A la une Politique

LES HERITIERS DE LEOPOLD II BLOQUENT LA DEMOCRATISATION : CENI : les dessous des soutanes

L’information est tombée mardi 5 octobre 2021, sans surprendre. Comme de coutume depuis la démocratisation de la RDC, les confessions religieuses n’ont pas trouvé de consensus pour la désignation du président du bureau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Un dénouement qui couvait depuis plusieurs semaines, lorsqu’il est apparu que catholiques et protestants étaient en désaccord avec les kimbanguistes, musulmans, orthodoxes, indépendants et églises de réveil sur la suite à donner au processus de sélection de l’oiseau rare. 6 des 8 confessions religieuses ayant jeté leur dévolu sur Denis Kadima, présenté par l’église Kimbanguiste. Ultimatums et délais de grâce accordés à la composante confession religieuse par le speaker de l’Assemblée nationale, l’USN Christophe Mboso n’y ont rien fait.
Mardi 5 septembre, la CENCO dont le président assure la présidence de la composante avait écrit à Christophe Mboso pour lui faire part de l’échec des pourparlers engagés depuis la fin de la semaine dernière. «La candidature de Kadima a été accompagnée de menaces, intimidations et tentatives de corruption. C’est le candidat du chef disent certains», a par la suite expliqué l’Abbé Donatien Nshole, porte-parole de l’épiscopat catholique.
Péché originel
Nshole a ensuite littéralement déversé sa bile sur le groupe des 6 confessions religieuses, révélant que «des conseillers du président de la République se sont immiscés dans le processus de désignation du président de la CENI en exerçant une rude pression politique, financière et sécuritaire sur les chefs des confessions religieuses». Il a annoncé des preuves attestant que des proches du chef de l’Etat avaient menacé et tenté de corrompre des chefs des confessions religieuses à coups de dollars et de véhicules tout terrain. Raisons suffisantes selon lui pour expliquer le blocage.
Denis Kadima, d’origine kasaïenne, est en outre entaché du péché originel d’appartenir à la même province que Félix Tshisekedi, candidat à sa propre succession. «Nous leur avons suggéré de présenter une autre personne, que nous accepterions sans conditions. On ne peut pas accepter que le pays soit bloqué à cause d’un nom», a encore soutenu l’Abbé Nshole, accusant les 6 confessions religieuses de soutenir une candidature portée par des politiciens.
Agenda caché
Difficile de ne pas voir dans cette obstruction des églises catholique et protestante la face immergée d’un agenda caché. Depuis 2006, année de la tenue des premières élections démocratiques, la hiérarchie catholique s’est systématiquement opposée aux choix des acteurs politiques au pouvoir quels qu’ils soient. La seule différence, dans cette 4ème impasse réside dans le concours leur apporté par l’Eglise du Christ au Congo que dirige le révérend Docteur Bokundoa.
En effet, désigné président de la CENI à deux reprises, feu l’Abbé Apollinaire Malu Malu, un brillant prêtre catholique du diocèse de Beni-Butembo (Nord-Kivu), avait fait les frais d’une désolidarisation déclarée d’une partie des princes de l’église catholique à laquelle il appartenait pourtant. Le pasteur protestant katangais Ngoy Mulunda et Corneille Nangaa Yobeluo, ressortissant du Haut-Uélé, qui lui ont succédé à la tête de la centrale électorale ont également subi le même ostracisme, les prélats catholiques allant chaque fois jusqu’à dénoncer les résultats électoraux, particulièrement ceux de la présidentielle, lorsqu’ils ne rencontraient pas leurs attentes. Il ne s’agit donc pas d’un simple épiphénomène, conviennent de plus en plus d’observateurs.
Bis repetita
La dernière présidentielle de fin 2018 a ainsi vu une partie des prélats catholiques se lancer dans un activisme politique, donc partisan. Outre l’organisation d’une quasi commission électorale parallèle assortie de la proclamation de résultats de compilations d’observateurs prétendument disséminés à travers l’ensemble du territoire nationale, feu le cardinal Laurent Monsengwo, flanqué de Mgr Utembi se sont lancés, début 2019, dans une croisade de dénonciation des résultats de la présidentielle congolaise en Europe.
