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INTERFERENCES ETRANGERES SUR LE PROCESSUS ELECTORAL EN RDC : Fatshi a-t-il fléchi ?

On saura dans les jours qui viennent celui qui, en dehors de Ronsard Malonda, choix d’une majorité de confessions religieuses sera pressenti à la tête de la CENI sans provoquer l’ire des lobbyistes étrangers qui en RDC sont comme des poissons dans l’eau, ironise t-on à Kinshasa. La victoire des extrêmes dans les églises, censées être au milieu du village, ne présage rien de bon dans ce qui apparaît comme une remise de compteur à zéro à ce sujet.
C’est une des tactiques des ingérences étrangères, notamment de la Belgique et des USA qui poussent ces extrêmes à brader ainsi un attribut de la souveraineté de la RDC en n’acceptant à la tête de la centrale électorale qu’un pion imposé par l’impérialisme. Cette reculade de la démocratie n’est pas sans rappeler la perte de repères par les élites congolaises actuelles toutes tendances confondues. En effet, devant les deux chambres du parlement réunies en congrès le 19 juillet 2018, Joseph Kabila avait, dans un discours-bilan de ses 17 ans de pouvoir, rejeté l’ingérence extérieure dans le processus électoral. Et le point culminant de cette autodétermination assumée du destin du pays aura été les élections présidentielle et législatives de 2018. «La RDC n’a jamais donné de leçons à personne et n’est nullement disposée à en recevoir, surtout pas de la part de ceux qui ont assassiné la démocratie dans ce pays. Ce ne sont ni les accusations gratuites et infondées, ni les pressions et menaces inconsidérées, des sanctions arbitraires et injustes qui nous détourneront de la voie que nous nous sommes tracées nous mêmes, volontairement et librement[…] Il s’agit pour nous d’abord d’honorer notre lutte», avait martellé Joseph Kabila dans son discours avant d’insister sur le fait que les élections en RDC seraient désormais financées sur fonds propres du pays.
La problématique du consensus sur le processus électoral en RDC a été au centre de l’audience que le nouveau président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo a accordée mardi à une délégation de 13 personnalités issues de la société civile, de l’opposition et de la majorité ayant signé l’appel du 11 juillet dernier en rapport avec le processus électoral. Le député national, Delly Sessanga, porte-parole de la délégation, a déclaré à la presse au sortir de l’audience, qu’ils avaient soumis au chef de l’État la primeur de leurs démarches en rapport avec un éventuel consensus sur le processus électoral en RDC. Celles-ci consistaient selon l’élu de Luiza, à rapprocher les points de vue des uns et des autres autour de la problématique des élections et non de rechercher un dialogue pour le partage du pouvoir du genre Sun City. Il a précisé que l’initiative avait uniquement trait aux questions électorales. Il s’agit donc théoriquement d’une approche au-delà des clivages politiques à la recherche des solutions pour le pays et qui s’inscrit dans la dynamique des institutions. Toutefois, d’aucuns estiment qu’en réalité le député Sessanga et ses amis font le lit d’un nouveau processus de désignation du président de la CENI dicté par des interférences étrangères relayées par le cardinal Fridolin Ambongo de l’Eglise catholique romaine dont les accointances avec la haute finance occidentale sont un secret de polichinelle.
On sait qu’une influence étrangère sur une élection n’a toujours comme but que de favoriser la victoire d’un camp favorable à son auteur, les Etats n’ayant que des intérêts et pas d’amis. Les interférences peuvent aussi décrédibiliser un processus électoral qui cesse ainsi d’être démocratique car ne refléttant plus la volonté souveraine du peuple concerné. Elles prennent plusieurs formes qui vont de la destruction de la confiance du public dans le processus électoral aux attaques informatiques contre les infrastructures et la logistique électorale en passant par des rumeurs de fraude répandues aux quatre vents, lesquelles créent un sentiment d’«à quoi bon» chez les citoyens-électeurs. On peut ainsi à partir de l’extérieur, dissuader les citoyens d’aller voter ou les intimider en suscitant dans le pays des pulsions de violence extrémistes. Ou encore injecter dans le débat électoral des opinions et positions qui n’y feraient pas leur entrée sinon. A ce niveau, les nouvelles technologies de l’information et de la communication jouent un rôle déterminant puisqu’elles rendent tout tellement facile : cyberattaques contre les partis politiques, fausses informations, publicités agressives ciblant une audience vulnérable et peu avertie etc. Dieu seul sait combien l’actuelle hiérarchie de l’Eglise catholique a joué ce rôle avant et après l’élection présidentielle de 2018 en RDC en participant notamment au blanchiment de fausses informations pour décrédibiliser des informations vraies, en instrumentalisant divers sites et réseaux sociaux. Cette façon de jouer avec les émotions en mettant en avant des événements impliquant diverses couches de la population est simplement cynique.
Les ennemis de la démocratie au Congo surfent également sur la technique dite d’inondation qui consiste à créer une confusion extrême entre des informations souvent contradictoires et celle de la polarisation par laquelle le manipulateur soutient des positions extrêmes dans le débat électoral, peu importe lequel, le but étant d’aboutir à un résultat susceptible de bloquer par la suite la vie politique. Corneille Nangaa qui a introduit la machine à voter imaginée par l’abbé Apollinaire Malu-Malu d’heureuse mémoire en sait quelque chose.
Ce qui rend complexe la détection de ces interférences étrangères sur les élections en RDC, c’est la difficulté à les distinguer correctement dans le message délivré, des opinions démocratiquement diffusées dans le cadre du débat national. Elles peuvent en effet être de même nature.
Tous les partis, tous les candidats à une élection veulent aussi influencer les électeurs. C’est leur droit légitime. Le moyen le plus commun pour détecter une influence étrangère, c’est de suivre les flux financiers qui accompagnent leurs efforts pour ce faire, comme le paiement de telle ou telle campagne publicitaire, sur les médias sociaux. L’actuel chef de l’État congolais Félix Tshisekedi en a fait l’expérience à ses dépens lorsque des confessions religieuses de la RDC refusèrent toute implication dans la gestion des fonds publics que son gouvernement affectait à la riposte contre la Covid-19 tout en acceptant paradoxalement de gérer une cagnotte offerte par l’Union européenne dans le même objectif.
Plus douteux est la propension de l’Eglise catholique romaine à faire de l’ingérence étrangère un véritable argument de campagne. Du jamais vu dans l’histoire des nations libres !
Plus que jamais les Congolais ont intérêt à accroître leur capacité de résilience afin que les interférences étrangères, lorsqu’elles se produisent, n’aient aucun impact sur le devenir de la nation. Ceux qui négligent les risques encourus par leur pays du fait de ces interférences et attendent qu’elles aient lieu pour se lamenter ont tort. Le fatalisme à cet égard est simplement suicidaire.
Les interférences électorales doivent faire partie du débat public.

