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LE FCC AU SENAT : Des loups dans la bergerie

La seconde fronde d’envergure contre Joseph Kabila et sa redoutable machine politique (FCC) après celle de Moïse Katumbi en septembre 2015 a échoué. Samedi 27 juillet 2019 au Sénat, Modeste Bahati Lukwebo et ce qui lui reste de l’AFDC-A n’ont pas réussi la conquête de la présidence du bureau, destinée à la très majoritaire famille politique de Kabila. A l’issue de l’élection retransmise en direct par la RTNC, l’ancien ministre d’Etat au Plan, véritable candidat du défi à cette joute, a été battu par 43 votes contre 65 pour le candidat Alexis Thambwe Mwamba choisi par Joseph Kabila. Certes, un autre choix de l’autorité morale du FCC au poste de n°2 du bureau de la chambre haute du parlement a été contrarié. Le PPRD Evariste Boshab qui devait seconder Thambwe Mwamba en qualité de 1er vice-président, a été battu par l’ancien premier ministre Samy Badibanga, un élu CACH de Tshisekedi (43 votes contre 60). Autre déconvenue du camp kabiliste, la préférence accordée par les sénateurs à l’indépendant Rolly Lelo au poste de questeur adjoint au détriment du FCC Zagbalafio au second tour (63 contre 38 votes).
A bon compte
En fait, Joseph Kabila et les siens s’en tirent à très bon compte, pour quatre des cinq postes-clés du Sénat (président, 2ème vice-président, rapporteur et questeur) où le FCC a placé ses hommes. Encore une fois, l’édifice kabiliste a, certes, été secoué par une fronde minutieusement mûrie, mais n’a guère été ébranlé.
En plus des votes des 13 élus AFDCA officiellement reconnus, Bahati a pu s’offrir 30 autres supplémentaires, dont plus d’une dizaine de sénateurs FCC, si l’on suppose que les élus CACH et LAMUKA ont voté pour lui.
Formellement exclu du FCC quelques jours avant les votes du week-end pour s’être élevé contre le choix de l’autorité morale de sa famille politique avalisé par tous les chefs des regroupements politiques (sauf lui-même), Modeste Bahati semble donc avoir emporté dans son projet de révolution de palais qui ne dit pas son nom quelques sénateurs nominalement kabilistes qui ont profité du secret des votes pour s’exprimer. Mais se gardent bien de le crier tout haut, par opportunisme, un trait de caractère qui n’a pourtant pas réussi à faire le bonheur de celui à qui ils ont ainsi apporté leur soutien. En attendant la formation annoncée imminente de l’équipe gouvernementale : s’ils ne sont pas servis à la hauteur de leurs ambitions, certains parmi ces frondeurs tapis au FCC pourraient, eux aussi, bruyamment en claquer la porte.
Politique arithmétique
S’il est des leçons à tirer de l’échec du président de l’AFDC-A, qui a passé le semestre qui a suivi la proclamation des résultats des élections en RD Congo à vanter les statistiques de son regroupement politique et à les marchander, c’est que sa politique ‘‘arithmétique’’ n’épouse pas tous les contours de la réalité congolaise. Comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une centaine d’élus, toutes catégories confondues, ne font pas un leader politique de la trempe de Joseph Kabila ou des Tshisekedi père et fils.
Samedi dernier dans la salle des conférences internationales du Palais du Peuple où se déroulaient les joutes du bureau du Sénat, Modeste Bahati a, certes, grappillé plus de votes que prévu en obtenant 43 voix. Mais l’exploit s’est arrêté net, en ce qui concerne sa fronde, et rien n’indique nullement qu’il pèse effectivement plus de 40 voix au Sénat. Parce les FCC Thambwe, Tibasima, Kaumba et Rubuye s’en sont mieux tirés que lui en obtenant respectivement 63 voix, 78 voix et 86 voix des mêmes Sénateurs. Même Evariste Boshab, qui a pourtant perdu face au mastodonte Samy Badibanga, s’en est tiré avec 44 votes, soit une voix de plus que Bahati. Les revendications arithmétiques de Bahati se dévoilent ainsi comme une quasi-escroquerie politique.
Nouveau chantage
L’homme n’en démord pourtant pas. En dépit de sa défaite au perchoir du Sénat, Modeste Bahati, revendique une recomposition politique de la majorité kabiliste. « Le résultat démontre qu’effectivement, il faut une nouvelle recomposition politique surtout au sein de la majorité présidentielle. Elle est composée de trois forces : le FCC, le CACH, et l’AFDC-A », explique-t-il à qui veut l’entendre. Ajoutant que ces trois forces doivent « se mettre d’accord sur la marche des affaires de l’Etat. Une fois pour toutes, on doit taire les querelles pour réaliser un programme commun. C’est sur base de ce programme que le nouveau gouvernement va être investi par l’Assemblée nationale. Donc, il faut une adhésion autour de ce programme et cette adhésion passe par les trois composantes ».
Faux. Les votes du week-end dernier l’ont démontré. Bahati et ceux des élus AFDC-A au Sénat qui s’opposeraient à un programme gouvernemental soutenu par le FCC, ne sont pas à même de compromettre son adoption qui relève de la compétence de la seule chambre basse du parlement, estiment les observateurs. Qui prédisent, du reste, que l’échec du ministre d’Etat honoraire précipitera sans nul doute la déliquescence de ses ambitions petites bourgeoises, surtout en perspective de la formation de l’équipe gouvernementale qui dépend d’un tête-à-tête Kabila-Tshisekedi et non des statistiques brandies par un acteur politique qui s’est toujours illustré par sa duplicité.
J.N.

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