Quelques mois plus tôt, en décembre 2018, la CENCO se fendait d’un mémorandum à l’intention du chef de l’Etat zambien qui présidait alors la Troïka de la SADC portant sur l’Evaluation du processus électoral en RDC. Le document dénonçait un complot du gouvernement contre les élections et en appelait, carrément, à l’insurrection populaire contre un troisième mandat présidentiel de Joseph Kabila tenu pour certain. A Lusaka, Mgrs Utembi et Ambongo avaient déclaré que «beaucoup rejetteraient les résultats des scrutins, en RDC comme à l’étranger», appelant ainsi au report sans appel d’opérations électorales pourtant déjà lancées. Près de 3 ans après, c’est le retour à la case départ que prônent les prélats catholiques, soutenus cette fois-ci par certains de leurs collègues protestants.
Obstruction rituelle
L’obstruction au processus de désignation du président de la CENI par les catholiques et les protestants procède de l’usurpation de pouvoirs autant que du déni de démocratie. Les observateurs relèvent, en effet, que rien dans la charte organisant le fonctionnement de la composante confessions religieuses ne permet à certains de ses membres d’imposer leur volonté.
Des sources proches du dossier confirment que jusqu’à ce jour, les candidatures qui n’ont pas réunies les conditions exigées par les pères spirituels ont tous été éliminées de manière consensuelle jusqu’aux deux derniers, Cyrille Ebotoko (CENCO) et Denis Kadima (Kimbanguistes). C’est lorsque 6 des 8 protagonistes portèrent leur choix sur Denis Kadima que le processus s’est heurtée au refus catégorique des catholiques et des protestants. Faute de consensus, leur charte prévoit un vote uninominal que les deux confessions religieuses, se sachant minoritaires, refusent, contrevenant ainsi à leurs propres textes de référence. Pire, les pères spirituels catholiques et protestants se retranchent derrière la prérogative reconnue aux président et vice-président de la composante de contresigner les procès-verbaux des travaux pour faire obstruction à l’élaboration de ce document juridique destiné à l’Assemblée nationale. Empêchant de la sorte le parlement d’exercer les attributions légales lui reconnu d’examiner et d’entériner le choix issu du processus de désignation.
Le déni démocratique attesté par ce refus est ainsi doublé d’une grave atteinte à la légalité républicaine. «C’est une façon de se substituer à ceux à qui le peuple a confié le pouvoir de les représenter», se désole un professeur de droit public de Kinshasa interrogé par nos rédactions sur ce sujet brûlant.
Usurpation des pouvoirs
Les prélats catholiques n’en sont pas à leur premier coup contre le principe de la laïcité de l’Etat proclamé expressis verbis dans la constitution congolaise. La croisade occidentale de feu le cardinal Monsengwo contre l’élection d’un nouveau président de la République en RDC autant que la prétention d’instituer une commission électorale parallèle financée par des pays et organisations occidentales indiquent la source véritable du pouvoir qu’ils s’attribuent.
On rappelle que dans un passé pas très éloigné, leurs précurseurs ont accompagné et soutenu sans scrupules les campagnes esclavagistes et colonisatrices occidentales en terre congolaise. A cet égard, ainsi que le rappelle encore ce professeur de droit public, «l’indépendance politique accordée à la colonie belge que fut la RDC a été viciée par la dépendance de ses élites et de ses populations à l’égard des églises, bras séculiers des colons. Aujourd’hui comme hier, ce sont ces véritables héritiers du roi Léopold II qui continuent à défendre sans complexes les intérêts de l’ancienne métropole coloniale».
Héritiers des colonisateurs
En RDC, il n’est pas de pouvoir politique établi qui ne se soit heurté au ‘‘contre-pouvoir’’ religieux, principalement catholique, sous prétexte de défense des intérêts des populations qui n’ont pourtant jamais commis à cette tâche les calottes sacrées.
La mémorable indifférence des prétendus pères spirituels face aux souffrances et aux atrocités imposées à leurs ouailles par des guerres d’agression téléguidées par leurs parrains occidentaux est révélatrice d’un cynisme révoltant dans leur chef. Au moins 5 millions de Congolais y ont laissé leur vie, selon des statistiques onusiennes.
Aujourd’hui encore, les richesses naturelles et du sous-sol de la RDC continuent à être soumises à un bradage intégral sans susciter de leur part autre chose que de timides réprobations teintées de partis-pris contre les autorités autochtones à qui ils reprochent bruyamment d’accaparer les miettes abandonnées par leurs maîtres à penser.
De la démocratisation, ces héritiers de Léopold II n’en ont cure.
Le Maximum

Vues : 241

Partagez cet article