Economie

GREVE DANS LES ENTREPRISES PUBLIQUES DE TRANSPORT : Les raisons de la grogne sociale chez TRANSCO

C’est en 2013 que l’idée du gouvernement de réduire les difficultés de transport qu’a été matérialisé le projet de création d’une société de transport en commun avec l’acquisition de 500 bus. Transco a donc été inauguré le 30 juin 2013. L’investissement a coûté globalement 27 millions USD. La gestion de l’entreprise a été confiée d’abord à des experts français de la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP) qui ont été rapidement contestés.
Quelques mois après, le parlement avait dénoncé l’absence de transparence dans la passation du marché conclu entre le ministère des Transports et voies de communication et RATP. Mais aussi l’opacité lors de l’attribution de ce marché public à la société égyptienne, fournisseur des bus.
De son côté, le gouvernement prend et respecte ses engagements en assurant une subvention mensuelle de 22.100 USD pour couvrir uniquement l’achat du carburant. Du coup, 17 lignes sont desservies à travers la ville de Kinshasa, de quoi réjouir les kinois. Quelques mois après, les lignes sont passées de 17 à 27 et, 1.500 agents sont recrutés. Le salaire le plus bas est fixé à environ 400 USD, une prime de 90.000 FC est régulièrement payé aux chauffeurs, mécaniciens et receveurs.
Faillite programmée
Une année après son lancement, soit en 2014, les ingrédients de la faillite sont réunis : incompétence des experts RATP, embauches basées essentiellement sur l’origine ethnique, absence volontaire du Conseil d’administration, ingérence permanente du pouvoir politique dans la gestion de l’entreprise, situation financière critique. En plus, la Direction de la société est confiée à un congolais, Michel Kirumba, directeur général intérimaire.
En février 2015, dans une note technique, l’ancien directeur général, Dominique Maussion, a dénoncé des sorties de fonds de TRANSCO, via Rawbank, sans la signature de trois personnes requises et foulant au pied la sécurité bancaire. Il est également accusé d’avoir payé 15.000 USD cash à une personne physique pour une facture alors que le plafond pour un paiement cash à TRANSCO est de 300 USD. Au-delà de ce montant, il faut soit faire un chèque, soit ordonner un virement bancaire, indique la note technique.
En plus, un marché de nettoyage des véhicules est octroyé à une ONG «Initiative Plus», sans passer par un appel d’offres. Le gouvernement alloue mensuellement à Cobil 900.000 USD pour le ravitaillement en carburant, alors que la consommation de TRANSCO n’était que de 300.000 USD. De son côté, Michel Kurumba, cité par un confrère de Radio Okapi dans son émission « panorama économique », avait reconnu les faits et justifié ces actions pour des raisons d’urgence et de souplesse administratives.
En 2016, de nombreuses lignes sont supprimées du fait de l’insuffisance de bus, la plupart étant tombés en panne faute d’entretien, soit brûlés lors de différentes manifestations hostiles au pouvoir. Les recettes générées par la société ont été mal gérées et on a noté un manque de traçabilité, sans compter celles provenant de la publicité. Le directeur général est suspendu après la dénonciation de cette mauvaise gestion, mais est réhabilité quelques temps après, selon un agent.
Aujourd’hui, TRANSCO, c’est une centaine de bus et à peine une dizaine de lignes. Mais selon l’Observatoire de la dépense publique (Odep), malgré la réduction du parc au fil des ans, l’État a continué de payer du carburant comme à ses débuts, en 2013, quand il y avait plus de 400 bus en activité. Les agents sont payés selon le degré de relation entretenue avec la direction générale. Certains reçoivent 350.000 FC et d’autres 600.000 FC. Ils enregistrent 4 mois d’arriérés de primes, témoigne un chauffeur de TRANSCO. L’ONG s’est intéressée aux passations de marchés, aux dotations en carburant comme aux questions de rémunération de ces agents. Ce rapport qui accuse les dirigeants d’escroquerie a été largement médiatisé. Il agace les dirigeants de la société qui estiment son contenu chimérique.
Cette mauvaise gestion est particulièrement visible dès le lancement de la société, selon l’ODEP. À l’époque, le montant alloué mensuellement par le gouvernement à la société de distribution de produits pétroliers Cobil était de 900.000 dollars quand TRANSCO n’en consommait que 300.000, explique l’ONG congolaise, se basant sur des documents internes et des témoignages d’agents de la société. Pour John Bongi, directeur général de la société, ces accusations ne tiennent pas debout. «Le carburant est géré sur la base d’un contrat entre le gouvernement et Cobil. On ne nous facture que ce qui est consommé. TRANSCO ne gère pas les quantités physiques. L’Etat n’a jamais payé pour 500 bus, on paie les consommations réelles, les factures existent », explique-t-il.
L’ODEP demande des enquêtes et des poursuites judiciaires. Dans le viseur, deux anciens ministres des Transports. L’un d’eux, José Makila, devenu sénateur, est accusé d’avoir ordonné en décembre 2018 un emprunt de 910.000 dollars auprès d’une banque. Les fonds auraient été dépensés pour sa campagne électorale. Cette année-là, année électorale au Congo, la société s’est endettée pour plus de 8 millions de dollars sans pour autant avoir relancé ses activités. « Une escroquerie d’État », accuse l’Odep. Jose Makila, lui, s’est pour le moment refusé à tout commentaire, alléguant qu’il n’avait pas pris connaissance du rapport.
La décision du nouveau président de la République tendant à la régularisation des arriérés de primes et autres avantages dus aux agents de TRANSCO est une solution à court terme. Il est important aujourd’hui de penser à un changement total de gouvernance de cette société au risque de connaître le sort de l’ex-Société de transports au Zaïre (SOTRAZ), City-Train et même STUC de triste mémoire.
AVEC AGENCES

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