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IL AVAIT DEJA UN PIED AU CACH : Pas modeste, Bahati !

Tireur au flanc devant l’Eternel, le frondeur FCC mijote son coup depuis 2015
Ça y est. Cette fois, l’AFDC & Alliés Modeste Bahati Lukwebo joue son va tout. Il sera le speaker du Sénat ou quittera la famille politique de Joseph Kabila, le Front Commun pour le Congo (FCC). Mercredi 3 juillet 2019, le président de la plateforme AFDC & Alliés s’est fait désigner par ce regroupement candidat au perchoir de la chambre haute du parlement à l’issue d’une ‘‘conférence des présidents des partis politiques élargie aux élus’’ de la plateforme bâtie autour de son parti. L’événement a eu lieu presque simultanément avec la réunion des chefs de regroupements de la méga plateforme FCC à laquelle appartient pourtant l’AFDC & Alliés qui a formellement entériné le choix porté par Joseph Kabila sur le juriste Alexis Thambwe Mwamba pour diriger le même bureau du Sénat. Rien à dire, c’est un choc frontal autour de cette fonction cruciale en RDC, notamment parce que le président du Sénat est le dauphin putatif du président de la République, en cas d’empêchement définitif de ce dernier selon la constitution en vigueur. Modeste Bahati Lukwebo, un professeur d’économie originaire du Sud Kivu qui a longtemps tissé sa toile autour d’organisations de la société civile voit donc très grand, désormais, et s’estime à même d’affronter Joseph Kabila.
Dénégations pour la forme
Certes, à l’AFDC & Alliés on se défendait encore de vouloir torpiller la volonté de l’autorité morale du FCC, mercredi 3 juillet courant. Mais c’est sans doute pour la forme car Bahati, prenant à rebrousse-poil la cooptation de Thambwe Mwamba décidée par Kabila et accueillie par une standing ovation par tous les sociétaires du FCC justifie sa candidature hardie par le souci «d’éviter au FCC les erreurs de casting de la présidentielle de décembre dernier, marquées par la défaite du candidat kabiliste, Emmanuel Ramazani Shadary». C’est déjà assez osé de reprocher au tout puissant leader du Front Commun des « erreurs de casting ». «Parce qu’il n’est pas exclu que convaincu que le bien-être du pays passait par une alliance avec l’opposition radicale, l’ancien président ait décidé d’avancer un pion sacrifié à l’avance pour atteindre son objectif», confie au Maximum une tête couronnée du FCC qui a requis l’anonymat. « Si l’objectif poursuivi par Joseph Kabila consistait à préserver la paix intérieure, il l’aura atteint et on ne peut le lui reprocher», poursuit-il. Cela, Bahati et les siens, tout à leurs ambitions petites bourgeoises, ne semblent pas s’en être aperçus. «C’est la démocratie. J’ai confiance que les sénateurs sont des gens mûrs, qu’ils soient du PPRD ou d’autres regroupements, ils comprendront que ma démarche c’est pour sauver notre famille politique, le FCC, pour lui éviter un échec comme celui que nous venions de connaître à la présidentielle. Ce sont ces mauvais choix qui font que nous échouions », soutient l’ancien ministre d’Etat à l’économie. Qui se présente ainsi, désormais, comme celui par qui viendra le salut de la méga plateforme mise sur pied par … Joseph Kabila. En somme, Bahati ne se contente pas de déplorer des « erreurs de casting », il prend en charge l’avenir du FCC. Ou son implosion.
Arguments démobilisateurs
Parce que « les arguments avancés par Bahati indiquent que l’unité et la cohésion de la plateforme ne sont pas sa priorité », explique au Maximum cet autre cadre du FCC. « Ce sont les mêmes récriminations qu’il ressasse depuis des années et le font passer dans la famille comme un électron libre dont on se méfie », assure-t-il non sans pertinence. «Nous sommes le deuxième regroupement du FCC avec 13 élus (sur 108)», chiffrait déjà Bahati il y a quelques mois. Le professeur d’économie réduit ainsi les rapports de force au sein de sa famille politique à une simple arithmétique qui ne ménage guère ses alliés. Mais ménager, conforter l’unité du groupe ne semble pas faire partie de ses préoccupations du moment. 4 jours auparavant, le 29 juin dernier, la plateforme de Bahati avait présenté 3 candidats au perchoir du Sénat : Célestin Vunabandi, Mike Mosisi et Bahati Lukwebo lui-même, arguant du fait que la charte du FCC exigeait des partis et regroupements politiques de présenter leurs ambitions à l’interne. En allant jusqu’à se poser dans les médias en challenger du candidat officiel de la plateforme kabiliste, l’ancien ministre d’Etat a allègrement dépassé le cap de l’expression à l’interne, ainsi que s’y attendaient nombre d’observateurs.
