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INVESTITURE SUBITE : Sama Lukonde à l’épreuve

La liturgie parlementaire a été écourtée lundi 26 avril 2021. Alors que le nouveau chef du gouvernement venait de présenter son programme, il a été agréablement surpris par une investiture subite de son équipe après une motion du PPRD/opposition Lucain Kasongo. L’élu kabiliste du grand Katanga estimait que les problèmes sur lesquels le nouveau gouvernement devrait s’appesantir étant connus, on pouvait faire l’économie de la procédure de questions – réponses en passant à l’essentiel. Sa motion a reçue à l’unanimité par la plénière qui a délivré ainsi une sorte de blanc seing aux «warriors» venus solliciter les coudées franches dans la guerre contre l’insécurité à l’Est, la faim, l’entretien des routes, l’analphabétisation, le chômage, etc.
Le gouvernement Sama Lukonde a aligné 343 actions prioritaires évaluées à 36 milliards USD. «Impossible n’est pas Congolais», a lancé le nouveau 1er ministre pour calmer les ardeurs des pessimistes qui parient sur l’inadéquation entre les objectifs à atteindre et les moyens disponibles.
C’est donc vers un chef de gouvernement en mission impossible que tous les regards sont désormais tournés pour voir le miracle qui sauvera la première mandature de Félix Tshisekedi dont le parcours a été semé jusqu’ici de plusieurs embûches.
Le plus dur commence
Le temps n’étant pas le meilleur allié du nouveau gouvernement, sans confondre vitesse et précipitation, Sama Lukonde devra exiger à ses troupes l’efficacité et la célérité. Les ministres devront pour leur part rapidement identifier les dossiers prioritaires et les réformes à faire avancer. Pour cela, le nouveau locataire de l’hôtel du gouvernement ne doit pas perdre du temps à élaborer un nouveau décret portant organisation de son cabinet au risque de gaspiller un trimestre au moins à travailler avec des collaborateurs flottants sans titre ni qualité. Il en est de même pour les ministres dont tout le monde attend des prouesses. Le mieux serait que l’un et les autres prennent en compte les décrets en vigueur portant organisation du cabinet du premier ministre et des cabinets ministériels plutôt que de vouloir réinventer la roue.
Pour leur part, les membres du gouvernement dont 80% en sont à leur première expérience doivent eux aussi s’appuyer sur l’expertise de leurs administrations respectives et se donner le temps de maîtriser les dossiers. Ils vont apprendre à leurs dépens qu’être ministre est plus une exigence qu’un privilège. Sans forcément être expert en matière de son affectation, le ministre est censé donner l’impulsion décisionnelle sur base d’une compréhension équivalente, voire supérieure aux fonctionnaires ayant achevé le cursus honorum de leurs administrations. Cela implique une capacité d’adaptation supérieure à la normale, ou du moins un effort constant pour se mettre à niveau en un temps record.
Les ministres n’auront aucun répit pour se consacrer à des distractions rituelles, comme les audiences destinées à écouter les doléances des membres de familles ou de leurs partis. Ils devront se concentrer sur l’étude des dossiers pour arrimer leurs départements sur les assignations du programme du gouvernement.
Le salut dans les réformes
Dans le même ordre d’idées, le ton de réformes attendues se doit d’être rapidement donné. Qu’il s’agisse des élections, de la loi Lokondo, du débat sur la double nationalité ou impliquant la réduction du train de vie de l’Etat, la commission des lois du gouvernement doit rapidement fixer le cap.
Personne n’est dupe sur les promesses faites dans le programme du gouvernement qui ne servent en réalité qu’à indiquer le degré de la volonté innovatrice incarnée par le nouveau gouvernement. Si Sama Lukonde ne peut logiquement pas réaliser toutes les 343 promesses faites pour des raisons évidentes, rien ne peut expliquer qu’il rate les réformes qui ne procèdent que de la persuasion de 609 Congolais siègeant dans les deux chambres du parlement. Les vacances parlementaires étant équivalentes aux six mois de session parlementaire, le 1er ministre doit se focaliser sur la mise au diapason de l’exécutif avec un parlement dont la multipolarité a aggravé l’imprévisibilité. Tout en maintenant un équilibre macro-économique propice à la préservation des acquis sociaux, Sama Lukonde a intérêt à faire des réformes son principal cheval de bataille.
JBD

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