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GRATUITE DE L’ENSEIGNEMENT DE BASE : Des catholiques contre Fatshi

Coup de froid dans l’enthousiasme entourant la décision présidentielle relative à la mise en oeuvre sans délai de la gratuité de l’enseignement de base sur toute l’étendue de la RDC à partir de l’année scolaire 2019-2020 en cours depuis le 2 septembre courant. Un groupe d’organisations et d’établissements d’enseignement relevant de l’église catholique romaine rd congolaise est à l’origine d’un mouvement de contestation dont les effets se font sentir, en provinces particulièrement.
Mais c’est de Kinshasa, particulièrement dans quelques écoles publiques du réseau conventionné catholique que le mouvement s’est enclenché depuis le week-end dernier. Même s’il semble d’envergure minime jusque-là. Contrairement à toutes les institutions d’enseignement conventionnées catholiques, le collège St Joseph de la paroisse Ste Anne dans la commune de la Gombe s’est opposé à la restitution des frais payés par les parents au titre de l’année scolaire 2019-2020.
Samedi 7 septembre dans cette paroisse contigüe à la place de la Gare Centrale à Kinshasa, une réunion de parents d’élèves convoquée par l’abbé recteur de St Joseph s’est terminée en queue de poisson. Les débats autour de la restitution des 490 USD payés par les familles ont duré près de 3 heures pourtant, sans qu’une solution ne soit trouvée.
Obstruction au collège St Joseph
Pour l’Abbé recteur du collège St Joseph, l’année budgétaire de son institution d’enseignement secondaire court du mois de mai 2019 au mois de mai suivant, en 2020. Les frais versés par les parents ne seraient donc pas restituables tant que le Trésor public n’aura pas versé les frais de fonctionnement promis fin octobre. Et même alors, le collège ne restituera pas tout ce qui a été payé.
Selon lui, dans la ventilation de l’affectation des 490 USD versés par les parents de St Joseph, 280 USD représentent la prise en charge des enseignants, qu’il se refuse à restituer «tant que le Trésor n’aura pas honoré ses engagements en octobre prochain». Autant que le reste ventilé en 34 USD à mettre sur le compte des frais de fonctionnement (également promis par l’Etat) ; 44 USD de fournitures de bureau ; 16 USD de fonctionnement des sanitaires ; 29 USD de frais divers dus au SECOPE, à l’archidiocèse de Kinshasa et à la province ; de 14 USD de frais d’uniformes, journal de classe et tenues de gymnastique ; et 50 % de frais de construction.
Sur l’ensemble des frais ainsi ventilés, rien donc ne sera remboursé aux parents dont les revendications ont laissé l’abbé recteur de marbre. Certains, pourtant, proposaient la restitution de la partie des frais qui n’handicaperaient pas la rentrée scolaire, en attendant octobre.
Selon les informations recueillies par Le Maximum au collège St Joseph, la réunion des parents a été immédiatement suivie par une importante assemblée générale du syndicat national des enseignants des écoles catholiques du Congo (Synecat) présidée par Jean-Bosco Puna, bien connu de l’opinion depuis la période mobutiste dans les années ’90.
Elle a accouché d’une décision de boycott de la reprise des cours. Parce que les enseignants ne peuvent prester sans un certain nombre de matériel didactique et pédagogiques acquis grâce aux frais de fonctionnement, selon les explications livrées à la presse.
Le SYNECAT soutient le recteur de St Joseph
L’argumentaire du Synecat n’est pas partagé par plusieurs autres protagonistes de l’enseignement conventionné catholique. Au collège Boboto et aux lycées Notre Dame, Kabambare et Motema Mpiko, les autorités ont obtempéré à la décision gouvernementale et restitué sans coup férir les frais versés par les parents. Seuls les frais inhérents à l’acquisition d’uniformes, tenues de gymnastiques et signes distinctifs n’ont pas été remboursés ou continuent d’être perçus. Ils ne représentent pas plus de 40 USD, selon les enquêtes du Maximum.
Au Lycée Kabambare dans la commune de Kinshasa, les parents en ont été réduits à offrir les frais dits hygiéniques par élèves interposées à l’école, parce que les religieuses avaient refusé de percevoir quoique ce soit en dehors des frais d’uniformes, chaussures, etc. « Même les rouleaux de papiers hygiéniques que nous fournissons habituellement ont été refusés car l’Etat s’est engagé à les fournir », auraient déclaré les religieuses qui gèrent cette institution d’enseignement secondaire parmi les mieux cotées du pays.
Même situation au lycée Motema Mpiko à Kasavubu, où les frais payés ont été remboursés, ainsi qu’au lycée Sacré Cœur et au collège Boboto où les parents ont récupéré ce qu’ils avaient payé depuis bientôt une semaine.
Vague catholique anti-gratuité
La vague contestatrice anti-gratuité de l’enseignement de base en RDC, et donc anti-Fatshi, à en juger par l’importance sociale de la décision présidentielle, part d’un groupe d’organisations de l’enseignement conventionné catholique de Kinshasa.
Samedi dernier au collège St Joseph, le refus d’obtempérer à l’ordre de remboursement des frais versés par les parents d’élèves avait précédé la réunion du Synecat qui a décidé du boycott des enseignements dans les écoles du réseau. Des sources contactées par Le Maximum assurent que des autorités de l’archidiocèse de Kinshasa seraient à la base de la rebuffade du Synecat.
Ce syndicat national des enseignants des écoles conventionnées catholiques n’a jamais dissimulé son pessimisme au sujet de la gratuité de l’enseignement de base en RDC. A la signature du protocole d’accord entre l’EPSP et l’Intersyndicale des enseignants le 2 septembre courant à Kinshasa, Jean-Bosco Puna assurait encore qu’il n’y aura pas de rentrée scolaire. «Nous attendons la bonne foi du gouvernement. On n’a pas actualisé nos salaires. Qu’on réajuste le taux et qu’on paie les nouvelles unités qui travaillent bénévolement », disait-il à qui voulait l’entendre.
J.N.

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