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KANYAMA, l’empêcheur de déstabiliser en rond

Les derniers événements à Kinshasa la capitale, les obsèques de la chanteuse Misamu Marie et le retour triomphal des Léopards champions du Chan 2016, sont loin d’avoir amélioré la côte de popularité du patron des services provinciaux de police, le Général Célestin Kanyama auprès des agitateurs de l’opposition et leurs mentors dans certaines chancelleries occidentales. Loin s’en faut. Ces sources reprochent au jeune Général ce qu’elles perçoivent comme une brutalité injustifiée, voire, de la méchanceté plus ou moins légendaire.
Aux obsèques de Marie Misamu, le 28 janvier 2016, Célestin Kanyama aurait prématurément mis fin aux funérailles organisées au Stade des Martyrs de la Pentecôte à Kinshasa, en emportant manu militari le corps de la défunte vers le cimetière du « Nécropole entre Ciel et Terre », non loin de N’Sele. Une inexcusable entorse aux usages funéraires, aux yeux de certains kinois habitués à d’interminables « noubas » à l’occasion de funérailles des célébrités.
Une dizaine de jours plus tard, lundi 8 février à l’occasion du retour des Léopards champions d’Afrique de Kigali, le numéro un de la police dans la capitale a court-circuité les « réjouissances populaires spontanées » des kinois en imposant une allure d’enfer au cortège de la délégation arrivée vers 11 heures à Kinshasa. La déception a, à cette occasion aussi, à la dimension des attentes de ceux qui entendaient en profiter pour se lancer dans une sorte de jacquerie politique sans lien apparent avec l’événement. Lundi 8 février, dès la sortie de l’aéroport international de Ndjili, une foule innombrable en liesse attendait les fauves. Témoignage d’un confrère de l’Afp, témoin de l’événement : « Aussi loin que portait le regard, on ne voyait que des kinois venus fêter les héros un second titre au CHAN ». Le spectacle fut le même tout le long du parcours qu’était sensée emprunter la délégation. La déception aussi.
Jusqu’au soir du même lundi 8 février, lorsque le ministre des sports et loisirs, Denis Kambay, annonce sur les antennes de la chaîne de télévision publique que les Léopards sillonneront la ville de Kinshasa mercredi 10 février avant de présenter le trophée conquis en terre rwandaise au public du Stade des Martyrs de la Pentecôte. Après que le Chef de l’Etat les eût décorés mardi 9 dans la journée. Les deux événements se sont déroulés comme prévus : mardi, la délégation a été reçue au Palais de la Nation où en plus des médailles de mérite, elle a reçu un don en véhicules du Président de la République. Mercredi, un show musical été organisé au Stade des Martyrs en présence d’un public venu nombreux fêter ses héros. Rideaux.
Misamu, les Ndjilois attendaient « leur » corps au Quartier1
Les motivations qui fondent le comportement du Général Kanyama ne sont pas toujours interrogées et avec elles, les missions dont est chargé le responsable n° 1 de la sécurité dans une mégapole de près de 10 millions d’habitants. Sans être dans les secrets des dieux, on peut aisément imaginer que le Général est chargé de veiller sur la sécurité des hommes et de leurs biens dans la ville de Kinshasa. Rien que de ce point de vue, il y a lieu de reconnaître que 24 heures d’obsèques dans un espace aussi vaste que les entours du Stade des Martyrs ne furent pas de tout repos. Il y eût, en effet, toutes sortes d’activités autour des obsèques : petits commerces licites et illicites, activités perverses, etc. se sont développés en l’espace d’un jour et d’une nuit sur les lieux du deuil, exposant le public à de nombreux désagréments. Non loin du Stade des Martyrs, sur avenue des Huileries à Lingwala, un vendeur de cartes sim a rapporté au Maximum que la semaine qui a suivi le deuil, le nombre de demandes de sim blanche a été multiplié par dizaines. Comme pour dire que les obsèques avaient occasionné des larcins et des vols de téléphones cellulaires. Il y a sans doute eu pire que cela dans la nuit du 27 au 28 janvier dernier au Stade des Martyrs. Certains observateurs interrogés par Le Maximum estiment que face à une telle situation, écourter la présence d’une foule de moins en moins maîtrisable est une des solutions pour limiter les dégâts.
Mais il y avait pire, selon des informations obtenues de sources indépendantes. Des témoins rapportent que le 28 janvier dans la matinée, une foule de jeunes de Ndjili, le quartier de résidence de Marie Misamu, attendait le cortège sur le boulevard du Lumumba à la hauteur du Quartier 1 Eucalyptus, armés de pierres. Ils tenaient, selon des usages funéraires admis à Kinshasa, à récupérer « de droit » le corps de leur « sœur » pour aller le pleurer à leur aise chez eux jusqu’à paiement par on sait qui d’une sorte de redevance sonnante et trébuchante pour « apaiser leur douleur ». Une escroquerie au vrai sens du mot. Qu’elle soit vraie ou fausse, une telle alerte peut expliquer que Kanyama ait décidé de prendre le linceul sur ses épaules pour l’emmener sans encombre à sa dernière demeure. C’est dans les usages funéraires aussi.
Coupe du Chan, le trophée qui a failli embraser Kinshasa
Au retour de la délégation des Léopards de Kigali, quelques heures après leur victoire éclatante sur les Aigles du Mali au Stade Amahoro de Kigali, la joie et l’émotion étaient au zénith parmi les millions de supporters rd congolais. A Kinshasa, spontanément, des foules ont afflué depuis les petites heures du jour vers le boulevard Lumumba, l’artère principale qui mène de l’aéroport de Ndjili au centre-ville de Kinshasa. Tous voulaient voir le trophée, les héros, et les accompagner aussi loin que possible le long de leur parcours, pour communier avec eux : automobilistes, motocyclistes, piétons. Des mesures particulières de sécurité étaient donc requises pour canaliser ces flux pour éviter piétinement, blessures, morts, et autres.
Des débordements, ou ce qu’on peut considérer comme tel, n’ont pas fait défaut. Le long du parcours de la délégation des Léopards, des casses ont été enregistrés bien avant Kingasani. A la hauteur du quartier Mikondo, la voiture d’un confrère, qui avait le malheur d’afficher un laissez-passer RTNC, a été lapidée et pillée pour ce simple motif. C’est suffisant pour en conclure que tout le monde n’attendait pas les Léopards pour les mêmes objectifs. Des informations de source sécuritaire qui ont circulé ont fait état de menaces autour du retour de l’équipe nationale à Kinshasa. Si le train d’enfer imposé par le Général Kanyama est dû à ce type d’alerte, on ne peut logiquement le reprocher à un officier de police qui est payé pour qu’il n’y ait pas casses et morts d’hommes. Et il n’y en a pas eus. Ici comme ailleurs, la fin justifie les moyens, comme on dit. Qu’on le veuille ou non, le Général a su tirer son épingle du jeu.
J.N.

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