’investir le parlement et le palais présidentiel, et de contraindre le Chef de l’Etat à la démission et à l’exil en Côte d’Ivoire voisin.
On le sait un peu mieux aujourd’hui : il n’y eût presque rien de spontané dans la chute du président Burkinabè. « Le Balai Citoyen », ce ne fut rien d’autres qu’une de ses officines de déstabilisation sociale de l’ère informatique manipulée par de puissantes organisations internationales aux desseins inavoués, qui avaient déjà fait leurs preuves en réussissant les fameux printemps arables des débuts des années 2010.
Fin octobre 2014 à Ouaga, l’insurrection avait été systématiquement organisée. Les partisans du Balai Citoyen ont parcouru rues et quartiers pour mobiliser les jeunes moyennant finances et espèces sonnantes, rapportent des témoins aujourd’hui. Des partis politiques de l’opposition qui se sont mêlées de la danse ne pas sont demeurés en reste. Avec des acteurs de la société civile qui ont recruté quelque 5.500 jeunes selon les chiffres de nos confrères de Jeune Afrique, mais aussi d’anciens militaires radiés en 2011. Des chiffres sont avancés : ces intervenants particuliers ont été payés 25.000 FCFA, d’autres encore plus. Lance-pierres, bâtons, cocktails molotov ont été acquis et fabriqués pour allumer le « mouvement pacifique et citoyen ». Des cartes indiquant des bâtiments à attaquer ont été dessinées, et la ville fut divisée en secteurs à occuper par les manifestants minutieusement répartis. C’est ainsi que Compaoré est parti. Le schéma séduit beaucoup le camp des putschistes en RD Congo, qui s’y préparent activement, de toute évidence.
Une année après la chute de Blaise Compaoré, un groupe d’acteurs politiques de l’opposition rd congolaise a été convié à un curieux séminaire à l’île de Gorée au Sénégal, sous le prétexte d’un apprentissage de méthodes démocratiques d’accession au pouvoir. Ce fut en réalité à un stage de perfectionnement de méthodes insurrectionnelles de renversement d’un pouvoir démocratique que furent conviés ces acteurs politiques de l’opposition dont les assises furent financés par une organisation allemande. Un schéma insurrectionnel à l’échelle nationale fut mis sur pied à l’issue des travaux de l’île de Gorée qui ciblait certaines sinon toutes les provinces chaudes de la RD Congo. Notamment, le Katanga, poumon économique du pays ; les Kivu, particulièrement le Grand Nord Kivu Nande, les Kasai et Kinshasa la capitale.
Aujourd’hui, après les incidents de Beni au Nord-Kivu, qui ont failli dégénérer en émeutes (au moins 3 morts ont été enregistrées, mercredi 17 août 2016, lors de « manifestations de colère » occasionnées par l’assassinat de 36 civils à Rwangoma) ; ceux de Tshimbulu au Kasai Central quelques jours seulement auparavant ; et les affaires Katumbi à Lubumbashi qui ont eux aussi failli tourner aux émeutes populaires à la suite du procès intenté à l’ancien gouverneur du Katanga poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, une carte insurrectionnelle se dessine au vu et au su de tout le monde.
A Tshimbulu au Kasai Central, centre névralgique d’approvisionnement du Katanga minier en énergie électrique haute tension, et dont dépend donc largement l’économie de la RD Congo, un chef coutumier recrutait et entretenait allègrement une milice qui a affronté les forces de l’ordre venues perquisitionner chez lui. Les affrontements ont provoqué la mort de 11 policiers, 8 miliciens et celle du Chef coutumier lui-même revenu quelques jours plus tôt d’un séjour en Afrique du Sud. On s’imagine ce qui aurait pu se passer si le recruteur de Tshimbulu avait bénéficié de plus de temps pour se constituer une armée dans une région aussi stratégique.
A Beni au Nord-Kivu, il a suffi d’assassiner 36 civils (de trop) pour soulever spontanément les bonnes âmes locales et beaucoup moins spontanément les organisations politiques qui guettent le moindre incident social pour mettre le feu à la baraque, comme cela s’est vu.
Que dire de Kinshasa où, il y a peu, l’opposition politique n’a été freinée dans sa tentative de faire battre le pavé aux kinois que par une initiative identique de la majorité présidentielle qui se révéla fort dissuasive par sa réussite impressionnante.
Jusque-là, néanmoins, il semble que l’on assiste qu’à des balbutiements de ce qui pourrait s’avérer plus dévastateur si l’on n’y prend garde. Affaires à suivre.
J.N.

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