Il faut inclure dans cette détection bien plus que le gouvernement dont on dira toujours qu’il a un parti pris : journalistes, réseaux de citoyens, académiques, organisations non gouvernementales etc. Il faut surtout s’y prendre longtemps avant les élections et pas à la dernière minute car cela donne un vague sentiment de complot. Les pays doivent coopérer entre eux. On sait, en RDC, que c’est l’occident qui est derrière toutes les ingérences dans les élections nationales : réagir de manière dispersée contre un ennemi commun qui a un seul objectif est inefficace.
Après l’échec de leurs candidats à la présidence de la CENI, l’Eglise catholique et dans une moindre mesure celle protestante semblent avoir fait fléchir le chef de l’État en ce qui concerne le choix de Malonda par qui de droit comme président de la CENI. Du coup, les réformes électorales à mener avant les scrutins de 2023 sont miraculeusement redevenues une priorité pour la Cenco qui les aurait balayées du revers de la main si son poulain avait eu les faveurs de la majorité des confessions religieuses. Reçu par Jean Marc Kabund, le coordonnateur de la plateforme du président de la République, Cap pour le Changement (CACH), l’abbé Nshole est allé à Canosa pour aborder les questions relatives à la révision de la loi électorale ainsi que de la loi organique portant organisation et fonctionnement de la CENI. «Je suis dans mon rôle de secrétaire général (de la CENCO ndlr), pour savoir ce qu’il (Jean-Marc Kabund) pense des réformes de la CENI, de la loi électorale parce que ce sont des questions que nous estimons importantes et on ne peut y arriver si nous ne parlons pas avec les politiques », a-t-il expliqué sans se gêner.
S’agissant de l’entérinement de Ronsard Malonda à la tête de la centrale électorale, le secrétaire général de la CENCO a souligné que cette question appartenait désormais au passé et qu’il n’était donc plus utile d’en parler. Un langage plus proche d’un satrape fasciste que l’on attend pas de la part d’un pasteur.
A.M

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