Politique arithmétique
Dans une correspondance adressée lundi 28 janvier au coordonnateur du FCC, l’AFDC & Alliés proposait déjà une clé de répartition des postes de responsabilité. « Considérant le nombre d’élus nationaux autant que celui d’élus provinciaux, le PPRD et tous les partis qui lui sont associés détiennent 33%, contre 67% pour les autres alliés du FCC, dont l’AFDC-A. Selon ces calculs, ces taux se traduisent par 117 députés nationaux et 156 députés provinciaux pour le PPRD. Les autres alliés au sein du FCC parmi lesquels son AFDC-A, détiennent 218 députés nationaux et 339 provinciaux ». Ainsi donc, engageant les autres sociétaires sans en avoir reçu mandat, il dénonçait, s’appuyant sur une règle ‘‘proportionnelle’’, le fait que «le PPRD et sa mosaïque de partis politiques accaparent 8 provinces et n’en laissent que 16 à ses alliés du FCC». Les récriminations qui fondent les ambitions au perchoir du Sénat baignent donc sans surprise dans les mêmes anathèmes divisionnistes.
Seulement, le challenger du candidat officiel du FCC au perchoir ne peut compter que sur quelques 13 élus au maximum. Sur les 96 qui restent, 42 sont du PPRD, 32 autres des partis membres du FCC, 3 du CACH, les indépendants non alignés et l’opposition Lamuka ayant chacun 10 membres.
Au maximum seulement 20 sénateurs
En principe, Modeste Bahati a besoin de 55 voix pour être élu président du Sénat. L’homme qui assure que les sénateurs « sont des gens mûrs, qu’ils soient du PPRD ou d’autres regroupements, ils comprendront que ma démarche c’est pour sauver notre famille politique», compte sans doute sur la désobéissance aux mots d’ordre des partis et regroupements politiques, qui a déjà laissé ses marques dans les travées de la chambre haute du parlement dans un passé récent. « Bahati ne peut pas se hasarder aussi loin sans avoir pris ses précautions. En s’alliant notamment les élus de la plateforme pilotée par l’actuel président de la République, Félix Tshisekedi, et son directeur de cabinet, Vital Kamerhe. Un deal qui lui a déjà réussi lorsqu’il a placé un des siens au gouvernorat du Sud-Kivu en s’alliant avec Vital Kamerhe, un autre leader de cette province», souffle un sénateur interrogé mercredi à Kinshasa.
Coup d’éclat
Mais à eux seuls les trois élus CACH ne pèsent pas lourd dans l’élection au perchoir du Sénat, et Bahati doit compter sur des traitrises au sein du FCC. A cela aussi, les observateurs estiment que l’homme s’est préparé depuis de longues années à poignarder dans le dos la famille politique du président de la République honoraire. Modeste Bahati, rappelle-t-on, comptait déjà parmi les frondeurs de la défunte majorité présidentielle qui avaient fait défection dans la suite de Moïse Katumbi, en septembre 2015. C’est de justesse que ce signataire de la correspondance adressée à Joseph Kabila pour lui reprocher « la confusion autour des prochaines élections » (en fait pour lui reprocher de ne pas désigner Katumbi dauphin à sa succession !) n’a pas été compté parmi les 7 leaders qui ont créé le G7. Par la suite, Modeste Bahati n’a eu de cesse de faire chanter littéralement sa famille politique, exigeant toujours plus que ce qui lui était proposé. Néanmoins, c’est au dernier trimestre 2018, à l’approche de la présidentielle que l’étendue des ambitions politiques de l’alors ministre d’Etat au plan est apparue au grand jour. Lorsque Bahati s’est mis en tête qu’il pouvait influencer Joseph Kabila au point de se faire désigner candidat président de la République pour le compte de sa famille politique. « Jusqu’à la dernière minute, en novembre dernier, Modeste a tout fait pour être désigné dauphin avant de se ratatiner lorsque l’autorité morale a porté un choix sans équivoque sur Emmanuel Shadary », confie un élu FCC au Maximum. Apparemment, l’homme a mal digéré toutes ses ambitions ravalées malgré lui, et se préparait à faire un coup d’éclat retentissant. L’élection au perchoir du Sénat lui en offre l’occasion.
J.N.

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