Politique

JOURNEE MONDIALE DE L’AFRIQUE : Repenser l’Union Africaine

À l’occasion des célébrations chaque année le 25 mai de la journée internationale de l’Afrique, la ministre des Affaires étrangères, Marie Tumba Nzeza, a appelé lundi à l’engagement de la jeunesse, de la femme africaine en général et des Congolais en particulier pour agir avec détermination aux côtés, et avec les dirigeants du pays, en vue d’en finir avec les conflits qui sévissent sur le continent africain, afin de donner une chance à la paix et au développement intégral. Elle a appelé les uns et les autres à s’engager pour faire advenir au sein des populations les transformations sociales et mentales nécessaires en vue d’enclencher et de promouvoir la croissance et le développement durable. Selon elle, la RDC s’associe avec sincérité aux côtés de tous les États de la région des Grands Lacs en particulier, et du continent en général, pour la consolidation de la paix, en vue de sortir les peuples africains de la pauvreté et de l’exploitation entretenues grâce aux conflits armés.
De la vocation de l’Union africaine
A l’heure où l’Union africaine dépend des financements européens et américains avec leurs corollaires sur la politique interne du continent, ne disposant pas assez de moyens logistiques de déploiement pour des missions de rétablissement de la paix, nombreux sont les observateurs congolais qui regrettent que l’organisation panafricaine perde son autonomie et craignent qu’elle ne devienne qu’une caisse de résonnance des puissances occidentales. Il sied de rappeler la vocation première de l’UA qui se résume en la recherche de l’unité et la solidarité des pays africains, la défense de l’intégrité et de la souveraineté des pays membres, l’accélération de l’intégration politique et socioéconomique du continent, la recherche scientifique et technologique, la promotion intercontinentale des opportunités africaines ainsi que l’harmonisation et la coordination des politiques économiques régionales. Autres principes de la Constitution de l’organisation continentale: le respect des frontières, le règlement pacifique des conflits et la condamnation des changements anticonstitutionnels. S’agissant de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, la RDC est à ce jour occupée par son voisin zambien dans une partie de sa province du Tanganyika sans que l’UA ne s’en émeuve outre mesure. Héritier Ekoto Isase, analyste politique indépendant fait remarquer à ce propos que «d’entrée de jeu, deux activités sont au cœur des relations internationales : la paix se rapportant à l’irenologie et la guerre à la polémologie. Ces relations de puissance (rapports de force) oscillent entre conflictualité et coopération au point de faire de cet univers sui generis le terrain de prédilection de l’application des paradigmes qui confèrent la suprématie aux compétiteurs. Il va sans dire que le monde des relations internationales , loin de ressembler au monde des dinausores, est celui où chaque État s’affirme soit par la puissance dure (hard power), soit par la puissance douce (soft power). Au regard de ce tableau qui fait du monde des Etats celui des interactions où les notions de pitié, d’amour et de pardon n’ont pas réellement droit de cité, il est important, pour la survie de l’État de bâtir deux éléments essentiels :
1. une armée forte et dissuasive, à même de faire respecter les frontières nationales;
2 . une diplomatie intelligente au service du développement. Deux personnages représentent les éléments ainsi définis : le soldat , défenseur de la patrie et le diplomate, pourvoyeur de la paix par les voies de la négociation.
En définitive, si la RDC veut s’octroyer un statut honorable dans le concert des nations respectables, elle doit s’activer à imaginer les deux paradigmes susmentionnés pour jouer véritablement son rôle de locomotive de la nouvelle Afrique selon le rêve de Patrice Emery Lumumba . Sans cela, les Congolais n’auront que leurs mouchoirs pour pleurer à chaque incursion étrangère en se contentant d’une place négligeable sur la géopolitique mondiale.
Les pouvoirs publics sont avertis : il ne sert à rien de construire un mur de lamentations pour dénoncer les agresseurs. Il n’y a point de pitié pour les faibles dans ce monde-là».
