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KASAÏ : Kanku s’apitoie sur lui-même. Il ignore 639 écoles détruites et 35.000 enfants affectés

Sur la tragédie « Kamwina Nsapu » qui a ravagé les Kasaï, les statistiques, les unes aussi désolantes que les autres n’arrêtent pas de tomber. Les dernières en date, de loin moins fantaisistes que celles de politicailleurs comme Delly Sessanga, émanent de la Monusco. Elles ont été rendues publiques vendredi 3 mai dernier par le représentant du secrétaire général des Nations-Unies en RD Congo en personne. Maman Sidikou Sambo fait état d’au moins 639 écoles primaires et secondaires détruites ou attaquées par les terroristes Kamwina Nsapu dans les provinces du Kasai Central et du Kasai. Mais aussi, de 35.000 enfants affectés par les attaques, les occupations et les fermetures d’écoles dues aux menaces terroristes. Au moins 58 enfants ont été tués et 48 blessés, de même 500 autres ont été enrôlés par les miliciens égorgeurs traditionnalistes.
Il faut encore ajouter à ces chiffres une dizaine de préposés de la CENI assassinés, plus de cents policiers et militaires tués lors d’affrontements avec les terroristes étiquettés Kamwina Nsapu et une vingtaine de chefs coutumiers décapités par eux depuis début 2017, selon les chiffres de structures locales des droits de l’homme citées par la radio onusienne Okapi et ceux du commissariat général de la police nationale. Mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, rien, aucun remord, aucun appel à la retenue ou à la renonciation au terrorisme de la part d’acteurs politiques locaux ou originaires de la région dans une certaine opposition politique particulièrement. Même pas de la part de celui parmi eux qui a été pointé du doigt comme instigateur d’un mouvement qui se révèle, près d’un an après, suicidaire pour l’avenir des provinces kasaiennes : Clément Kanku Bukasa wa Tshibwabwa.
Des entretiens téléphoniques de l’élu de Dibaya Dibwe, le territoire dont relève Tshimbulu, la bourgade où est née la contestation armée Kamwina Nsapu au milieu de l’année dernière, attestent sa complicité avec les tueurs. L’homme fait l’objet d’enquêtes formelles des services du Procureur Général de la République et s’est déclaré, il y a quelques jours, « disposé à collaborer avec la justice pour que la vérité soit établie ». Avant de rétropédaler le week-end dernier et d’emboucher les trompettes du « complot politique », en s’apitoyant bruyamment sur son sort personnel. Les révélations du quotidien US The New York Times sur ses entretiens avec les terroristes ont jeté le discrédit sur lui-même et le mettent en insécurité, se plaint devant qui veut l’entendre ce fils d’un haut dignitaire du MPR/Parti-Etat du Maréchal Mobutu, Tshibwabwa Ashila Pashi. Qui semble ne pas prendre la mesure de l’insécurité et des tragédies causées par les terroristes qu’il a couvés sur des centaines de famille qui, elles, n’ont pas, comme lui, les moyens de se plaindre.
Dans les colonnes du quotidien belge La Libre Belgique, connu pour sa ligne éditoriale résolument anti kabiliste, Clément Kanku n’est pas loin de justifier l’injustifiable en accusant l’ancien vice-premier ministre rd congolais en charge de l’intérieur, Evariste Boshab de ne pas avoir accédé à la demande du chef milicien Jean-Pierre Pandi Kamwina Nsapu : «A ce jour, je suis persuadé que si le ministre de l’Intérieur de l’époque, M. Boshab, avait accédé à la demande du grand chef, les choses auraient évolué différemment. J’ai à plusieurs reprises prêché la paix, la réconciliation et une issue consensuelle à la crise entre le chef coutumier Kamuina Nsapu et Evariste Boshab mais je n’ai malheureusement pas été entendu», a-t-il martelé dans une sorte de chantage rétrospectif.
Pour Clément Kanku, il ne fallait pas toucher à un seul cheveu du chef tradi-praticien même si il s’était permis de constituer une milice armée privée à la tête de laquelle il avait affronté et tué une demi-douzaine des membres des forces de l’ordre : «Pourquoi avoir assassiné le grand chef Kamuina Nsapu ? (…) accuse-t-il alors qu’il est de notoriété publique que Kamwina Nsapu était tombé comme on dit « armes à la main » en combattant les éléments de la police nationale lancés à ses trousses. Il se trahit aussi : parce qu’il reste plausible que lui, Clément Kanku, et beaucoup d’autres de ses pairs, aient pris sur eux d’entretenir le mouvement pour faire porter le chapeau des crimes commis à leurs adversaires politiques locaux, à commencer par Boshab.
Les sources du Maximum au Kasai Central renseignent en effet qu’au départ, l’affaire Kamwina Nsapu est une contestation du pouvoir du gouverneur MP Alex Kande par une poignée de dignitaires du Kasai Central, dont Clément Kanku. C’est seulement par ricochet que la même contestation est dirigée contre le MP Evariste Boshab, accusé de soutenir Kande.
Manifestement, Clément Kanku tente de ramener le débat à ces règlements de compte politiques locaux pour occulter les implications judiciaires qui l’accablent.
J.N.

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