Politique

Kinshasa entre panique et bravade

Le Covid-19, signalé en Chine en décembre 2019, a fait irruption en RDC depuis le 10 mars. Plus de 80 personnes en sont affectées dont 8 morts et 3 guéries. Depuis lors, la population désemparée, attend des pouvoirs publics une information complète et approfondie sur cette crise globale.
En cette période où l’inquiétude le dispute à l’infox, l’annonce par le gouverneur de Kinshasa du confinement total de la capitale a contraint des foules immenses de gagne-petit à prendre d’assaut les marchés, boutiques et pharmacies, au mépris des règles élémentaires d’hygiène. Des commerçants véreux ont flairé la bonne aubaine pour faire grimper les prix de leurs articles.
Il est heureux que le Covid-19 ait été globalement pris au sérieux, en tout cas bien plus rapidement que ne le fut le virus Ebola. Car beaucoup se sont abstenus de quitter leur domicile malgré le report du confinement annoncé par l’hôtel de ville. Le recul de l’autorité urbaine est perçu par d’aucuns comme une preuve de l’incapacité des dirigeants face à cette maladie mortelle.
«Nous avons besoin des autorités compétentes et responsables à la tête de Kinshasa. Nous exigeons la démission du gouverneur », s’écrient certains d’entre eux.
Le cardinal Fridolin Ambongo est lui aussi montré au créneau au nom de l’Eglise catholique pour fustiger ce qu’il a qualifié de tâtonnement de la part des pouvoirs publics. Il a regretté avec raison qu’une telle mesure ne soit pas accompagnée de disposition d’urgence humanitaire en faveur des plus démunis auxquels il faut assurer l’approvisionnement en denrées alimentaires de première nécessité, en eau et en électricité.
Jean Claude Katende, président de l’Asadho a, pour sa part, estimé que « Gentiny Ngobila a décrédibilisé les efforts de toutes les autorités de lutter contre la pandémie. Il mérite une sanction exemplaire ».
On rappelle que la semaine dernière encore, le porte-parole du gouvernement Jolino Makelele déclarait qu’«il n’y aura pas de quarantaine à Kinshasa », en écho aux propos du professeur Jean-Jacques Muyembe qui avait estimé qu’il fallait « aussi tenir compte de l’aspect social ».
En effet, pour les Congolais qui vivent majoritairement dans l’informel sans épargne pour surmonter les moments difficiles, un jour sans ‘‘travailler’’ peut être fatal. Contradictions primature – hôtel de ville
Alors que du côté de l’autorité provinciale, cet ajournement est dicté par la flambée exagérée des prix des biens sur le marché et des menaces sécuritaires, la primature évoque les bousculades observées suite à l’annonce de la mesure, expliquant que l’intervention de l’Etat devait consister à un triple objectif: confiner, tester et traiter. Mais aussi que l’épicentre de l’épidémie se situant dans la commune de la Gombe, le confinement devait s’accompagner impérativement d’un dépistage sélectif. Conclusion : les décisions concernant le Covid-19 ne sont pas coordonnées dans la sphère publique, alors que la situation épidémiologique de la pandémie à Kinshasa, en Ituri et au Sud-Kivu fait état de 7 nouveaux cas testés positifs dans ce qu’il est convenu d’appeler l’arrière-pays.
JM

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