Un autre analyste fait observer qu’on continue à tuer à Beni sous l’œil impuissant de l’UA et des autorités de la RDC issues des élections générales de 2018. Pourtant, la paix à Beni était l’une des promesses phares de campagne électorale du président de la République avec en sus, l’installation dans l’Est, de l’État major des FARDC. La province de l’Ituri aussi connaît une crise indicible avec des centaines de morts. Les intrusions d’armées étrangères se multiplient à l’Est, au Nord et au Sud du pays. Le taux du dollar américain que l’on a continué à ériger inconsidérément en monnaie de référence ne fait que grimper à une vitesse vertigineuse rendant infernale la vie quotidienne des Congolais désabusés et désarçonnés. 16 mois après l’avènement au pouvoir de Fatshi, d’aucuns se demandent ce qu’est devenu son généreux programme de société d’août 2018 intitulé «Vaincre la pauvreté». De ce programme se dégageaient trois chiffres clés qui restent à ce jour des indicateurs à suivre avec attention : (a) Mobiliser 86,71 milliards USD de ressources budgétaires, (b) augmenter le revenu moyen du congolais à 4.288 USD et (c) générer une croissance économique forte de 25% par an en moyenne. Même si la Covid-19 sera sûrement un prétexte, il est grand temps de se remettre à poser des solides fondations pour les actions à venir. Faute de quoi, ce premier quinquennat sera un échec. Il est temps de capitaliser chaque potentiel, d’arrêter d’être complaisant et de refonder toute la gestion publique du nouveau pouvoir. Il s’agit de réduire le coût trop élevé du train de vie des institutions à Kinshasa, d’assurer une amélioration significative du climat des affaires, de favoriser les partenariats public-privé (PPP), de rétablir un véritable État de droit qui est aux antipodes de la dictature des juges, des arrestations arbitraires et de la politique spectacle et enfin de relancer l’économie nationale post Covid-19.
Le véritable changement dans la gouvernance d’un pays peut se ressentir en moins d’une année comme ce fut le cas lors de l’avènement au pouvoir de Laurent Désiré Kabila en 1997.
Fatshi à la tête de l’Union africaine
Le président de la République, Félix Tshisekedi va occuper la présidence tournante de l’UA en 2021 pour apporter la contribution du pays non seulement à la réalisation des idées prônées par les Pères fondateurs de cette organisation commune, mais également au respect des principes pour lesquels ont combattu les grandes figures panafricanistes parmi lesquelles le Congolais Patrice-Emery Lumumba. C’est un défi énorme pour la RDC. Joseph Kasavubu, premier président de la RDC et Patrice-Emery Lumumba, le tout premier premier de la RDC qui participèrent le 15 avril 1958 à la 1ère conférence panafricaine d’Accra au Ghana sous l’égide de l’alors premier ministre ghanéen, Kwame Nkurumah auraient souhaité que l’Afrique se libère du joug des impérialistes et définisse elle-même ses priorités pour le développement.
Union africaine et influences impérialistes
Les découvertes scientifiques et techniques du 19e siècle ont conduit au développement des industries dans toute l’Europe. C’est poussés par le goût de l’aventure et des débouchés commerciaux que les Européens s’étaient lancés à la conquête de nouveaux territoires et ont donné naissance à l’impérialisme dans sa forme actuelle. C’est une doctrine qui préconise la domination des Etats les plus forts sur les entités plus faibles aux plans politiques, économiques et militaires.
Beaucoup d’arguments ont été utilisés par l’Europe pour justifier son interventionnisme débridé à coup de financements de l’UA. Ils rappellent à tout prendre les multiples justifications de la traite négrière et de la colonisation : arguments scientifiques, religieux, moraux, économiques, humanitaires, etc. bref une théorisation triviale permettant de dissimuler la volonté inavouée de vivre sur le dos de l’Afrique. C’est ce qui faisait dire déjà en 1923 à Albert Sarrau que «la colonisation à ses origines n’est qu’une entreprise d’intérêt personnel, unilatéral, égoïste, accomplie par le plus fort sur les plus faibles».
