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LES CHEFS DES INSTITUTIONS DE LA REPUBLIQUE CHEZ L’ARCHEVEQUE : Les nouvelles bases de Ambongo sont anciennes

Les relations tendues depuis la désignation du nouveau président de la Commission électorale nationale indépendantes (CENI), entre certains princes de l’église catholique et le pouvoir en place en RDC ont enregistré un nouvel épisode. Mercredi 24 novembre 2021, une délégation des principaux chefs des institutions de la République a rendu visite au cardinal Fridolin Ambongo. Christophe Mboso N’Kodia de l’Assemblée nationale, Modeste Bahati Lukwebo du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, le 1er ministre, ainsi que François Beya, le conseiller spécial du président Tshisekedi en matière de sécurité se sont entretenus avec l’archevêque métropolitain de Kinshasa sur des sujets qui fâchent. «Nous sommes venus échanger avec son Eminence pour clarifier certaines choses, car il y a des gens qui veulent profiter du nom de l’église pour faire n’importe quoi», a déclaré Christophe Mboso, chef de la délégation. Tandis que le cardinal Ambongo expliquait que «nous avons échangé sur tout ce qui peut prêter à interprétations, comme vous avez l’habitude de lire sur les réseaux sociaux où on écrit n’importe quoi sur le Cardinal. C’était pour nous l’occasion de clarifier les choses et de repartir sur les bases nouvelles. L’église comme l’Etat, nous sommes au service du même peuple. Nous avons intérêt à travailler ensemble pour aller de l’avant afin que notre peuple vive dignement».
Echanges
Le rendez-vous du Centre Lindonge de Kinshasa, qui tient lieu de siège de l’archevêché de Kinshasa, est la suite réservée par le président de la République à une demande d’audience de l’église catholique locale. «Fatshi a demandé à ses plus proches collaborateurs de s’entretenir avec le clergé catholique pour plus de transparence», a confié une source crédible au Maximum. A l’issue des échanges, Ambongo a également déclaré que «je suis très heureux, très honoré de recevoir les grands animateurs de notre pays, les piliers de nos institutions. Quand vous les voyez tous là, et de l’autre côté le grand conseiller du Président en matière de sécurité, ça signifie que c’est le Président, donc je me sens tellement honoré de les recevoir ici ».
L’entrevue avec le primat de l’église catholique intervient au plus fort de la crise entre une partie de cette congrégation soutenue par l’église du christ au Congo, qui contestent la désignation de Denis Kadima à la tête de la CENI. Outre un travail de lobbying dans divers pays occidentaux contre le pouvoir en place et le processus électoral en cours, catholiques et protestants avaient juré par tous les grands dieux de s’opposer, par tous les moyens légaux, à l’investiture du président kasaïen comme Félix Tshisekedi, de la centrale électorale.
Deux organisations rattachées aux catholiques et aux protestants, le CALCC et le MILAPRO, s’étaient lancées dans des manifestations publiques à travers le pays, qui se sont soldées par des fortunes diverses. La dernière en date, lundi 22 novembre, fut un projet raté de sit-in devant le siège de la CENI à Kinshasa.
Enthousiasme apparent
L’enthousiasme apparent des participants aux entretiens du Centre Lindonge est loin de convaincre tous les observateurs de la scène politique rd congolaise. Au-delà de la question de la désignation du président de la CENI, c’est le président de la République Félix Tshisekedi qui est contesté par un groupe de prélats catholiques de l’Ouest, depuis la proclamation des résultats de la présidentielle 2018. Ce groupe semble avoir décidé de s’assurer de son départ du pouvoir au terme de son premier mandat en 2023. Le vrai problème, selon ces observateurs, réside dans l’étendue des pouvoirs qu’il s’arroge ainsi et de l’ampleur des immixtions dans la gestion «temporelle» d’un pays laïc par des institutions religieuses.
Le conflit entre ces princes de l’église catholique et le pouvoir tshisekediste n’est pas sans ramener à la surface les rapports en dents de scie entre la même église et les prédécesseurs du nouveau locataire du Palais de la Nation.
Le problème
En RDC, il n’est pas de pouvoir politique qui ne se soit heurté au contre-pouvoir religieux, principalement d’obédience catholique, sous prétexte de défense des intérêts des populations qui n’ont pourtant jamais commis les têtes couronnées de la congrégation romaine à cette tâche relevant dans une démocratie aux seuls représentants élus du peuple.
La mémorable apathie de ces pères spirituels face aux souffrances et aux atrocités imposées à «leurs brebis» non seulement pendant la colonisation mais aussi après celle-ci par des guerres d’agression téléguidées par les occidentaux revient en mémoire. Entre 5 et 10 millions de Congolais y ont trouvé la mort, selon les statistiques onusiennes qui ont révolté toutes les âmes bien-pensantes, à l’exception notable de celles de ces «pères spirituels».
Aujourd’hui encore, les richesses naturelles et du sous-sol de la RDC sont de nouveau soumis à un bradage sans nom par les mêmes puissances occidentales. Mais elles ne suscitent que de très rares réprobations teintées de partis-pris contre des autorités politiques chargées de la gestion des miettes leur abandonnées parcimonieusement.
Mardi au Centre Lindonge, le cardinal Ambongo semble être demeuré fidèle à la posture usurpatrice susmentionnée de l’église catholique. «L’église comme l’Etat, nous sommes au service du même peuple», a-t-il claironné, soutenant implicitement l’idée fallacieuse d’une responsabilité égale et partagée avec l’Etat dont on chercherait en vain les fondements dans la constitution en vigueur.
LE MAXIMUM

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