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LA PLATEFORME GENEVOISE AU BORD DE L’IMPLOSION : Lamuka Est vs Lamuka Ouest

Attendu à Kisangani le 29 mai 2019, Moïse Katumbi Chapwe ne s’est finalement pas rendu au chef-lieu de la province de la Tshopo où l’attendaient des sympathisants Lamuka, deux semaines après qu’un autre leader de la plateforme eût été plus que chaleureusement accueilli ici. Les raisons de l’ajournement de cette seconde partie du safari de l’ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga demeuraient encore inconnues jusque jeudi 30 mai 2019, alors qu’un cadre local de Lamuka, Jean-Claude Esuka Alfani venait de confirmer le report sine die du rendez-vous avec le coordonnateur pour quelques mois encore du présidium de Lamuka.
Dimanche 26 mai, Moïse Katumbi avait déjà manqué le rendez-vous du stade Afia avec les populations gomatraciennes. Un problème d’autorisation de survol et d’atterrissage de l’aéronef du chairman du TP Mazembe de Lubumbashi avait été évoqué, aussitôt démenti par les autorités aéroportuaires compétentes. Au point que certains observateurs se demandent si les faux-bonds katumbistes ne se justifient pas par des motivations plus profondes que des formalités administratives et de voyage. Parce que depuis sa mutation de plateforme électorale en plateforme politique fin avril dernier à Bruxelles, la barque Lamuka semble voguer droit sur un tsunami en raison de dissensions manifestes entre ses leaders.
Mobilisation populaire
Certes, « La plateforme Lamuka se regroupe autour d’un programme politique qui a comme axes principaux : – la défense de la Constitution, spécialement dans ses articles intangibles; – la mobilisation du peuple pour une alternance démocratique et politique, reflétant la vérité du choix des électeurs; – la promotion d’un Etat de droit et d’une meilleure gouvernance de la chose publique ; l’éradication des antivaleurs », stipule l’article 2 de cette convention signée par Jean-Pierre Bemba, Martin Fayulu, Freddy Matungulu, Antipas Mbusa, et Adolphe Muzito, le 27 avril dernier.
Mais son interprétation donne lieu à des divergences, selon que le « choix des électeurs » est entendu au passé ou au futur. L’entendement passéiste du choix des électeurs, c’est celui mis en œuvre par le « candidat unique » et malheureux à la présidentielle du 30 décembre dernier, Martin Fayulu, qui mobilise les populations derrière ‘‘sa’’ vérité des urnes. En inscrivant le reflet de la vérité du choix des électeurs dans les axes principaux du programme politique de Lamuka new look, certains membres du présidium de la plateforme semblent peu désireux de tirer un trait sur l’épisode électoral de décembre dernier. Et de laisser une ouverture béante aux ‘‘caprices’’ de Fayulu qui s’est précipité imprudemment sur le piédestal sur lequel l’avait hissé sa désignation de « candidat commun» de Lamuka à la présidentielle.
Vérité des urnes conjuguée au passé
Même s’il ne croit que très moyennement en la réussite de la croisade en faveur de la vérité des urnes, le MLC de Jean-Pierre Bemba semble soutenir Martin Fayulu, tout en gardant un pied dans le camp du respect des institutions de la République, au parlement notamment, où le parti bembiste conserve quelque chance d’arracher le poste prestigieux de porte-parole de l’opposition en raison du nombre de ses élus à la chambre basse du parlement. En attendant une telle occurrence, c’est la secrétaire générale du MLC qui fait le lit de Lamuka et de Martin Fayulu dans la province de la Tshopo où elle l’a accompagné pour la seconde fois le 15 mai dernier, plus de deux semaines après la mutation de Lamuka en plateforme politique. Dans la partie Ouest de la RDC comprenant Kinshasa la capitale et les provinces de l’ex-Bandundu et du Kongo-Central, c’est Fidèle Babala, un autre cadre du MLC, qui fait quasiment office de porte-parole et défenseur des intérêts du candidat malheureux à la dernière présidentielle. L’ex-Palu et ancien 1er ministre Adolphe Muzito ainsi que l’un ou l’autre originaire de l’ancienne province du Bandundu complétant ce tableau des partisans Lamuka de l’Ouest.
Vérité des urnes conjuguée au futur
En face de cet attelage géopolitique, un autre, composé de leaders et acteurs politiques Lamuka de l’Est (et du Centre), semble soucieux de mettre en œuvre une politique davantage tournée vers l’avenir. Moïse Katumba Chapwe, désigné coordonnateur du présidium de Lamuka pour une période de 3 mois, est le chef de file de ces modérés adeptes de la realpolitik. Qui prônent une opposition républicaine tout en affûtant les armes pour les prochaines élections, en mobilisant « … le peuple pour une alternance démocratique et politique », selon le même article 2 de la convention de Bruxelles dont se revendiquent les fayulistes.
Se rangent derrière l’ancien gouverneur du Katanga, des personnalités comme Gabriel Kyungu wa Kumwanza, qui ne veut carrément pas entendre parler d’opposition à Félix Tshisekedi. Mais aussi des modérés comme Christophe Lutundula ou encore Antipas Mbusa Nyamuisi, ce dernier ayant pris ouvertement le parti de soutenir le nouveau président de la République dans l’espoir, dit-il, de voir la paix revenir dans son Nord-Kivu natal. Une perspective difficilement envisageable dans le sillage d’un candidat malheureux à la présidentielle en quête exclusivement de la vérité des urnes.
L’Est et l’Ouest
Entre les deux camps, les positions semblent tranchées, suffisamment pour que des voix s’élèvent pour prendre à partie le coordonnateur du présidium Lamuka désigné il y a seulement une trentaine de jours, le 27 avril 2019. C’est ce qu’a fait Stève Kivuata, un fayuliste qui a vertement critiqué les premières nominations annoncées par Katumbi lundi 27 mai 2019. « La restructuration que vient de faire le président en exercice de la coalition Lamuka, Moise Katumbi, est faite de manière unilatérale et en violation de la convention », s’est-il écrié dans les médias, reprochant particulièrement à Moïse Katumbi d’avoir nommé un porte-parole de son cabinet en la personne de Chérubin Okende. Selon la convention de Bruxelles, le coordonnateur du présidium est le porte-parole de la plateforme, Katumbi ne pouvait donc selon lui en nommer un autre. Aussitôt muée en plateforme politique, aussitôt écartelée entre deux blocs, donc.
Lamuka semble désormais divisé entre le camp de l’Est et celui de l’Ouest.
J.N

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