Avant 1880, Les Européens disposaient pour l’essentiel d’implantations côtières. La France se réservait une partie du Maghreb, et en Afrique occidentale, le Sénégal. L’Angleterre possédait la colonie du Cap, la Côte d’Or, des compagnies commerciales en constituaient la base. Toutefois, de 1870 à 1880, l’exploration de l’Afrique progresse : on venait d’y découvrir des richesses intéressantes (or, diamants d’Afrique du Sud, cuivre de Rhodésie et de la RDC, caoutchouc et ivoire de la RDC).
De nos jours, c’est paradoxalement avec le soutien diplomatique de certains Etats membres de l’UA que les guerres et les balkanisations destinées à pérenniser cette forme d’exploitation ont lieu.
Sous-traitance impérialiste des pays voisins
Comme chaque année, un groupe d’experts mandaté par l’ONU pour la RDC rédige un rapport pour le conseil de sécurité sur la situation sécuritaire du pays mais aussi de la région. Pour cette année, le rapport épingle de façon particulière le régime au pouvoir au Rwanda pour avoir envoyé des troupes en territoire congolais, et y avoir perpétré des exactions contre des réfugiés rwandais hutu et des populations civiles locales.
Depuis un mois et demi, des associations congolaises alertent l’opinion sur la présence de ces troupes rwandaises dans le pays. Le bilan de leurs exactions s’élèverait à une centaine de civils tués, des maisons brulées ainsi que des viols.
La procédure habituellement suivie pour la remise dans ce type de rapport exige que le rapport soit d’abord envoyé au pays concerné afin que celui-ci soit mis au courant des allégations avant sa sortie officielle et d’éventuelles sanctions proposées au conseil de sécurité. Actuellement, la présidence de ce comité est aux mains de l’Estonie.
Le Rwanda a donc bien reçu ce rapport fin mars. La sortie d’un tel rapport marque la fin de l’idyle de certaines grandes puissances occidentales avec le regime du général Paul Kagame. On l’a constaté à travers l’attitude tendue et défensive du président rwandais lors de sa conférence de presse en visioconférence le 27 avril dernier lorsqu’il a véhémentement nié la présence de ses troupes sur le sol congolais, et pointé du doigt le Burundi voisin. Manifestement pressé par la sortie imminente de ce rapport et la perspective d’éventuelles sanctions, le n° 1 rwandais aurait intensifié l’envoi des troupes et matériels militaires en territoire rd congolais. On parle de plus de 8.000 hommes dont la traversée de la frontière aurait été facilitée par certains complices en RDC.
L’objectif de cette énième incursion est d’en finir avec les réfugiés rwandais vivant à l’Est mais surtout de s’attaquer aux FDLR. L’opération qui a duré trois semaines avec d’intenses combats s’est soldée par le retrait des Rwandan Defence Forces de certaines zones à la suite de lourdes pertes en leur sein. C’est dans le cadre de ces opérations qu’auraient été assassinés les gardes Parc ICCN des Virunga. Considéré comme responsable de cette débâcle, le général Patrick Nyamvumba, ministre de la sécurité intérieur et ancien chef d’état-major général a été limogé et incarcéré avec d’autres hauts gradés pour tentative de coup d’Etat.
Le 16 avril dernier, Paul Kagame a eu un entretien par visioconférence avec Kersti Kaljulaid, la présidente de la République d’Estonie . Officiellement sur les voies et moyens de contrer la pandémie de la Covid-19. Mais des sources autorisées estiment que c’est la sortie prochaine du rapport qui a été au centre des discussions. En effet l’Estonie préside pour un mois le conseil de sécurité. Par ce lobbying, l’homme fort de Kigali essaie d’échapper aux sanctions proposées par les auteurs du rapport.
Il est clair qu’une fois de plus, il y a une tentative de vouloir étouffer l’affaire et de dédouaner une armée rwandaise connue pour sa propension à occuper et exploiter la partie orientale de la RDC. Il ne reste plus qu’à espérer que cette fois-ci la communauté Internationale en commençant par l’UA aura le courage de regarder la réalité en face pour mettre les dirigeants rwandais face à leurs responsabilités et éviter que la région ne sombre encore plus dans le chaos.
AM

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